Trieste et la révolution hellénique

Le carnet du Master publie aujourd’hui un deuxième article de Francesca Luigia Massaro, qui depuis son retour dans sa ville natale, rédige des articles pour notre publication. Après avoir partagé son expérience parisienne, elle revient sur un mémoire intitulé : Ελευθερία ή Θάνατος (La liberté ou la mort) qu’elle a consacré aux relations entre Trieste et la Grèce.

Le début de la rédaction de mon mémoire de licence a coïncidé avec mon intérêt pour Trieste, la ville qui m’a accueillie et qui a été témoin de mon évolution en tant qu’étudiante, cette ville, dont l’« identité de frontière» [1]  n’a jamais cessé d’alimenter mes questions:

“Ogni ricerca di un’identità, legittima sul piano esistenziale e talora feconda in quello poetico, comporta facilmente un’indebita alterazione della realtà storico-sociale. La ricerca dell’identità implica, più o meno consapevolmente, la tensione a cogliere un’essenza, una dimensione in qualche modo costante e permanente nel mutare del divenire storico […] Tende al mito, ossia all’irrigidimento fascinoso del sempre uguale, e a pietrificare la storia nella maschera del mito.“[2]

Trieste : une ville aux identités multiples

Défiant toute forme de caractérisation, de classification rigide, son histoire se prête à une difficile identification univoque et généralisée. Trieste est à la fois un creuset et un espace aspirant à l’uniformité, une multitude de langues et de groupes ethniques et culturels, mais aussi une tentative d’affirmer une culture unique tout au long de son histoire. C’est dans la complexité d’une ville frontalière, faite de rencontres et de heurts, que se trouve l’angle le plus apte à comprendre, à travers un prisme transnational, le rôle que la ville a assumé en particulier au cours des deux derniers siècles.

Mon mémoire, intitulé : « Ελευθερία ή Θάνατος (La liberté ou la mort): la Grèce et l’Italie et la lutte pour l’indépendance. La contribution de Trieste à la révolution hellénique », s’inscrit dans le contexte historique et géographique de la ville de Trieste au cours du XIXe siècle, en particulier dans les années 1830, puis 1890 [3].

L’importance de Trieste au cours de ces années, qui coïncident pour l’Italie avec la période connue sous le nom de Risorgimento [4] est due à son rôle de carrefour de différents groupes ethnolinguistiques, tels que les Italiens, les Slovènes, les Allemands, les Croates, les Juifs, les Serbes, les Grecs et les Arméniens.

Le visage cosmopolite de la ville remonte à 1719, lorsque l’empereur Charles VI lui a accordé, ainsi qu’à Rijeka, le statut de port franc de l’Empire austro-hongrois. Trieste pouvait donc bénéficier de la liberté d’arrivée et de départ des marchands, de la liberté d’achat et de vente,     ainsi que du chargement et du déchargement des produits sans paiement de droits.

Avec le règne suivant de Marie-Thérèse (1740-1780), la ville est devenue la capitale de la province appelée « Litorale » avec l’établissement de l’Intendance commerciale. En 1755, l’impératrice a créé la Bourse de Trieste et en 1774 elle a adopté la loi sur la navigation. En 1781, son fils Joseph II a promulgué l’Édit de tolérance [5]. Trieste est alors devenue  une plaque tournante importante pour le commerce de l’empire des Habsbourg,  marquée par un multiculturalisme vivant.

La formation de la communauté grecque, objet de mon étude, remonte à cette période et s’est immédiatement caractérisée par une importante intégration dans le tissu économique de la ville. La naissance du noyau initial de Grecs remonte à la première moitié du XVIIIe siècle, lorsque de nombreux marchands sont arrivés à Trieste, attirés par l’effervescence de la ville. L’édification, en 1752, de l’Église grecque orientale avec les orthodoxes serbes constitue une étape importante de l’histoire de la communauté. En 1782, les communautés serbes et grecques se séparent. Au cours des dix années suivantes, les Grecs fondent l’Église de San Nicolò, présente encore aujourd’hui à Trieste [6].

