Projection : Christos, le dernier enfant, 23 février 2024

-Ο Χρήστος, το τελευταίο παιδί- de Giulia Amati

Le dilemme du dernier enfant de l’île d’Arki : poursuivre ses études, ou devenir berger –

Christos est un jeune garçon de dix ans, le dernier enfant de l’île d’Arki, dans le Dodéca-
nèse. Maria, son institutrice, l’incite à poursuivre ses études, ce qui le contraindrait à
quitter l’île, ce que ses parents ne peuvent se permettre. Ces derniers destinent Christos
au métier de berger, qui se transmet de père en fils depuis des générations.
Un vrai dilemme se pose alors à tous. Les membres de sa famille , les voisins, son insti-
tutrice, tous conscients de l’importance du choix que fera Christos tentent tour à tour de
lui délivrer une parole qui l’orienterait dans une direction qui leur sied, profitant d’une
balade, d’un repas, ou d’un moment privilégié avec cet enfant auquel incombent un choix
et une responsabilité précoces.
Le film, fruit du travail de plus d’une année de la réalisatrice Giulia Amati se présente
donc comme un récit d’initiation, qui nous montre le quotidien d’un enfant solitaire, à sa
hauteur, au fil de son pas. La réalisatrice, qui a connu cette île au même âge que Chris-
tos, nous immerge ici dans la perception d’un enfant qui doit faire un choix particulière-
ment difficile au moment où il entre dans l’adolescence.

La réalisatrice franco-italienne Giulia Amati a tourné Kristos, the Last Child [+] sur une petite île greque où Kristos est le dernier enfant présent et en tant qu’unique élève de l’école primaire locale, doit décider de son futur. Le film est sélectionné dans la catégorie Notti Veneziane aux 19e Giornati degli Autori.

http://https://cineuropa.org/fr/video/429757/ http://http://https://cineuropa.org/fr/video/429757/

CRITIQUE

Être surpris dans un festival fait du bien, tout comme il est intéressant d’être confronté à une succession de scènes déprimantes et bouleversantes à Venise. C’est ce qui arrive avec ce portrait sobre et minimaliste d’un personnage qui évolue dans un superbe décor méditerranéen. Peut-être que les choses nous affectent davantage quand on est enfant. Giulia Amati remue le couteau dans la plaie avec le superbe long plan qu’elle réalise du personnage central, Kristos Kabosos, un élève en dernière année de primaire.

On le voit, seul, lancer le ballon à travers un filet de basketball délabré. Un sport d’équipe tel que celui-ci peut-il être pratiqué en solitaire, quand on sait que l’on rit davantage lorsque l’on est en groupe ? Les sons soigneusement capturés du silence de l’île renforcent cette solitude. Mais une certaine ironie dramatique demeure. Le film peut faire vibrer la corde sensible du public, mais à quel point cette solitude quasi beckettienne affecte-t-elle véritablement le jeune garçon ?

Le documentaire Kristos, le dernier enfant [+] d’Amati, présenté en avant-première dans le cadre de la section Nuits vénitiennes des Giornate degli Autori de cette année, est un exemple de la façon dont le portrait d’une communauté d’un pays développé peut être considéré comme une représentation ethnographique (c’est-à-dire une étude des coutumes sociales d’une société recluse) lorsqu’il est vu sous un certain angle. Il nous offre un éclairage et de petites touches de poésie sont parsemées tout au long du documentaire. Il parvient à faire ce que font les meilleurs documentaires, à savoir mettre en lumière un grand nombre de questions diverses et variées en partant de quelque chose de modeste, sans prétention. Pourtant l’optimisme que l’on trouve dans la fin et dans le parcours de Kristos laisse un arrière-goût un peu doucereux. Ce problème de tonalité est le seul bémol de cette œuvre bien pensée et filmée avec habileté, qui donne une idée de la direction que pourrait prendre l’Europe continentale du sud dans les années 2020.

Après avoir présenté Kristos comme le seul et unique enfant de l’île, à défaut de l’être pour sa famille, une famille d’éleveurs de bétails depuis des générations, l’autre intérêt majeur du film pourrait se résumer à l’engagement politique célèbre pris par l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, à savoir « éducation, éducation, éducation. » Nombreuses sont les scènes où nous voyons Kristos et Maria, une enseignante courageuse, travailler le programme de cette dernière année de primaire, soulignant au passage l’isolement de cet enfant dans la salle de classe bien équipée, par opposition à la relation d’un élève à son enseignant pendant un cours particulier. Kristo est très doué en maths et en science. Au cours d’une scène, Maria insiste sur le fait qu’il pourrait devenir botaniste ou agronome, s’adressant presque uniquement à la caméra.

L’élément vraiment triste de ce film, un mélange du documentaire de Nicolas Philibert Être et avoir et du quasi documentaire Le quattro volte [+] de Michelangelo Frammartino, est que Kristos, tel le Christ, n’est pas en mesure de sauver sa famille et les autres habitants de l’île. Le don qu’il possède ne leur permet pas de rebondir ou de refaire de l’île un lieu paradisiaque peuplé de monde. Son destin est au contraire de partir étudier sur une île voisine, l’occasion pour lui d’accéder à une socialisation indispensable pour le développement d’un jeune de son âge. Une autre des scènes les plus révélatrices se déroule dans une grange, transformée en un sanctuaire matriarcal où les femmes d’Arki peuvent discuter à l’abri du regard des hommes. La vie de berger est certes noble, mais les femmes se demandent si elle n’a pas été trop idéalisée alors que les intérêts des générations suivantes se réduisent comme peau de chagrin.

Kristos, le dernier enfant est une production italienne, grecque et française des sociétés Blink Blink Prod, Les Films de l’œil sauvage, Bad Crowd, RAI Cinema, E.R.T., ARTE France et de la chaîne documentaire Aljazeera. Les ventes à l’étranger ont été confiées à Deckert Distribution.