sources historiques et littéraires (XIXe-XXe siècles) : journée d’études (25/11

Journée d’études organisée par Anne-Laure Brisac (BnF) et Nicolas Pitsos (BULAC, CREE/Inalco)

Programme 

14h00 : Accueil des participants

Allocutions d’ouverture par Clément Froehlicher-Chaix (BnF) et Jean Chrysoulakis (Secrétaire Général du Secrétariat Général des Grecs de l’étranger et de la Diplomatie publique)

Présentation de la journée par Anne-Laure Brisac et Nicolas Pitsos 

14h30 : Moses Elisaf (maire de la ville de Ioannina, président de la Communauté israélite de Ioannina ) « The Romaniote Jewish Community of Ioannina: a journey through time »

15h00 : Joëlle Dalègre (Inalco), « Janina au temps d’Ali pacha »

15h30 : Nicolas Pitsos (BULAC, Inalco), « Au nom de la ville : l’évergétisme à Ioannina au XIXe siècle »

16h00 : Discussion

16h15 : Pause-café

16h30 : Jean-Paul Champseix (Inalco), « Chez Kadaré, un tyran peut en cacher un autre : Enver Hoxha dans l’ombre d’Ali pacha»

17h00 : Ioanna Kouki (Université Paris Cité), «Le narrateur-témoin chez Dimitris Chatzis : une approche stylistique»

17h30 : Discussion

17h45 : Projection du film documentaire “Romaniotes, les Juifs Grecs de Ioannina” (V.O. sous-titrée en français) d’Agnès Sklavou et de Stelios Tatakis, en présence des réalisateurs

18h45 : Discussion

A lire aussi…

DéPRET Isabelle, « La construction nationale en Épire, 1912-1939 : le rôle du facteur confessionnel et du haut clergé orthodoxe », Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2009/3 (n° 56-3), p. 123-149. DOI : 10.3917/rhmc.563.0123. URL : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2009-3-page-123.htm

Cet article explore la question de la formation de l’État grec au XXe siècle, en considérant les rapports de l’État aux communautés confessionnelles de 1913 à 1939. Située aux confins de la Grèce et de l’Albanie après 1913, l’Épire constitue, à cet égard, un laboratoire intéressant. Dans cette région pauvre, en grande partie montagneuse, multicommunautaire et marquée durant toute la période étudiée par la porosité des frontières, la variable confessionnelle s’est associée à d’importants enjeux socio-politiques : installation des réfugiés ; contrôle par l’État de nouvelles provinces ; propriété agraire ; intégration scolaire et nationale ; sécurité et ordre public. Cette configuration a contribué à maintenir le haut clergé orthodoxe dans la sphère du politique, orientation qu’illustre, en Épire grecque, le cas de la métropole de Ioannina. Si des liens étroits entre l’Église orthodoxe et le nationalisme ont favorisé l’encadrement social des populations, pour autant, le haut clergé (autorité religieuse et civile dans le système ottoman) a entretenu des rapports complexes, parfois tendus, avec l’État contemporain et ses représentants civils.

SINTèS Pierre, « Conflits sans fin à la frontière gréco-albanaise ? », Hérodote, 2015/3 (n° 158), p. 76-92. DOI : 10.3917/her.158.0076. URL : https://www.cairn.info/revue-herodote-2015-3-page-76.htm

Dans son histoire récente, la région de Thesprotie (nord-ouest du territoire grec) a été le théâtre de violences interreligieuses entre communautés chrétienne orthodoxe et musulmane sur fond de contentieux frontalier entre Grèce et Albanie. Ces tensions se sont achevées à la fin des années 1940 avec le départ des musulmans et l’avènement de la guerre froide qui a positionné ces deux pays de part et d’autre du rideau de fer. Un demi-siècle plus tard, à partir de 1990, la nouvelle situation de contact entre les sociétés grecque et albanaise procédant de l’ouverture de la frontière semble avoir conduit localement à une réactualisation de la mémoire de ce contentieux et des violences qu’il a occasionnées il y a plusieurs décennies. Cette nouvelle dynamique prend place dans un ensemble de processus qui touche cette province périphérique du territoire grec et questionne les interprétations que peuvent avoir ses habitants de ce passé comme de leur identité.

