La ville grecque, située à vingt kilomètres à l’ouest d’Athènes, compte sur cette distinction pour développer ses infrastructures artistiques..

En route pour Eleusis, port situé à vingt kilomètres à l’ouest d’Athènes, le chauffeur de taxi s’interroge sur ce que l’on peut bien aller chercher là-bas. « Ce n’est pas un endroit auquel nous, Athéniens, pensons pour faire une balade, fait-il remarquer. C’est une banlieue industrielle où il ne se passe rien. »

Et pourtant, Eleusis (ou Elefsina) a décroché le titre convoité de Capitale européenne de la culture (ECOC, European Capital of Culture) en 2021, avec Timisoara (Roumanie) et Novi Sad (Serbie) – en raison de la crise sanitaire, le projet a été repoussé de deux ans. « Cela a été une vraie surprise qu’Eleusis gagne cette compétition, déclare Michael Marmarinos, metteur en scène et directeur artistique. Il y avait des villes grecques plus importantes, comme Kalamata et Rhodes. Mais Eleusis et ses 30 000 habitants a été choisie. C’est la plus petite Capitale européenne depuis la création du label. Elle va être une sorte de modèle de ce que doit être l’évolution d’une cité européenne aujourd’hui. »

La déambulation « Un autre mystère », chorégraphiée par Julie Desprairies, à Eleusis (Grèce), le 13 novembre 2021.

La déambulation « Un autre mystère », chorégraphiée par Julie Desprairies, à Eleusis (Grèce), le 13 novembre 2021.

Capitales européennes de la culture en 2020

Pour l’année 2020, Galway, sur la côte ouest de l’Irlande, et Rijeka, au nord-ouest de la Croatie, ont été sélectionnées pour promouvoir la culture en Europe. Ces deux villes portuaires abritent de nombreux musées et édifices historiques, et accueillent chaque année des manifestations culturelles et autres festivals.

En savoir plus sur les événements 2020 :
– à Rijeka
– à Galway

En raison des effets de la crise du coronavirus, la Commission européenne a proposé  de donner à Rijeka (Croatie) et à Galway (Irlande) la possibilité de prolonger leur année de Capitales européennes de la culture 2020 jusqu’au 30 avril 2021. La Commission propose également de reporter la date où il était prévu que Novi Sad (Serbie) devienne Capitale européenne de la culture de 2021 à 2022, ainsi que la date où Timisoara (Roumanie) et Elefsina (Grèce) détiendront ce titre de 2021 à 2023.

Les origines

Si c’était à refaire, je commencerais par la culture” . On sait maintenant que, si cette phrase a longtemps été attribuée à Jean Monnet, le Père de l’Europe ne l’a en fait jamais prononcée. A l’origine des capitales européennes de la culture, on trouve pourtant la conviction, chez les responsables européens, que l’Europe s’est trop longtemps préoccupée de politique et d’économie, négligeant les échanges culturels entre ses habitants.

L’initiative, qui remonte à 1985, revient à l’actrice Melina Mercouri, alors ministre grecque de la Culture. Deux ans plus tard, Athènes devient la première “ville européenne de la culture” . Une appellation transformée en 1999 pour revêtir son acception actuelle, plus honorifique.Quatre villes françaises ont reçu ces titres depuis lors : Paris en 1989, Avignon en 2000, Lille en 2004 et Marseille en 2013. En 2028, aux côtés d’une ville tchèque, une autre ville française sera de nouveau à l’honneur.

Objectifs

Le but de ce label est, selon la Commission européenne, de “mettre en valeur la diversité de la richesse culturelle en Europe et les liens qui nous unissent en tant qu’Européens” .

Plus prosaïquement, il s’agit, pour les villes ainsi mises à l’honneur, de promouvoir leur patrimoine et leur dynamisme culturel à travers l’organisation de dizaines d’expositions, festivals et autres évènements, tout en bénéficiant d’une couverture médiatique non négligeable grâce à la labellisation européenne.

Choix des villes lauréates

L’ordre des pays dont les villes peuvent prétendre à ce titre est déterminé à l’avance. Des règles précises assurent une rotation entre les Etats membres.

Depuis 2009, deux villes au moins se partagent le label : l’une issue d’un “ancien” Etat membre, l’autre d’un “nouveau” . A ces deux lauréates peut s’ajouter une troisième, issue d’un pays tiers, par exemple un pays candidat à l’UE.

C’est ainsi qu’Istanbul a porté le titre en 2010, conjointement à Pécs (Hongrie) et Essen (Allemagne). L’ancienne capitale ottomane souhaitait profiter de l’aubaine pour marquer son ancrage européen et sa modernité culturelle.

Une fois le “pays d’accueil” connu, reste à sélectionner les villes qui tiendront le haut de l’affiche une année durant. Quatre ans avant l’échéance, le pays désigné soumet aux institutions européennes une liste de villes présélectionnées. La Commission européenne réunit alors un jury chargé d’étudier chaque dossier et d’établir une recommandation. La décision finale revient au Conseil des ministres de l’UE, qui tranche après avis du Parlement européen.

Les financements et les retombées

Cette initiative bénéficie de fonds européens via le volet Culture du programme “Europe creative”, doté d’un budget global d’environ 1,5 milliard d’euros pour la période 2014-2020 (environ 30% de ce programme sont alloués au volet Culture). Pour la période budgétaire 2021-2027, 1,6 milliards d’euros pourrait être alloué au programme “Europe créative” .

L’intérêt pour les villes désignées dépasse néanmoins l’octroi de subventions européennes, d’ailleurs jugées insuffisantes par la plupart des cités organisatrices. Il semble se trouver principalement dans les retombées économiques et d’image de marque.

En 2004, la Commission s’était en effet intéressée aux motivations qui avaient poussé les 29 villes lauréates au cours des dix années précédentes à déposer leur candidature. Le rapport concluait : “la plupart d’entre elles poursuivaient de nombreux objectifs renvoyant souvent au besoin de développer le profil international de la ville et de sa région, de mettre en place un programme d’activités culturelles et d’événements artistiques, d’attirer des visiteurs et de renforcer la fierté des villes et l’image qu’elles ont d’elles-mêmes” .

Les capitales européennes de la culture ont sans doute permis à de nombreux touristes européens de découvrir les richesses des plus belles villes du continent. En filigrane, le rapport livrait néanmoins des conclusions mitigées sur la participation de ce label au renforcement de l’intégration européenne. Peu de villes semblaient en effet attachées à la dimension européenne de l’évènement. “Les attentes de coopération entre villes partageant le titre n’ont pas été réalisées ou maintenues” , notait ainsi la Commission européenne.