Église gréco-orthodoxe Saint-Nicolas et Sainte Trinité, Trieste, ©Wikimedia Commons.  

 

 

 

Révolution et guerre d’indépendance grecque

À la fin du XVIIIe siècle, la communauté grecque a connu une augmentation significative de sa population, atteignant 752 membres en 1792. Toutefois, son apogée se situe en 1821 (avec 3200 membres), après le déclenchement de la révolution grecque pour l’indépendance de l’Empire ottoman. Cette année-là, Trieste a reçu un grand nombre de réfugiés des zones de guerre, accueillis par la communauté grecque de Trieste, déjà installée et florissante. La communauté grecque de Trieste a elle-même contribué à la Révolution ; les sources indiquent les noms de quatre Grecs de Trieste qui ont rejoint les deux associations secrètes visant à la libération de la Grèce, la Filomusos Eteria et la Filikì Eteria [7]. Des sources attestent également de l’envoi d’un groupe de volontaires de la communauté en Moldavie et en Valachie pour aider l’armée d’Alexandre Ypsilanti, officier de l’armée russe et protagoniste de la révolution grecque. En ce qui concerne la péninsule italienne, on dénombre 150 volontaires partis pour l’indépendance de la Grèce [8].

Le 27 janvier 1822, une Assemblée nationale grecque autoproclamée se réunit à Épidaure pour approuver une déclaration d’indépendance et une constitution calquée sur la constitution française de 1795 et la constitution américaine de 1787. Cependant, la situation reste dramatique, caractérisée par des massacres et des tueries dans les villages et les villes. Le Mollah de Salonique écrivait à l’époque au sultan Mahmoud II : « Salonique, cette belle ville qui brille comme une émeraude sur votre honorable couronne, a été transformée en un immense abattoir »[9].

En avril 1822, 25 000 à 30 000 chrétiens sont massacrés à Chios, la population passant de 120 000 à 30 000 habitants en un an.

 

Eugène Delacroix, Scènes des massacres de Scio, 1824, huile sur canevas, 419 x 354 cm, Louvre, Paris. ©Wikimedia Commons.

 

 

 

Après la bataille de Navarin du 20 octobre 1827, étape importante de la défaite finale de l’Empire ottoman, le protocole de Londres proclame la naissance de la Grèce indépendante en 1830. À la suite du traité de Londres de 1832, la couronne est remise à un membre de la maison bavaroise de Wittelsbach, le prince Otto, qui devient le premier roi de Grèce, instaurant une monarchie absolue jusqu’en 1843, date à laquelle une constitution est accordée à la suite de violentes révoltes.

La fin de la Révolution ne marque pas la fin des violences et des affrontements, qui se poursuivent dans les décennies suivantes. Le 2 septembre 1866, une révolte sanglante éclate en Crète contre le sultan, qui tient toujours l’île. De nombreux volontaires italiens affluent en Crète, en particulier un groupe de garibaldiens, dont le nombre n’est pas connu avec certitude, entre 800 et 2000 [10].

La bataille de Domokos, le 17 mai 1897, représente le point culminant du conflit gréco-ottoman. Elle se termine par la défaite des Grecs tandis qu’elle met en évidence les graves lacunes du nouvel État grec, incapable de subvenir à ses besoins sans le soutien des puissances européennes. Pour aider les Grecs, 1 500 volontaires, dont 40 de Trieste dans la première  compagnie du deuxième bataillon dirigée par Ricciotti Garibaldi ont débarqué sur l’île de Domokos [11].

