Communauté grecque des Alpes-Maritimes

DÉCOUVERTE- photographies des 200 résistants grecs exécutés par les nazies le 1er mai 1944 à Kesariani

Le 14 février 2026, le collectionneur belge Tim de Crane avait mis en vente sur le site d’enchères eBay 12 photographies du sous-lieutenant allemand Hermann Hoyer, qui retracent les derniers instants des 200 prisonniers grecs avant leur exécution par les nazis au stand de tir de Kaisariani, le 1er mai 1944.

L’affaire s’est emballée après que le groupe Facebook “Greece at WWII Archives” a remarqué la mise aux enchères. Les clichés montreraient les derniers instants de résistants, principalement des communistes, juste avant qu’ils ne soient fusillés par les nazis.

La nouvelle a été portée à la connaissance des autorités grecques, qui ont entamé des procédures de vérification de leur authenticité. Le ministère de la Culture a classé l’ensemble de la collection de photographies au titre de monument en raison de leur valeur historique « en tant que témoignage de la formation des perceptions et des attitudes par le biais de l’image, du point de vue des mécanismes de propagande des forces d’occupation en Grèce ».

Le 20 février, une délégation du ministère de la Culture et du Patrimoine a rencontré Tim de Crane à la mairie de la ville belge d’Evergem, où les deux parties ont signé un protocole d’accord et où la collection a été retirée du site de vente aux enchères. Au cours de cette même visite, la délégation du ministère de la Culture a confirmé l’authenticité de la collection, qui comprend au total 262 photographies prises en Grèce pendant le mandat de Hoier, en 1943-1944, ainsi que de quelques documents qu’il y avait lui-même inclus.

Hoier a servi entre 1943 et 1944 au camp de Malakasa et aurait reçu l’ordre d’assister ou de participer – sans que cela ait été entièrement clarifié – à l’exécution des 200 prisonniers grecs transférés de Haidari au stand de tir de Kaisariani, le 1er mai 1944. Ses archives photographiques, prises dans des régions de l’Europe occupée (Belgique, France et Grèce), se sont retrouvées plus tard entre les mains de Tim de Craene.

Les 200 de Kaisariani étaient des prisonniers politiques communistes grecs qui ont été exécutés le 1er mai 1944 au stand de tir de Kaisariani par les forces nazies d’occupation, en représailles aux actions de l’organisation de résistance de l’ELAS. La grande majorité des personnes exécutées étaient des membres et des dirigeants du KKE et de l’EAM ; elles avaient été livrées aux forces d’occupation par l’ancien régime dictatorial du 4 août, qui les détenait prisonnières.

Contexte historique 

À partir de la fin de l’année 1936, le régime dictatorial de Metaxas a mené une répression massive contre les dissidents politiques, principalement des membres et des sympathisants du Parti communiste grec. En février 1937, le régime commença à regrouper les communistes et d’autres militants dans le fort d’Akronafplia, dans les prisons de Corfou et sur de petites îles de la mer Égée. En 1940, il refusa leur libération, qui leur aurait permis de s’engager contre les occupants lors de la guerre gréco-italienne, en exigeant la signature d’une déclaration de repentir et de renonciation au communisme.

Après la capitulation de la Grèce, en avril 1941, le régime de Metaxas livra 600 détenus d’Akronafplia aux occupants allemands. Parmi eux, 200 ont été envoyés dans les camps de Katouna, de Vonitsa, de Lazareto et de Corfou. 300 autres ont été envoyés au camp de Larissa-Trikala. Depuis le camp de Larissa, 54 d’entre eux furent exécutés en représailles à Kournovo le 6 juin 1943. À la suite de la capitulation des Italiens, le 8 septembre 1943, les Allemands ont transféré les prisonniers d’Akronafplia détenus à Larissa vers le camp de concentration de Haidari.

Exécution du sous-général Krech par les resistants grecs 

Plan de l’attaque

Le 27 avril 1944, une section du 8e régiment de l’ELAS, sous le commandement du sous-lieutenant d’infanterie de l’armée grecque Manolis Stathakis, attaqua le commandant de la 41e division fortifiée et le général de division (Generalmajor) de l’Allemagne nazie, Franz Krech , ainsi que son escorte, dans la région de Molai en Laconie, entraînant la mort de plusieurs membres de son escorte.

Annonce de représailles  À la suite de l’attaque menée par les partisans de l’ELAS, le 30 avril 1944, les forces d’occupation ont publié l’annonce suivante :

 

Tract annonçant l’exécution de 200

«  Le 27 avril 1944, des bandes communistes près de Molos, à la suite d’une attaque tendue depuis une embuscade, ont assassiné de manière lâche un général allemand et trois de ses accompagnateurs. De nombreux soldats allemands ont été blessés.