HANDMAN Marie-Élisabeth, « ‪L’Autre des non-juifs …et des juifs : les romaniotes‪ », Études Balkaniques, 2002/1 (n° 9), p. 133-164. DOI : 10.3917/balka.009.0008. URL : https://www.cairn.info/revue-etudes-balkaniques-cahiers-pierre-belon-2002-1-page-133.htm

Parmi la population juive de Grèce, on ignore souvent la présence importante à certains endroits de juifs romaniotes, c’est-à-dire de juifs ni ashkénazes, ni sépharades, implantés là depuis l’Antiquité, de langue maternelle grecque, ayant développé un rite religieux particulier. Arta, Prévéza, Volos et Chalkis étaient d’importantes communautés romaniotes, aujourd’hui disparues ou presque exsangues et en contact avec les juifs sépharades, très majoritaires dans cette population, elle-même presque effacée de la Grèce contemporaine depuis les assassinats et déportations commise par le IIIe Reich. Le terrain anthropologique particulièrement difficile amène à de longues approches ainsi que de nombreux voyages qui mènent également vers Israël où une population romaniote apparentée mais ayant survécu en Albanie réside actuellement. L’altérité des romaniotes est ainsi difficile à restituer. Elle s’articulait par la religion vis-à-vis d’un environnement grec-orthodoxe aux réactions parfois peu amènes, l’endogamie vis-à-vis des chrétiens comme de la plupart des sépharades, la langue mais uniquement envers les non romaniotes, certaines pratiques rituelles religieuses, matrimoniales ou funéraires par exemple. Le repli sur soi et le refus dynamique du monde extérieur permet seul de maintenir en Grèce et en Israël l’existence d’un groupe très menacé en tant que tel.

MORRISSON Cécile, « Chapitre XVI. Le despotat d’Épire et l’empire de Thessalonique », dans : Angeliki Laiou éd., Le monde byzantin III. L’Empire grec et ses voisins XIIIe-XVe siècle. Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Nouvelle Clio », 2011, p. 311-322. DOI : 10.3917/puf.morri.2011.01.0311. URL : https://www.cairn.info/le-monde-byzantin-III–9782130520085-page-311.htm

istoriquement, l’Épire (mot à mot « terre ferme ») recouvre les deux provinces romaines d’Épire ancienne depuis le golfe d’Arta et Nicopolis au sud jusqu’à Bouthrot (act. Butrint), en face de l’île de Corfou et d’Épire nouvelle au nord, avec les cités d’Avlona, Apollonia et Dyrrachion (act. Durrës). La population paraît avoir été majoritairement grecque au sud ; au nord, la composante albanaise était importante et dès la fin du xiie siècle avait dans l’Arbanon, la région de la haute vallée de la Skumbi, des archontes autonomes. C’est une région très montagneuse dont les sommets culminent à quelque 2 700 mètres, aux vallées profondément encaissées, mais avec une série de plaines côtières fertiles. Elle est isolée de la Thessalie par la chaîne du Pinde et de la Macédoine par les Alpes dinariques. Ce relief compartimenté rend difficiles les communications entre l’Adriatique et l’arrière-pays. L’Épire n’en contrôlait pas moins les routes terrestres reliant l’Adriatique et Thessalonique, notamment la Via Egnatia.

Brendan Osswald. Les villes de l’Épire byzantine (xiiie‑xve siècle) à travers les sources écrites,  https://books.openedition.org/momeditions/9392?lang=fr 

École française d’Athènes Du même auteur

OSSWALD Brendan, « La révolution de 1411 à Iôannina : comment interpréter la Chronique des Tocco ? », Revue historique, 2018/1 (n° 685), p. 23-58. DOI : 10.3917/rhis.181.0023. URL : https://www.cairn.info/revue-historique-2018-1-page-23.htm

La cité byzantine de Iôannina constitua de 1367 à 1430 un État indépendant gouverné par un souverain portant le titre de despote. La succession, théoriquement héréditaire, était en pratique élective. C’est ainsi qu’en 1411, peu après la mort du despote Esau Buondelmonti, son jeune fils Georges et sa veuve Eudocie Balšić furent proclamés respectivement despote et régente, avant d’être chassés au profit de Carlo Tocco, comte de Céphalonie et neveu d’Esau. Cette révolution s’explique par des raisons politiques et stratégiques : originaire de la seigneurie de Valona, alors en déclin, Eudocie ne bénéficiait ni de soutiens au sein de Iôannina contre ses ennemis politiques, ni d’alliés stratégiques contre les chefs albanais qui menaçaient la ville, tandis que Carlo, qui disposait de troupes puissantes et avait fait ses preuves en tant que chef de guerre, était considéré par l’élite de la ville comme mieux à même de la défendre. Or, ces raisons étaient officiellement inavouables, puisqu’elles contrevenaient au principe de succession héréditaire. L’article utilise les informations fournies par la Chronique des Tocco, ouvrage à la gloire du nouveau souverain, afin de déterminer les véritables raisons de la révolution, de mettre au jour le réseau plus ou moins clandestin qui permit le changement de régime et enfin de montrer en quoi cette source partisane ne se contente pas de raconter ce dernier mais cherche à le justifier, en évitant soigneusement de comparer les légitimités respectives de Georges et de Carlo, au profit d’un récit opposant les mérites de Carlo aux turpitudes de la régente Eudocie.