En relatant, de manière extrêmement synthétique, les principales étapes de la Révolution  grecque, l’objectif de mon mémoire était de mettre en évidence l’écho suscité en Europe par les événements qui ont conduit à l’indépendance de la Grèce. Le réseau créé par des groupes de volontaires venus de France, d’Italie et du Royaume-Uni s’explique par le humus culturel de l’époque, caractérisé par la naissance de la « nation », concept en germe aux XVIIe et XVIIe siècles, en actes au XIXe siècle et et incarné dans ses dérives violentes au XXe siècle. Le lexique politique du XIXe siècle en particulier a été façonné et imprégné    par ce qu’Alberto Mario Banti a appelé les « figures profondes » du discours national:

Cosa sono queste figure? Esse sono delle immagini, dei sistemi allegorici, delle costellazioni narrative, che incorporano una tavola valoriale specifica, offerta come quella fondamentale che dà senso al sistema concettuale proposto […] Nella morfologia del discorso nazionale tre figure profonde mi sembra abbiano un rilievo fondamentale: 1. La nazione come parentela/ famiglia; 2. La nazione come comunità sacrificale; 3. La nazione come comunità sessuata, funzionalmente distinta, cioè, in due generi diversi per ruoli, profili e rapporto gerarchico […][12].

Le discours autour de la nation construit ce que George Mosse a appelé « l’esthétique de la politique »[13], c’est-à-dire un mode de communication politique qui se nourrit du message d’un roman, d’un poème, d’une peinture – bref, de tous les instruments considérés comme aptes au divertissement et à l’amusement – pour le transformer en un contenu politique. Le nouveau lexique considère la nation comme une communauté originelle de parenté et de descendance. Un pas supplémentaire est effectué ici, puisque on passe d’un discours ‘politique’ à un discours ‘naturel’, dont les éléments essentiels sont la ‘généalogie’, le ‘lignage’, le ‘sang’, la ‘patrie’.

La nation est un élément biologiquement défini, génétiquement attribué aux membres qui  font partie de cette nation. Elle englobe et s’approprie la vie entière du sujet, de la naissance  à la mort. Le terme de ‘martyre’ entre également dans le lexique national pour désigner une vie sacrifiée pour la nation, au nom d’une foi ‘politique’. Atto Vanucci, dans l’introduction à I martiri della libertà italiana dal 1794 al 1848, a énoncé :

I frutti della Libertà che ora da noi si incominciano a cogliere, furono seminati e coltivati con lunghi dolori dai nostri padri e dai nostri fratelli. Non vi è carcere che non sia stato santificato dalla presenza e dai patimenti degli uomini più generosi, non vi è paese straniero che non fosse pieno di esilii, che non vedesse le italiane sciagure.  In Italia  non vi è palmo di terra che non fosse  bagnato dal sangue  dei Martiri della Libertà.[14]

Ainsi, les mots d’ordre de la Révolution grecque étaient Ελευθερία ή Θάνατος : aucun compromis n’était accepté au nom du caractère sacré de la nation.

 Philhellénisme et retour de la Grèce antique

L’amour pour la nation grecque qui s’est manifesté en Europe au XIXe siècle explique la participation de volontaires venus de toutes parts dans la révolution hellénique puis dans la guerre d’indépendance grecque. Le philhellénisme [15] dont les racines remontent à l’empire romain et sont réactivées au XVIIIe siècle trouve son terrain le plus favorable parmi les intellectuels installés à Londres, Paris, Genève. Il reflète l’intérêt renouvelé pour la Grèce antique conçue comme le comme berceau de la culture occidentale. De nombreux noms ont contribuent au développement de  ce mouvement : Chateaubriand [16], Victor Hugo [17], Claude Fauriel [18], Claude Bonnefond [19], Wilhelm Müller [20], Lord Byron [21], Ugo Foscolo [22], Giovanni Berchet[ 23], Vincenzo Monti [24], Niccolò Tommaseo [25].

