Le marathon Authentique d’Athènes donne vie à l’histoire. En effet, non seulement il suit le parcours du soldat Phidippidès, qui courut en 490 avant J.C la distance séparant Marathon et Athènes pour apporter la nouvelle de la victoire des grecques sur les perses à la bataille de marathon. Mais il permet également d’arriver dans le stade où ont eu lieu les premiers Jeux Olympiques de l’époque moderne en 1896. C’est l’occasion de courir un parcours de marathon unique et vraiment mémorable.

La course emprunte le même parcours ondulé que celui des derniers jeux olympiques en 2004. Le départ de la course a lieu au village Marathon, au Nord/Est d’Athènes et l’arrivée dans le merveilleux stade en marbre, le Panathinaiko. Il est aussi appelé le marathon de la Paix et dédié à la mémoire de Grigoris Lambrakis (1912-1963) patriote grec qui a été sauvagement assassiné lors d’une marche pour la paix. Il avait pour devise « C’est si beau de vivre pour la Paix; c’est si magnifique de mourir pour la Paix ». Pour sa première participation à Athènes en 2014, le kenyan Felix Kandie améliore le record de la course en terminant en 2.10.37, tandis que la lituanienne Rasa Drazdaoukaite conserve son record établi en 2010 en 2.31.06. Pour profiter de cette ambiance particulière d’une arrivée dans un stade olympique, un 5 et un 10 km (le samedi à 17h00) sont proposés.

En mémoire de l’hémérodrome

12 septembre 490 avant Jésus-Christ, 40 kilomètres au nord-est d’Athènes.

Un soleil de plomb en fusion embrase le vaste cirque de Marathon. Quelques 20 000 envahisseurs perses, soldats de Darios 1er, alignés derrière leurs boucliers, attendent le signal de la charge. En face, sur l’autre versant, l’armée athénienne, forte seulement de 10 000 guerriers hoplites conduits par Miltiade, se déploie astucieusement en arc de cercle. Dans les deux camps, écrasés de chaleur et d’angoisse, l’attente est lourde, interminable.

Et soudain, déchirant le silence, une double clameur monte de la plaine. Les deux troupes, enfin libérées, telles deux vagues d’acier, déferlent l’une contre l’autre sur 2 000 mètres d’une course sauvage. Un choc effroyable d’acier et de chair. La horde perse, supérieure en nombre, enfonce vite les lignes grecques en leur centre, volontairement étiré au profit des ailes. Le fin stratège Miltiade les referme alors en tenailles sur son ennemi, pris au piège. La bataille, monstrueux et sanglant corps-à-corps, s’achève après plusieurs heures, par le massacre de plus de 6 000 perses contre moins de 200 grecs tués.

Acheminer rapidement à Athènes, la nouvelle du triomphe des Grecs sur les Perses, dans ce combat inégal, fut l’idée subite et généreuse d’un guerrier hoplite.

Dénommé Philippides par certains historiens, Pheidippidès par d’autres, ce soldat de fait inconnu, s’élança en courant vers la capitale. Partant du village de Marathon, l’« hémérodrome » – nom des messagers de l’époque – en armes traversa toute la province de l’Attique par Vrana, escalada la colline d’Agios, culminant à 400 mètres, pour descendre enfin sur Athènes. .

Haletant, titubant, les yeux hagards, seulement porté par l’enthousiasme et le désir d’annoncer le premier la grande nouvelle aux Anciens de la Cité, il arriva enfin pour s’effondrer devant les Sages réunis dans le Grand Temple :

 « Nous les avons vaincus »

« Réjouissez-vous, nous les avons vaincus », murmura-t-il à leurs pieds, dans un souffle, avant d’expirer, le visage radieux. Le héros de Marathon entrait ainsi à jamais dans l’histoire de l’humanité.

Qui est l’hémérodrome…

Comme Philostratos nous l’informe, les hémérodromes étaient des coureurs professionnels et se retrouvent dans toute la Grèce principalement comme messagers de nouvelles de guerre. En fait, il était primordial pour chaque armée d’avoir un messager pour la communication avec le monde extérieur.

