L’Enfant en ruines raconte l’histoire d’un enfant dont la famille a été massacrée et qui rencontre une jeune femme. Ensemble ils vont errer dans cette ville et tenter d’en sortir en croisant le pire et tous les dangers. L’enfant en ruines, un roman universel et douloureux.
Un emblème de l’enfance qui résiste face au chaos de la guerre.
La solidarité et la fraternité qui enserrent ses petites mains.
« Seul au milieu des décombres, l’enfant ne joue plus à la guerre. »
« Il rêve d’éteindre les feux, un jour. »
Il est ici. Sur les ruines d’une ville. Sans nom, assassinée.
Seul ou presque encore.
On ignore la géographie de cette guerre. Le pays dans une prégnance désespérée d’être celui de toutes les barbaries du monde.
Ce texte profond, à la voix douce, caresse le front pâle d’Éden, onze ans.
Il est devenu sourd à cause des bombardements, les jambes brisées.
Il rampe, ramasse les pierres, la faim au ventre.
Seul, avec cette volonté triste d’honorer les siens, morts.
La parabole lucide, un testament de survivance.
« Les billes, aujourd’hui, sont devenues cruelles, dit Éden. Elles ont traversé la tête de mes amis et ils ne veulent, ne peuvent plus jouer. »
Les narrations sont fulgurantes. Elles recensent un récit intense et fondamental. Éden qui veut se protéger du vent et de la pluie.
Les métaphores, telles des ruses sur son petit cœur.
« Il n’y a plus de météo pour les morts. Les mots, ces météores pendus aux perles des nuages. »
Sa chambre avalée par les tumultes, à mille lieues du mythe de Jonas.
« Qu’est-ce qu’il n’a plus encore ? Il ne se souvient pas. »
Le prodige de ce livre spéculatif qui se fond dans un réalisme qui frappe par son ralenti.
Éden, seul sur ce front de champ de bataille intérieur.
Il pense aux enfants, aux pièces d’un puzzle magique et de rémanence.
À sa maman, sa grand-mère.
Devenu sourd par l’Histoire. La procession pâle d’une enfance muselée.
Il est dans la sidération.
Subrepticement, Irena, violoniste, approche de son ombre.
Irena est plus grande, presque une femme.
Elle mêle à Éden leurs contours communs.
Elle cherche de la nourriture, l’eau invisible.
Protège la vulnérabilité de ce petit oisillon, blessé et démuni.
La vie se meurt.
Ce texte pénètre les survivances. Les résistances de ces deux abandonnés dans leurs propres chairs.
La prédation du malheur sur leurs cœurs.
Théo, le petit chat d’Éden, est un drapeau blanc pour demain.
« L’enfant en ruines » sans le lierre et la sève protectrice.
Irena trouve un landau. Précieux et allégorique. Elle va mettre Éden à l’intérieur.
Faire matrice, entre l’espérance et la fuite.
Les jambes de bois mort repliées, son corps trop grand pour être un nourrisson.
Dans le noir et la nuit, le flambeau indicible entre les décombres, les risques et la solitude.
On ressent ce lien devenu liant. L’union sacrée dans la désespérance.
Cette prose exceptionnelle de grandeur et de signification, dans cette apothéose d’une scène sans héritage tant le silence est foi.
Mais qui résonne en nous, immanquablement.
Ce maelström, tel un ouragan, est d’ombre et de lumière.
Avec maestria, l’écriture généreuse d’Allain Glykos œuvre en générosité.
Ne laisse rien au hasard. L’heure est à la pudeur des gravités.
« Irena observe les gestes maternels d’Éden. »
On ne lâche pas le landau des yeux. La métaphore criante qui implose d’urgence.
« RIEN NE POURRA FAIRE DISPARAÎTRE NOTRE MÉMOIRE. »
Un livre sur l’amour et le sacrifice.
Une fierté éditoriale.
Allain Glykos
Alain Glykos naît en 1948 à Bordeaux. Fils de Manolis, Grec originaire d’Asie mineure qui a émigré au cours de la Grande Catastrophe, il est enseignant-chercheur à l’Université Bordeaux 1 et écrivain
Professeur de philosophie, il anime pendant trois ans un séminaire ouvert aux thésards scientifiques et aux étudiants des beaux-arts
En 2001, il obtient le « Prix Loin du marketing » pour l’ensemble de son œuvre En 2017, il est primé par l’Académie de Saintonge pour les pages charentaises de son œuvre littéraire.
Il a publié une vingtaine de livres, dont plusieurs sont de type autobiographique Par ailleurs, il est l’auteur de trois romans graphiques, en collaboration avec le dessinateur Antonin.
Œuvre
- Les Écailles d’argile : chronique du village d’en-bas, Éditions Phalène, 1986 (ISBN 2-9050029-05)
- Les Résidences de l’inquiétude, Éditions de l’Aube, 1990 (ISBN 2-87678-036-4)
- Écrire avec et sans ordinateur au collège, Éditions Delachaux et Niestlé, 1993 (ISBN 2-603-00914-1)
- Les boîtes – La décision, Éditions de l’Escampette, 1994 (ISBN 2-909428-19-2)
- Lécheurs de pierre, Éditions de l’Escampette, 1995 (ISBN 2-909428-33-8)
- Saint-Pierre, Éditions Confluences, 1995 (ISBN 2-910550-14-1)
- Parle-moi de Manolis, Éditions de l’Escampette, 1997 (ISBN 2-909428-55-9)
- Rééd. augmentée, Parle-moi de Manolis. Suivi de Chio, septembre 2015, Éditions de l’Escampette, 2019, (ISBN 978-2-356-08101-8)
- La rue Sainte-Catherine, Éditions Confluences, 1999 (ISBN 2-910550-81-8)
- Mémoires de l’eau : vagabondages, Éditions de l’Escampette, 1999 (ISBN 2-909428-77-X)
- Le silence de chacun, Éditions L’Escampette, 2002
- À proprement parler, Éditions L’Escampette, 2003
- Faute de parler, Éditions L’Escampette, 2005
- Manolis de Vourla, Éditions Quiquandquoi, 2005 (ISBN 2-940317-32-1)
- Aller au diable, Éditions de l’Escampette, 2007 (ISBN 978-2-914387-90-3)
- Bordeaux : regards, Éditions Sud Ouest, 2009 (ISBN 978-2-87901-960-4)
- Nunca más : plus jamais, Éditions de l’Escampette, 2009 (ISBN 978-2-35608-012-7)
- La Signature, Éditions de l’Escampette[ 2011 (ISBN 2356080325)
- Poétique de Famille, Éditions L’Escampette, 2016
- N’en parlons plus, Éditions L’Escampette, 2016
Romans graphiques (Avec Antonin)
- Manolis, Éditions Cambourakis, 2013 (ISBN 978-2-366-24040-5)
- Gilets de sauvetage, Éd. Cambourakis, (ISBN 978-2-366-24338-3)
- Kazantzaki, Vol. 1, Le regard crétois. 1883-1919 (ISBN 978-2-366-24587-5); Vol. 2, La rumeur du monde. 1921-1957 (ISBN 978-2-366-24714-5), Éd. Cambourakis, 2021 – 2022