Dans la première moitié du XIXe siècle, La ville de Trieste s’est elle-même distinguée, par un vif retour à l’histoire de la Grèce antique. Lorenzo Giuseppe Gatteri (1829-1884)[26] s’est démarqué dès l’enfance par une vocation particulière pour la peinture. Les Mémoires de Giuseppe, son père, rédigées entre 1869 et 1870 constituent la principale source pour reconstituer sa biographie. L’Album formé de 52 scènes inspirées par L’Histoire de la régénération de la Grèce de François Pouqueville, [27] peint entre 1842 et 1843, aujourd’hui conservé au Musée Civique Revoltella de Trieste est particulièrement pertinent pour cette étude.

 

Giuseppe Lorenzo Gatteri, Il sacrificio di Samuele a Cughi, 1843, extrait de Primi      abbozzi di 52 argomenti tratti dalla Storia del Risorgimento della Grecia de Pouqueville, par G.L. Gatteri,  12 ans, Venise 1843. Album di disegni a penna, 0,40 x 0,29

 

Avec celles de Gatteri, les œuvres d’un groupe de jeunes peintres témoignent de leur adhésion au mouvement philhellène. Il convient de mentionner tout particulièrement Ludovico Lipparini [28] et Cesare dell’Acqua [29].

Ludovico Lipparini, Morte di Lambro Zavella, 1840, huile sur canevas, 220 x 170 cm, collection privée, 1840. Wikimedia Commons.

 

 

 

Cesare dell’Acqua, Madre greca, 1860, huile sur canevas, 86 x 66 cm, collection privée, 1860. Wikimedia Commons.

 

 

 

Conclusion

« Si j’étais un antiquaire, je n’aurais d’yeux que pour les vieilles choses. Mais je suis un historien. C’est pourquoi j’aime la vie ». En conclusion de ces pages, cette citation tirée de L’apologie de l’histoire de Marc Bloch, reprenant l’extrait  d’une conversation entre lui et son ami Henri Pirenne, résume, je crois, magistralement le  sens de la recherche historique.

À travers mon mémoire de licence ici résumé, j’ai souhaité montrer les processus en cours au XIXe siècle à Trieste. Cette  ville en pleine expansion et carrefour de différentes cultures, s’est retrouvée observatrice privilégiée d’un phénomène majeur, celui du départ  de volontaires vers la Grèce, armés d’outils mobilisateurs comme celui de ‘nation’  et symptômes du  philhellénisme ambiant. L’assemblage des différentes pièces de ce puzzle a occupé la dernière année de mon diplôme de licence en histoire, dont la conclusion a été la soutenance du mémoire en juillet 2021.

Au cours des années qui ont suivi, j’ai encore mieux compris la richesse et la complexité du métier d’historien, où la fidélité inébranlable à la source est la condition sine qua non et la conscience d’une vérité qui n’est jamais absolue mais qui s’inscrit dans le temps éclaire le chemin à parcourir.

L’étude scientifique de l’histoire et sa diffusion à un public plus large restent aujourd’hui plus quejamaisundevoirindispensableetfondamental.

Et puisque notre présent semble de plus en plus chargé de passé, il est du devoir de l’historien de rendre ce passé intelligible pour tenter de construire un présent vide de fantômes et plein, autant que possible, de connaissances lucides, toujours renouvelées et à renouveler.

[1] Cf. Angelo Ara, Claudio Magris, Trieste: un’identità di frontiera, (1982) Torino, Einaudi, 2015.

[2] Angelo Ara, Claudio Magris, Trieste: un’identità di frontiera, Torino, Einaudi, 2015, p. 5. Traduction de l’auteure : “toute recherche d’une identité, légitime sur le plan existentiel et parfois féconde dans le plan poétique, comporte facilement une altération indue de la réalité historique et sociale. La recherche de l’identité implique, plus ou moins consciemment, la tension à capter une essence, une dimension constante et permanente dans le changement du devenir historique […] [La recherche d’une identité] tend au mythe, c’est-à-dire au raidissement fascinant du toujours égal, et à pétrifier l’histoire dans le masque du mythe”.

[3] Ce travail est inspiré par l’importante étude d’Olga Katsiardi Hering, La presenza dei Greci a Trieste: la comunità e l’attività economica (1751- 1830), Trieste, Lint, 2018.