Selon Strabon, les hémérodromes sont aussi appelés « facteurs » car ils transportaient principalement des lettres. Un rôle similaire aux diurnes était également les « imeroskopi » « éclaireurs diurnes », qui étaient chargés d’espionner depuis des positions élevées sur un emplacement spécifique et lorsqu’ils trouvaient des mouvements suspects de l’ennemi, ils couraient vers la cité et annonçaient les informations utiles aux généraux ou seigneurs. Il est acquis que les hémérodromes ou « informateurs  de la route » couraient  armés pendant toute la période de l’histoire grecque.

Déjà dès le  7e av. siècle apparaissent les messagers. Plus précisément lors au cours de la 28e Olympiade ou autrement en 668 av. la trêve olympique est violée par les hostilités d’Ilia et de Dymaia. Après la défaite des Dyméens (ville d’Achaïe), un conducteur de char armé par les Héliens quitta le champ de bataille et parcourut quelque 80 kilomètres pour apporter le message de victoire dans le stade d’Olympie le jour des « exploits » (= prix).

Le phénomène des messagers armés après les batailles réapparaît lors de la première guerre sacrée de Delphes (596-586 av. J.-C.) ainsi qu’à Argos et Corinthe.

Admirable est l’exploit du compagnon Euchidas, qui après la bataille de Plataea (479 av. J.-C.) et parce que le feu sacré de Plataea avait été éteint et qu’il avait été allumé par les Barbares, il courut, suivant l’ordre des seigneurs, vers l’oracle de Delphes. A Delphes il purifia son corps, se désinfecta, porta une couronne de laurier, alluma sa torche au feu de l’autel d’Apollon (feu pur) et retourna le même jour dans sa patrie. En remettant la flamme est mort. Il avait parcouru une distance de 1 000 stades ou 200 km environ.

Lors de la 113e Olympiade ou autrement en 328 av. J.-C., l’athlète Argeus d’Argos remporta une victoire olympique à Dolicho. Immédiatement après son sacre, il a couru vers sa ville natale, parcourant 100 km (Olympia-Argos), annonçant sa victoire « le jour même ».

Ce que dit l’histoire…….

Hérodote est né en 485 av. J.-C., 5 ans après la bataille de Marathon. Il a obtenu des informations sur les guerres avec les Perses auprès  de prêtres et surtout d’oracles de Delphes. Aussi il s’informe auprès de guides, d’interprètes et de Grecs installés dans divers endroits qu’il avait rencontrés. Vers 454-445 av. J.-C. Hérodote est honoré par le parlement des Athéniens pour son travail historique. Le but de son histoire était que les œuvres « grandes et merveilleuses » ne soient pas effacées de la mémoire des gens afin que les grandes actions des héros restent « sans honneurs « . La pensée historique d’Hérodote a un tempérament poétique combiné à une humeur curieuse motivée par son insatiable curiosité. Il se distingue par une objectivité naturelle, il est enchanté par le détail, l’impartialité et poursuit ce qui est juste et vrai. Il est conscient de son devoir de décrire les événements au plus près de la réalité. Il est à noter que s’il décrit en détail et objectivement ce qui s’est passé dans la bataille de Marathon, il ne mentionne pas l’incident du messager de la victoire, alors que chez les auteurs ultérieurs, l’information selon laquelle l’événement s’est réellement produit est répandue. Il semble qu’au fil du temps les spécialistes de l’histoire d’Hérodote aient considéré l’incident du messager comme une omission. D’autres historiens ont  voulu interpréter  que historiquement cet événement n’avait pas eu lieu.

A noter aussi que  cent cinquante (150) ans après la bataille de Marathon, l’historien Héraclide du Pont raconte que le messager qui courut de Marathon à Athènes était Thersippos, originaire de l’ancienne municipalité d’Hérée, bien qu’il soit lui-même prudent car ses contemporains ou ses prédécesseurs ne veulent pas de Thersippe mais proposent Eucles, qui, courant « avec les armes chaudes de la bataille et arrivant à la cité a pu juste dire , réjouissez-vous et il est mort  immédiatement ».

Le même problème se pose lors au 2ème siècle après J.C. (700 ans après la bataille), Lucien mentionne l’incident  avec le héros Philippides (= ami des chevaux). Les informations historiques d’Hérodote concernant le messager à Sparte sont également copiées par ​​Pausanias, mais il nomme l’hémérodrome Philippide, comme Lucien, et non Pheidippide comme l’appelle Hérodote.