Un tract annonçant l’exécution de 200 communistes emprisonnés à Kaisariani le 1er mai 1944 par les autorités allemandes d’occupation, en représailles au meurtre d’un général allemand par des partisans grecs. »

 

L’exécution par fusillade de 200 communistes le 1er mai 1944. L’exécution par fusillade de tous les hommes que les troupes allemandes rencontreraient sur la route de Molai vers Sparte, à la sortie des villages. Sous l’emprise de ce crime, des volontaires grecs ont tué de leur propre chef 100 autres personnes. Les organisations de l’EAM et de l’Organisation du Parti communiste grec à Athènes tentèrent, au niveau syndical et étudiant, de les sauver, tandis qu’une tentative d’intervention armée de la part de l’ELAS fut également envisagée, mais elle n’aboutit pas. Des résolutions ont été adoptées par des syndicats en faveur du sauvetage des condamnés à mort, et un rassemblement de proches a eu lieu à la métropole.

Le 30 avril 1944, une rumeur s’est répandue dans le camp de concentration de Haidari selon laquelle les SS avaient l’intention d’exécuter 200 détenus en représailles. Le commandant Karl Fischer convoqua certains des chefs d’atelier, tous des communistes originaires d’Akronafplia, et leur a demandé d’indiquer quels non-détenus de l’époque du régime de Metaxas pourraient les remplacer, car eux-mêmes devaient être transférés le lendemain vers un autre camp. Il ordonna aussi aux détenus de Chalkida de récupérer leurs effets personnels et de se présenter devant les cuisines le lendemain matin, afin d’être transférés vers un autre camp. Compte tenu de la rumeur d’une exécution massive, tous ceux qui s’étaient entretenus avec Fischer pensaient qu’ils allaient être exécutés. Ainsi, les habitants d’Akronafplia tentèrent de faire leurs adieux au plus grand nombre possible de leurs amis.

Ils se sont ensuite rassemblés dans la salle 1 du bloc 3, où une fête d’adieu a été organisée au son de deux guitares et d’un violon. Le lendemain matin, avant l’appel, ils rassemblèrent les habitants de Chalkis et les firent monter dans des camions qui les emmenèrent loin du camp. Après la ration du petit-déjeuner, Fischer donna un appel général, au cours duquel il lut une liste de deux cents noms. C’étaient les 200 qui allaient être exécutés, en représailles à l’assassinat du général allemand. Le groupe des condamnés comprenait tous les habitants d’Akronauplie, à l’exception de seize personnes, les habitants d’Anafi et quelques autres détenus.

Exécution des 200 À l’aube du 1er mai 1944, ils furent rassemblés devant les cuisines où, avant de monter dans les voitures, ils se mirent à chanter l’hymne national, la chanson d’Akronafplia et le refrain de la chanson populaire « Souliotisses » de la danse de Zalongo, sous les yeux des nazis stupéfaits qui n’avaient aucun moyen de réagir.

Les 200 de Haidari furent transférés au stand de tir de Kaisariani et, par groupes de 20, ils furent exécutés à la mitrailleuse. Les dépouilles ont été transportées au troisième cimetière d’Athènes, où elles ont été inhumées dans des tombes individuelles. Parmi les personnes exécutées figuraient Napoléon Soukatzidis, originaire de Mikrasia (qui faisait également office d’interprète), et Antonis Bartholomaios, cadres du KKE occupant des fonctions de commandants de camp, qui se sont distingués par leur abnégation, puisqu’ils ont refusé qu’un autre soit exécuté à leur place, comme le leur avait proposé le commandant Fischer. Par ailleurs, l’ancien député du KKE Stelios Sklavainas, ainsi que les conseillers municipaux communistes de Kavala (élus en 1934 et destitués quatre mois plus tard), Paraskevas Makedos et Nikos Negrepontis.

Selon la déposition de Helmut Felmy lors du procès de Nuremberg, le colonel Papadogonas, en raison de sa sympathie personnelle pour le général de division Franz Krech, a ordonné, sans ordre supérieur ni de la part du commandement allemand ni du ministère de l’Intérieur, l’exécution de 100 résistants ou personnes soupçonnées d’activités de résistance, alors qu’une partie de la société grecque partageait ces sentiments. Parallèlement, les Allemands en ont tué 25 autres à Athènes. Au total, au moins 325 personnes ont été exécutées à titre de représailles, sans compter les autres morts survenus lors du retour de la 117e division de Molos à Sparte. Helmut Felmy justifia le nombre de personnes exécutées en invoquant la fonction de Krech en tant que commandant de division.