[4] Par convention, les dates de début et de fin du Risorgimento sont établies, pour le début, en 1815, année du Congrès de Vienne ou 1848, Printemps des peuples, et, pour la fin, en 1870-1871, après la proclamation de Rome comme capitale du   Royaume d’Italie, suite à son incorporation dans le nouvel État italien.

[5] L’Édit de tolérance, promulgué par Joseph II en 1781, a introduit le principe de tolérance religieuse à tous les sujets de l’Empire autrichien : les sujets chrétiens non catholiques se sont vu accorder la liberté de culte, et les sujets juifs ont bénéficié des mêmes droits que les autres sujets de l’Empire.

[6] La construction de l’Église a commencé en 1784 et a été terminée en 1795. La première messe a été célébrée en 1787.

[7] Il s’agit en particulier du marchand d’Ithaque Angelo Rodotheatoi, des grossistes du Péloponnèse Antonio et Giorgio Antonupolo, et de Procopio Carciotti.

[8] Gilles Pécout, “The international armed volunteers: pilgrims of a Transnational Risorgimento”, Journal of Modern Italian Studies, 2009, 14, (4), pp. 413-426; Id., “Pour une lecture méditerranéenne et transnationale du Risorgimento”, Revue d’histoire du XIXe siècle, 44, 2012, pp. 29-47; Maurizio Isabella, Risorgimento in Exile. Italian Emigres and the Liberal International in the Post-Napoleonic Era, Oxford, Oxford University Press, 2009; Agostino Bistarelli, Gli esuli del Risorgimento, Bologna, Il Mulino, 2011.

[9] Richard Evans, The Pursuit of Power, Europe 1815-1914 (2016) ; trad. de D. Scaffei, Alla conquista del potere:Europa 1815- 1914, Roma- Bari, Laterza, 2020, p. 76. La traduction en français de la citation dans le text est de l’auteur. 

[10] En mars 1861, le nouveau Royaume d’Italie est créé, mais sans Trente et le Trentin, Trieste et la Vénétie julienne, le Veneto et Rome.

[11] Apóstolos Vakalópoulos, Histoire de la Grèce moderne, Roanne, Horvath, 1975; Georges Contogeorgis, Histoire de la Grèce, Paris, Hatier, 1992.

[12] Alberto Mario Banti, Sublime madre nostra. La nazione italiana dal Risorgimento al Fascismo, Roma- Bari, Laterza, 2011, pp. VI-VII. Traduction de la citation par l’auteure: “C’est quoi ces figures? Elles sont des images, des systèmes allégoriques, des constellations narratives, qui incorporent un tableau de valeur spécifique, proposé comme celui fondamental qui donne sens au système conceptuel proposé Dans la morphologie du discours national, trois figures profondes me semblent avoir un relief fondamental : 1. La nation comme parenté / famille; 2. La nation comme communauté sacrificielle; 3. La nation comme communauté sexuée, fonctionnellement distincte, c’est-à-dire en deux genres différents par rôle, profils et relations hiérarchiques […]”. Cf. en outre: Alberto Mario Banti, La nazione del Risorgimento. Parentela, santità e onore alle origini dell’Italia unita, Torino, Einaudi, 2000; George L. Mosse, Nationalism and Sexuality: Respectability and Abnormal Sexuality in   Modern Europe, New York, Howard Fertig, 1985; Id., The Nationalization of the Masses: Political Symbolism and Mass Movements in Germany from the Napoleonic Wars through the Third Reich, New York, Howard Fertig, 1975; Benedict Anderson, Imagined Communities. Reflections on the Origins and Spread of Nationalism, London, Verso, 1983.

[13] George Mosse, The Nationalization of the Masses: Political Symbolism and Mass Movements in Germany from the Napoleonic Wars through the Third Reich, New York, Howard Fertig, 1975.