Pourquoi Hérodote ne le mentionne-t-il pas ?  Il semble que dans ses récits Hérodote ait négligé le fait parce qu’il le considérait comme sans importance ou parce que ses contemporains ou lui-même ne lui accordaient pas l’importance significative que nous lui donnons aujourd’hui. Nous pensons que cette omission historique ne nuit pas à la crédibilité de l’auteur, mais au contraire la renforce car l’incident n’est pas unique et irremplaçable dans l’espace et le temps de l’histoire grecque. Dans la conscience historique d’Hérodote ou de ses contemporains, cette distance de 34 kilomètres (Marathon-Athènes) était insignifiante comparée à l’exploit du chroniqueur Pheidippide, messager officiel de l’armée grecque, qui courut la distance Athènes-Sparte, 1140 stades (230km ) en deux jours, tandis que deux mille Spartiates hoplites ont parcouru la même distance après la bataille en trois jours. De tels exploits routiers, miraculeux et en même temps controversés pour notre époque, étaient des phénomènes triviaux et banals dans l’Antiquité.

Pourquoi a-t-il couru avec ses armes ? Les textes des auteurs grecs, nous informent que le messager était obligé  de courir armé après la bataille, pour apporter le message pour des raisons de  validité du message.  Les dirigeants de l’État, pouvaient s’assimiler à un  déserteur qui aurait jeté ses armes. Il n’y avait pas d’armée grecque qui ne soit accompagnée d’un messager pour pouvoir communiquer avec le monde extérieur.

Pourquoi n’a-t-il pas utilisé de cheval? Premièrement, les Athéniens à Marathon n’avaient pas de cavalerie et deuxièmement parce que, selon Philostrate, il était interdit aux messagers d’utiliser des chevaux, afin qu’ils ne soient pas remarqués par l’ennemi au passage. La mention de l’existence du messager est omniprésente dans tous les témoignages historiques des auteurs, ainsi que dans la tradition., Ainsi nous pouvons conclure que le message de la victoire grecque est porté à Athènes par l’hémérodrome, puisque le messager était nécessaire dans  l’armée, et nous convergeons sur le fait qu’il doit s’agir de Pheidippides. Nous ne pouvons pas considérer  le messager comme un élément décoratif des écrivains dans le but d’embellir la bataille.  Par ailleurs, l’attitude de Miltiade serait inexplicable, s’il n’envoyait pas le messager à Athènes immédiatement après la bataille.

Que dit  la tradition de l’hémérodrome?  La tradition populaire, de bouche à oreilles sauva l’événement, bien que certains veuillent en faire une création des années ottomanes et on ajoute même  deux messagers qui coururent porter la nouvelle à Athènes. L’un courait à cheval mais n’arrivait jamais à destination, l’autre à pied et à cheval. Le cavalier est parti de Chalandri, l’autre de Stamata. Dès que les femmes l’ont vu, elles ont couru vers lui : « Arrête, lui criaient-elles, arrête… Enfin il atteint Psychiko… Le premier village s’appelait Stamata (messager s’est arrêté) le second Psychiko parce que le messager est allé se rafraîchir.. .

L’enquête à travers le mythe de Philippidès a révélé différentes strates d’éla­boration : chaque source apparaît comme un maillon d’une longue chaîne, essentiel à la réalisation d’ensemble. Il n’est pas question de dire que l’histoire originelle a disparu : elle est toujours attestée par Pausanias.. Chacune des modifications du récit s’explique par les enjeux propres aux textes qui les engendrent, alors pourtant que les buts des textes considérés peuvent être diamétralement opposés, comme l’oraison pro-athénienne de Lysias et la réhabilitation des Lacédémoniens par Plutarque. Dans l’atelier du mythe, chaque artisan travaille la matière à sa façon, en ajustant chaque morceau selon les besoins de sa production finale.

1894, la course du marathon aux premiers jeux Olympiques

Stade panathénaïque d’Athènes rénové pour les 1ers Jeux olympiques de l’ère moderne en 1896

C’est Michel Bréal, un linguiste français, qui proposa d’assortir les premiers Jeux olympiques modernes d’une course à pied de grand fond, appelée marathon, sur la distance du parcours effectué 2 386 ans plus tôt par le soldat de la bataille de Marathon, entre cette ville et Athènes afin d’annoncer à ses compatriotes la victoire des leurs face aux Perses.  Il présenta son projet au 1er Congrès olympique qui eut lieu du 16 au 24 juin 1894, dans l’amphithéâtre de la Sorbonne. L’intention était louable : commémorer avec le marathon, à la fois la bataille historique et le sacrifice du soldat , tout en honorant ainsi la nation grecque.

