On  oublie souvent quand on parle de Mélina Mercouri d’évoquer sa simplicité et sa passion pour la langue française.

Dans les années 80 les membres de l’ambassade grecque scolarisaient leurs enfants au lycée français de Lisbonne. Or le Président de la République grecque vint en visite officielle au Portugal, accompagné  par Mélina Mercouri, actrice et chanteuse très  connue, alors ministre grecque de la culture.

L’institutrice d’un des fils de l’ambassadeur, oubliant sans doute les subtilités diplomatiques mais connaissant bien l’âme grecque, lança à son élève : « Puisque Mélina Mercouri est là, tu devrais demander à ton papa si elle ne veut pas venir chanter dans notre classe. »

Le soir venu, alors que Mélina et les membres de l’ambassade partageaient, en toute amitié,  quelques chansons le jeune garçon s’approcha de son père et lui dit « Papa, la maîtresse a demandé si Madame la Ministre ne voudrait pas venir chanter dans notre classe. » Et avant même que l‘ambassadeur n’ait réagi Mélina avait répondu  « Mais oui, pas de problème. Je n’ai rien demain à 11 heures,  je viendrai donc dans ta classe. »

C’est ainsi que le lendemain à 9 heures l’institutrice s’en vint informer le proviseur que deux heures plus tard la ministre grecque de la Culture viendrait chanter dans ses murs ! Le Proviseur fit un bond digne d’un athlète d’Olympie avant d’entrer dans ce qu’il est convenu de nommer une « colère homérique » « Un ministre au Lycée ! Et qui plus est un ministre grec en visite officielle au Portugal dans une institution française ! Ce n’est pas prévu ! Vous n’y pensez pas ! Et qui va l’accueillir ? Il  faut une personnalité de même rang ! » L’institutrice, recroquevillée dans un coin, jura mais un peu tard qu’on ne l’y reprendrait plus. Elle se voyait déjà  la cause d’un incident diplomatique. Et le proviseur de téléphoner à l’ambassade de France qui, en ces  circonstances était… en dérangement. ! Un vent de panique soufflait. Il fut finalement décidé qu’on rassemblerait le moment venu les classes comptant des enfants grecs pour constituer une haie d’honneur et les professeurs de grec (ancien !) susceptibles de s’entretenir avec l’illustre visiteuse dont on ne savait si elle parlait le français.

A 11 heures la voiture de Mélina et son escorte s’immobilisèrent devant l’entrée du lycée. Mélina très élégante et très souriante, accueillie par le proviseur et son équipe, s’avança au milieu des élèves tandis qu’on lui offrait un magnifique bouquet. C’est alors que dans un français parfait Mélina remercia tout le monde, exalta la francophonie et l’amitié franco-hellénique avant d’aller bavarder, en toute simplicité, avec les élèves. Puis elle demanda dans quelle salle elle devait chanter et s’y rendit au milieu d’écoliers enthousiastes. Enfants du Pirée, enfants du Tage, de Paris, d’Angola ou du Cameroun tous, loin des subtilités diplomatiques,  partageaient des moments heureux grâce à une grande Dame.

La grandeur de Mélina outre ses engagements, sa simplicité, ses films et ses chansons, c’était son amour de la langue française et des valeurs qu’elle véhicule. Sa visite au lycée était naturelle.

Alain Juny, Professeur de lettres classiques et philhellène

Cela s’est passé lors de la visite d’Etat du président Christos Sartzetakis au Portugal  du 8 au 11 mars 86.

MAISON POUR TOUS MELINA MERCOURI

Alain Juny nous a nous a également envoyé des photo de l’inauguration de la maison pour tous Melina Mercouri du quartier Port Marianne à Montpellier. La M.P.T a été inaugurée par le président Stephanopoulos en novembre 2003. 

Le président grec donna , lui aussi, un bel exemple de simplicité. En effet ,  au début de son hommage à M. Mercouri il s’adressa, en un français parfait, aux enfants qui l’avaient accueilli :  » Mes enfants, n’ayez pas peur parce qu’on vous a dit que j’étais quelqu’un d’important, un Président de la République ! Non, c’est un grand père qui vous parle comme je parle à mes petits enfants… »et il leur dit, en quelques mots simples ( et improvisés ) que la paix du monde reposait sur leurs épaules…

MELINA MERCOURI, Vingt-sept  ans après sa mort, Melina Mercouri continue d’être un symbole de la défense de la culture grecque et, plus encore, de la liberté et de la démocratie.

Petite-fille de Spyridon Mercouris, qui fut maire d’Athènes pendant plusieurs décennies, et fille du plus jeune député grec de l’époque, Melina Mercouri naît le 18 octobre 1920.

Pour échapper à son milieu familial et assouvir son besoin de liberté, elle part vivre au début des années 1950 à Paris où elle se lie à Cocteau, Sartre, Colette, Dalí… Elle joue au théâtre, avec plus ou moins de sucés. Puis, en 1955, elle rencontre la notoriété avec le film Stella de Michael Cacoyannis. A Cannes la même année, son chemin croise celui de Jules Dassin (le père de Joe). Elle devient la muse du cinéaste puis sa femme en 1966.

En 1960, elle tourne avec Jules Dassin le film Jamais le dimanche qui la propulse au rang de star internationale. Elle reçoit pour son rôle d’Ilya le prix d’interprétation féminine à Cannes et est nommée pour l’Oscar de la meilleure actrice. Elle interprète en outre dans ce film la célébrissime chanson Les enfants du Pirée qui obtient, en 1961, l’Oscar de la meilleure chanson originale.

Quand les colonels arrivent au pouvoir en Grèce en 1967, Melina Mercouri s’oppose publiquement au régime. Elle s’emploie à combattre la junte et est contrainte à l’exil. Elle est déchue de sa nationalité grecque, privée de ses biens. Et ex-communiée par l’Eglise orthodoxe qui lui reproche d’avoir épousé un juif. C’est dans ce contexte qu’elle prononce la phrase devenue culte : « Je suis née grecque et je mourrai grecque. Monsieur Pattakos est né fasciste. Il mourra fasciste. »

Lorsque le régime des colonels s’écroule, en juillet 1974, Melina Mercouri revient à Athènes. Elle est alors accueillie triomphalement par le peuple grec.

Sa carrière prend alors une nouvelle direction. Elle s’engage en politique. Elle est d’abord élue députée en 1977. Avant de devenir Ministre de la Culture de 1981 à 1989 puis de 1993 à 1994. C’est elle qui crée le concept des «capitales européennes de la culture» dans le but de « contribuer au rapprochement des peuples européens ». Et en tant que ministre, elle mène également un combat (toujours d’actualité de nos jours) pour que les fresques du Parthénon, détenues par le British Museum de Londres, reviennent en Grèce.

Le 6 mars 1994, à New York, Melina Mercouri s’éteint des suites d’un cancer du poumon. Les Grecs pleurent leur héroïne et lui offrent une semaine de deuil national.