[14] Atto Vanucci, I martiri della libertà italiana dal 1794 al 1848, vol.1, Livorno, Poligrafia Italia, 1849, p.5. Traduction de la citation par l’auteure : “Les fruits de la Liberté que nous commençons maintenant à cueillir, ont été semés et cultivés avec de longues douleurs par nos pères et nos frères. Il n’y a pas de prison qui n’ait été sanctifiée par la présence et les souffrances des hommes les plus généreux, il n’y a pas de pays étranger qui ne soit plein d’exils, qui ne voie pas les Italiennes malheurs. En Italie, il n’y a pas de paume de terre qui ne soit baignée par le sang des Martyrs de la Liberté”.

[15] Denys Barau, La Cause des Grecs: Une histoire du mouvement philhellène (1821-1829), Paris, Honoré Champion, 2009; Id., “La mobilisation des philhellènes en faveur de la Grèce, 1821-1829” en: Populations réfugiées: De l’exil au retour, Marseille, IRD Éditions, 2001, pp. 37-75; Michel Espagne, Philhellénismes et transferts culturels dans l’Europe du XIXe siècle, CNRS Éditions, 2005 ; Gilles Pécout, “Philhellenism in Italy: political friendship and the Italian volunteers in the Mediterranean in the nineteenth century”, Journal of modern Italian studies, 9 (4),2004, pp. 405-427.

[16] François- René de Chateaubriand (Saint Malo 1768 – Paris 1848), considéré comme l’un des fondateurs du romantisme français est également connu aussi pour son intense activité politique pendant les années de la Révolution française, de la période napoléonienne et du retour des Bourbons, auxquels il était toujours resté fidèle. Entre autres, l’ouvrage Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris (1811), dont la première partie est occupée par le Voyage de la Grèce, se distingue par son fort écho philhellénique. Cf. Jean-Paul Clément, Chateaubriand politique, De l’Ancien Régime au Nouveau Monde, Paris, Hachette-Pluriel, 1987; Michel Crépu, Le Souvenir du monde: essai sur Chateaubriand, Paris, B. Grasset, 2011.

[17]Victor Hugo (Besançon 1802, Paris 1885) est considéré comme le fondateur du romantisme français et l’un des écrivains les plus importants de la littérature française. Comme Chateaubriand, dont il était un grand admirateur, il a également accordé une attention particulière à la cause de l’indépendance grecque, qui s’est manifestée dans son œuvre Les Orientales, publiée en 1829. Cf. Baldine Saint Girons, Les Monstres du sublime: Hugo, le génie et la montagne, éditions Paris-Méditerranée, 2005 ; Alain Decaux, Victor Hugo, Paris, Éditions Perrin, 2001.

[18] Claude Fauriel (Saint-Étienne 1772- Paris 1844), historien et linguiste français, a eu l’occasion de rencontrer au cours de sa vie les hommes de lettres les plus influents de son époque, notamment Madame de Staël et Alessandro Manzoni, auquel il était lié par une profonde amitié. Il a écrit, entre autres, les Chants populaires de la Grèce moderne, composés entre 1824 et 1825. Cf. Miodrag Ibrovač, Claude Fauriel et la fortune européenne des poésies populaires grecque et serbe, Paris, Didier, 1966.

[19] Claude Bonnefond (Lyon 1796- Lyon 1860), peintre français, qui après un long séjour en Italie (1824 à 1830), est rentré en France et est devenu directeur de l’École des beaux-arts de Lyon. Parmi ses différentes œuvres, il peint entre 1826 et 1830 plusieurs toiles qui témoignent de son attention au mouvement philhellénique. On peut citer, entre autres, les tableaux suivants: L’Officier grec blessé (1826), Autoportrait en bonnet grec (1828) et la Cérémonie de l’eau sainte dans l’église de Saint-Athanase-des-Grecs (1830). Cf. Marie-Claude Chaudonneret, « Missolonghi ou la Grèce martyre, l’Officier grec blessé de Jean-Claude Bonnefond », Bulletin des Musées et Monuments Lyonnais, 1993-1994.