Le linguiste français Michel Bréal (1832-1915)

Accepté par les congressistes, le souhait de Michel Bréal se concrétisa le 10 avril 1896, au cours des Jeux olympiques rénovés par le baron de Coubertin. À quatorze heures vingt cinq, le pistolet du starter lâchait les premiers marathoniens olympiques, à Marathonas, nom actuel de la ville. Sur la route et les traces mêmes de l’illustre ancêtre parti 2 386 ans avant eux. Le rêve de Michel Bréal devenait réalité. Il convient de préciser que les athlètes grecs n’étaient pas, jusqu’à cette course, bénis des Dieux, puisqu’ils n’avaient encore jamais gagné de médaille aux Jeux rénovés. Afin de mieux motiver à la victoire leurs coureurs, de riches commerçants promirent, en plus de la coupe en or offerte par Michel Bréal, des gratifications insolites au vainqueur du marathon. Par exemple, une tonne de chocolat ou ses vêtements et son coiffage gratuit à vie. Jusqu’au richissime Georgios Averoff qui promit, pour sa part, un million de drachmes…

Parmi une majorité de participants grecs, deux étrangers ayant déjà fait leur preuve en course à pied se présentèrent sur la ligne de départ : l’Australien Edwin  Flack, vainqueur du 800 mètres et du 1 500 mètres, et le Français Albin Lermusiaux, 3e du 1 500 m, qui mena la course pendant 30 kilomètres.

Le baron de Coubertin note : « 70 000 spectateurs assistaient au spectacle de l’arrivée du premier vainqueur du marathon, le berger grec Spiridon Louys qui s’était entraîné en jeûnant et en priant devant les icônes. Il atteignit la ligne d’arrivée sans trace de fatigue sous un tonnerre d’applaudissements qui saluaient à la fois le passé et le présent ».

Le Grec Spiridon Louys (1873-1940) : 1er du marathon

âgé à l’époque de 24 ans, reçut la coupe en or présentée par Bréal ainsi que les autres prix et récompenses annoncées. Le temps de Louys était de 2 heures 58′ 50″ – un temps excellent si l’on considère l’état des routes à cette époque. Le deuxième était un compatriote de Louys, Haralambos Vasilakos (3 heures 6′ 33″) et le troisième, un Hongrois Gyula Keliner (3 heures 6′ 35″).

Depuis, les plus grandes manifestations sportives mondiales ont inscrit le marathon à leur programme, qu’il s’agisse du Championnat d’Europe d’athlétisme, des Jeux asiatiques, panaméricains ou du Commonwealth.

Le Grec Spiridon Louys (1873-1940) : 1er du marathon

La coupe d’argent de Michel Bréal est le trophée décerné à Spyridon Louis, vainqueur du marathon des premiers Jeux olympiques modernes organisés à Athènes, en 18961. La coupe est conçue par le Français Michel Bréal, qui est celui qui a eu l’idée originale d’inclure une course de marathon aux Jeux olympiques.

La coupe est en argent pur. Sur la partie supérieure de la Coupe, on trouve l’inscription « JEUX OLYMPIQUES 1896, TROPHÉE DU MARATHON DONNÉ PAR MICHEL BREAL ». La surface restante de la coupe possède une décoration en relief représentant des oiseaux et des plantes aquatiques, qui étaient connus pour exister dans les terres marécageuses de Marathon dans les temps anciens.

La coupe d’argent de Michel Bréal.

Michel Bréal souhaite donner à la coupe une signification symbolique et relier les Jeux olympiques antiques aux modernes. Aujourd’hui, la coupe appartient à la Stavros Niarchos Foundation, qui l’a acquise lors d’une vente aux enchères organisée le 18 avril 2012 par Christie’s à Londres. Une délégation de la municipalité de Maroússi, la ville natale de Spyridon Louis, participe à la vente aux enchères. La coupe est vendue par le petit-fils du marathonien, qui porte le même nom.

Bibliographie

Marc Décimo et Pierre Fiala, « Michel Bréal, le marathon, l’olympisme et la paix », Mots. Les langages du politique [En ligne], 76 | 2004, mis en ligne le 21 avril 2008, consulté le 23 avril 2022. URL : http:// journals.openedition.org/mots/3743 ; DOI : https://doi.org/10.4000/mots.374