Adaptation cinématographique

Le sacrifice héroïque des 200 patriotes communistes a inspiré Pantelis Voulgaris et l’écrivaine Ioanna Karistiani à créer le film intitulé La Dernière Note. Le film, avec Andreas Konstantinou dans le rôle de Soukatzidis, est sorti en salles en 2017.

Sept chansons pour les héros

De nombreuses années plus tard, les événements de Kaisariani sont devenus une source d’inspiration pour une série de chansons populaires exceptionnelles, composées entre 1965 et tout récemment, en 2016, que vous pouvez écouter dans les vidéos ci-dessous.

Un samedi soir à Kaisariani

Chanson sur une musique de Stavros Xarchakos et des paroles de Lefteris Papadopoulos, enregistrée en 1965 avec Grigoris Bithikotsis, sans le deuxième couplet, qui avait été supprimé par la censure de l’époque. Comme le rappelle Lefteris Papadopoulos dans son livre « Les chansons écrivent leur histoire » : « J’étais à l’hôpital pour subir une opération de l’appendicite. J’avais peur de… mourir ! J’ai pensé aux jeunes que les Allemands exécutaient à Kaisariani. Je me suis mis à la place de l’un de ces condamnés. Dans sa chanson, Xarchakos, pour la première fois en Grèce, transforme un chasapiko en zeibekiko (refrain). Sur le disque, à cause de la censure, le deuxième couplet manque…

…Cette strophe, bien sûr, sautait aux yeux des censeurs. Et ils l’ont supprimée. Car, par-dessus tout, les Allemands étaient désormais nos alliés, nos amis, etc. C’est ainsi que la chanson est sortie dans une version mutilée… » *

La chanson a été interprétée dans son intégralité, avec ses trois couplets, et enregistrée pour la première fois par Giorgos Dalaras lors du concert de Stavros Xarchakos au « Pallas » le 4 mai 1988, qui a fait l’objet cette année-là d’un double album publié par Minos. Outre Dalaras, Dimitra Galani et Eleni Tsaligopoulou, qui assurait les chœurs, ont également participé à ce concert.

Les deux cents de Kaisariani

Chanson sur une musique de Giorgos Mitsakis et des paroles de Giorgos Kalamariotis, interprétée par Rena Koumioti, extraite de l’album « Mona Zyga » sorti en 1973 chez Lyra. « Kalamariotis » est un pseudonyme utilisé par le journaliste Giorgos Bertsos en raison de ses origines.

 

La commandature

Paroles de Xénophon Fileris, musique et interprétation de Giorgos Zambetas, en hommage aux jeunes hommes tombés au combat à Kaisariani. Sortie en 1975 chez Polygram sur l’album de Zambetas « Dokoumenta ».

 

« Maman, des bandits sont arrivés »

Issu du même cycle de chansons, « Maman, des bandits sont arrivés », sur une musique de Zambetas et des paroles de Fileris, fait référence aux événements de Kaisariani.

 

Le barrage de Kaisariani

Une chanson de Mikis Theodorakis sur des paroles de Notis Pergialis, tirée de la pièce de théâtre de Notis Pergialis « Cet arbre-là, on ne l’appelait pas patience », qui a été jouée au théâtre « Kava » en 1974 par la troupe de Nikos Hatziskos et Titika Nikiforaki. Les chansons de la pièce ont été enregistrées par Haris Alexiou, Vasilis Papakonstantinou et Kostas Smokovitis, en vue d’une sortie sur disque qui n’a finalement jamais vu le jour. La seule chanson qui a été réenregistrée et sortie en 1977 par Minos sur l’album de Haroula Alexiou « 24 chansons » était « Le barrage de Kaisariani ».

 

Yagos de Kaisariani

Chanson sur une musique et des paroles de Kostas Virvos, interprétée par Charalambos Garganourakis, extraite du recueil de chansons « Les déracinés » sorti en 1977 chez Columbia.

 

Les enfants du désert

Une chanson de style « kameliériko », sur une musique et des paroles de Vangelis Korakakis, interprétée par Giorgos Dalaras, qui fait référence aux 200 de Kaisariani et figure sur l’album issu de leur collaboration « Thalassina palatia », sorti en 2016 chez Ogdoo Music Group.

* Πηγή: Λευτέρης Παπαδόπουλος «Τα τραγούδια γράφουν την ιστορία τους» (Εκδόσεις «Ιανός», 2006)