[20] Wilhelm Müller (Dessau 1794- Dessau 1827) est un peintre français dont les Lieder der Griechen [Les Chants des Grecs] composés entre 1821 et 1825 témoignent de son adhésion au philhellénisme.

[21] Lord Byron (Londres 1788- Missolungi 1824) est considéré comme l’un des poètes les plus significatifs du romantisme anglais. En plus de ses poèmes, Byron est célèbre pour son engagement politique, qui s’est manifesté tout au long de sa vie. Il a combattu en Angleterre, en Italie et en Grèce en faveur des opprimés, au nom de son profond attachement à la liberté. En 1823, il s’est rendu en Grèce pour combattre aux côtés des insurgés grecs contre l’Empire ottoman. Il est mort à Missolungi en 1824. Parmi les œuvres les plus célèbres qui mettent en évidence le lien entre Byron et le philhellénisme, on peut citer : Childe Harold’s Pilgrimage (1812), The Giaour (1813), The Bride of Abydos (1813), The Siege of Corinth (1816), Don Juan (1818).   Cf. Hervé Mazurel, Vertiges de la guerre: Byron, les philhellènes et le mirage grec, Paris, Les Belles lettres, 2013.

[22] Ugo Foscolo ( Zante 1778- Londres 1827), poète italien considéré comme le représentant le plus important du néoclassicisme (comme en témoigne, entre autres, son œuvre Le Grazie) et du premier romantisme (comme en témoignent, en particulier, ses compositions I Sepolcri et A Zacinto). Dans sa poésie transparaît l’attachement à une Grèce idéalisée, présentée comme le centre de la culture classique et comme le point d’origine et d’inspiration de ses écrits néoclassiques. Parmi les œuvres qui témoignent de la proximité de Foscolo avec le courant philhellène, on peut citer les quatre écrits sur les îles Ioniennes (1817) qui sont restés inédits, la composition On Parga (1819) et l’œuvre Narrative of Events Illustrating the Vicissitudes and the Cession of Parga (1819-1820), qui est restée incomplète. Cf. Arnaldo Di Benedetto,“‘Le Rovine d’atene’: Letteratura Filellenica in Italia Tra Sette e Ottocento.” Italica, vol. 76, no. 3, 1999, pp. 335–54; Lanfranco Caretti, Foscolo: persuasione e retorica, Nistri-Lischi, Pisa 1996.

[23] Giovanni Berchet (Milan 1783- Turin 1851), poète italien connu notamment pour sa composition Lettera semiseria di Grisostomo al suo figliolo (1821), considérée comme un écrit-manifeste du romantisme italien, et pour son engagement politique (il a participé aux différents soulèvements qui ont marqué la péninsule italienne de 1820-21 à 1848), Giovanni Berchet a également été un important représentant du philhellénisme italien, dont les échos sont particulièrement évidents dans son ouvrage I Profughi di Parga publié à Paris en 1823. Le linguiste Claude Fauriel en a édité la traduction française. Cf. Italo Bertelli, L’itinerario umano e poetico di Giovanni Berchet, Pisa, Giardini, 2005.

[24] Vincenzo Monti (Alfonsine 1754- Milan 1828), poète et traducteur italien, proche du courant littéraire du néoclassicisme (on peut citer le travail datant de 1782 I Pensieri d’amore) mais néanmoins enclin dans certaines de ses compositions aux caractéristiques du romantisme (on peut citer l’œuvre de 1779 Prosopopea di Pericle et l’œuvre inachevée Feroniade de 1784), connu aussi pour son activisme politique souvent accompagné de positions contradictoires ( il est ainsi passé de réactionnaire à révolutionnaire, de pro-napoléonien à pro-autrichien au cours de sa vie ). Monti est surtout connu pour sa traduction de l’Iliade d’Homère. Cf. Vincenzo Monti nella cultura italiana, sous la direction de Gennaro Barbarisi, 3 voll., Milano, Cisalpino, 2005-06.

[25] Niccolò Tommaseo (Šibenik 1802- Florence 1874), écrivain italien ainsi qu’un militant engagé pendant le Risorgimento italien contre la présence des Habsbourg dans la péninsule. Après la proclamation de la République de Saint-Marc à Venise en 1848, à la suite de l’expulsion des Autrichiens, il a assumé de nombreuses fonctions avec Daniele Manin, avant d’être exilé à Corfou après la fin de l’expérience de la République à Venise et le retour des Autrichiens. Proche des milieux philhellènes italiens, il est l’auteur de Canti popolari toscani, corsi, illirici e greci (1841-1842) et de Il Supplizio di un Italiano in Corfù (1855), dans lesquels la désillusion de Tommaseo face aux événements survenus à la fin de la guerre d’indépendance grecque est évidente. Cf. Arnaldo Di Benedetto, I racconti storici di Niccolò Tommaseo, in Ippolito Nievo e altro Ottocento, Napoli, Liguori, 1996; Fulvio Senardi, a cura di, N. Tommaseo, Racconti Storici, Bologna, il Mulino, 2004.

[26] Caterina Spetzieri Beschi, G.L. Gatteri e la rivoluzione greca (1821), Trieste, Società di Minerva, 2003.

[27] François Pouqueville, Histoire de la régénération de la Grece, comprenant le précis des èvénements depuis 1740 jusu’en 1824, Paris, Firmin Didot, 1824.

[28] Ludovico Lipparini (Bologne, 1800- Venise, 1856), peintre italien, qui au cours de sa vie, il est entré en contact avec les peintres et les hommes de lettres les plus influents de l’époque, notamment Francesco Hayez et Giacomo Leopardi. Après plusieurs séjours dans différentes villes de la péninsule, il s’installe à Venise, où il a achevé et a peint la plupart de ses œuvres, dont Un Filottete ferito (1820) et Il Giuramento degli Orazi (1825). Lipparini est lié à la ville de Trieste, puisqu’en 1838, il a peint Le sante martiri aquileiesi Eufemia, Tecla, Erasma e Dorotea pour l’église Santo Antonio Nuovo de Trieste. Parmi ses toiles, plusieurs sont consacrées à la guerre pour l’indépendance de la Grèce, comme Constantino Ypsilanti (1834), Corsaro greco (1839), Morte di Lambro Zavella (1840). Cf. Rossella Fabiani, La Chiesa di S. Antonio Nuovo, in Franco Firmiani, Arte neoclassica a Trieste, Trieste, Fachin, 1989; Risorgimento greco e filellenismo italiano. Lotte, cultura, arte, sous la direction de C. Spetsieri Beschi, E. Lucarelli, Roma, Edizioni del Sole, 1986.

[29] Cesare dell’Acqua (Piran, 1821- Ixelles, 1905), peintre italien, qui a vécu à Trieste à partir de 1833, avant de s’installer à Venise en 1842. Lorsqu’il est rentrée à Trieste en 1852, Maximilien de Habsbourg lui a commandé des toiles pour le château de Miramare de Trieste. Plusieurs de ses toiles sont liées à la ville de Trieste, comme S. Giovanni che predica nel deserto (1852) et Cristo e i pargoli (1854) destinées à l’église grecque orthodoxe de Trieste, La proclamazione del porto franco di Trieste et La dedizione di Trieste alla casa d’Austria, commandées par le mécène triestin Pasquale Revoltella en 1855-1856, et La Prosperità commerciale di Trieste, œuvre réalisée pour la municipalité de Trieste en 1877. Liées au philhellénisme de l’époque, on peut citer les toiles Madre Greca (1860) et Vecchio marinaio greco (1870). Cf. Claudio Martelli, Artisti triestini del Novecento, Trieste, A.D.A., 1979.