Jean-Baptiste Vietty, membre scientifique de l’Expédition de Morée, s’éteint près de Lyon le 30 janvier 1842, seul et ruiné. Celui que ses collègues décrivaient comme le « savant et modeste Vietty » n’avait pu mener à bien l’entreprise scientifique que lui avait confiée l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres : rédiger le rapport de la section archéologique de l’Expédition. Car personne ne connaissait mieux que lui la Morée et ses monuments, qu’il avait parcourus pendant trois longues années, de 1829 à 1831. Il ne laissait derrière lui qu’une centaine de carnets manuscrits, des dessins et quelques notes éparses, qui disparurent mystérieusement.

Deux de ces carnets rédigés dans le Péloponnèse viennent d’être retrouvés et identifiés. Ils nous permettent d’approcher non seulement la vie d’un savant hors norme, mais aussi la Grèce et son histoire telles qu’elles étaient perçues au moment de la libération du joug ottoman.

JEAN-BAPTISTE   VIETTY  ET   L’EXPÉDITION  DE  MORÉE (1829) :

À PROPOS DE DEUX MANUSCRITS RETROUVÉS de Stéphane Gioanni

L’Expédition  scientifique  de  Morée,  de  mars  à  décembre  1829,  marque  une étape majeure dans l’étude de la Grèce et, plus largement, dans l’histoire de l’archéologie moderne1. Placée sous la tutelle de trois académies de l’Institut et conçue dans  le  même  esprit  que  l’Expédition  d’Égypte,  elle  mit  un  terme  à  l’hellénisme2élé-giaque des voyageurs 3 et au pillage systématique des monuments antiques, ouvrant la  voie  à  « la  véritable  découverte  scientifique  du  pays  qui  s’effectua  dans  la deuxième moitié du XIXe siècle 4». Cette mission, associée à des découvertes exceptionnelles comme le temple de Zeus à Olympie, fut à l’origine de la présence permanente des archéologues français dans le pays et de la fondation en 1846 de l’Ecole française d’Athènes.

Deux  manuscrits  anonymes,  renfermant  les  notes  de  travail  de  l’un  des membres  de  la  section  d’archéologie  de  juillet  à  novembre  1829,  viennent  d’être retrouvés 5.  Ils  ont  été  rédigés  par  le  sculpteur  et  helléniste  Jean-Baptiste  Vietty (1787-1842)  qui  poursuivit  ses  recherches  en  Grèce  jusqu’en  août  1831  et  qui  fut chargé,  après  l’examen  de  ses  manuscrits  par  l’Institut,  de  publier  un  ouvrage  rassemblant la totalité de ses découvertes, le plus souvent inédites. L’ampleur du projet, la mort précoce de Vietty « dans une grande misère 6» et la disparition de tous ses manuscrits  avaient  malheureusement  empêché  toute  publication  de  ses  travaux  et précipité dans l’oubli cette vaste entreprise d’érudition. Le  souvenir  de  Vietty  se  limite  aujourd’hui  au  bronze  d’Apollon  qui  surplombe la fontaine du jardin du palais des Beaux-Arts, à Lyon, et à quelques œuvres éparses. Au début du XXe siècle, Léon Charvet avait consacré une longue étude au savant  lyonnais 7 dans  l’espoir  qu’on  puisse  un  jour  retrouver  ses  manuscrits  et« renouer  la  chaîne  brisée,  en  commençant  par  consulter  (…)  le  dossier  de  Vietty, aux  papiers  de  la  Commission  de  Morée,  lesquels  furent  transportés,  avec  les archives  du  ministère  de  l’Intérieur,  en  1870,  aux  Archives  nationales 8».  D’autres commentateurs, depuis, se sont montrés moins indulgents après avoir consulté les papiers  autographes 9 :  « Jean-Baptiste  Vietty  (1787-1842),  se  dit  “statuaire”,  élève du  médailliste  Cartelier ;  il  a  été  en  1820  distingué  par  l’Institut  pour  diriger  des travaux  de  sculpture  à  la  Bourse  de  Saint-Pétersbourg  et  s’est  vu  attribuer  une médaille d’or au Salon de 1824. Originaire de la région lyonnaise, il s’est consacré  à un long travail sur les antiquités de Vienne qui sera publié en 1830 10[…]. En dépit de  ces  aptitudes  prometteuses,  sa  participation  aux  travaux  de  l’Expédition  [de Morée] sera réduite à néant : on attendra en vain l’envoi de ses œuvres, retardé par un  état  mental  préoccupant.  Les  manuscrits  de  Vietty,  que  l’on  peut  consulter aujourd’hui,  sont  sans  intérêt,  pauvres  en  dessins  et  remplis  de  considérations fumeuses  11. »  Ces  documents  de  Vietty,  rédigés  quelques  semaines  avant  sa  mort, sont assez décevants, il est vrai, mais ils n’ont aucun rapport avec ses manuscrits de travail  qui avaient disparu depuis le milieu du XIXe siècle. Les  deux  carnets  retrouvés  sont  une  infime  partie  des  « cent  onze  liasses,  carnets ou cahiers » recensées en 1848 par le dépositaire judiciaire de ses affaires qui signale  aussi  « cent  sept  médailles  grecques  renfermées  dans  un  sac  de  toile 12».Nous avons pensé qu’une présentation de ces deux manuscrits et la transcription de quelques  extraits donneraient aux spécialistes une idée de l’apport documentaire des travaux  de  Vietty  et  fourniraient  peut-être  des  indices  pour  retrouver  le  reste  de l’œuvre  engloutie.

  1. LES MANUSCRITS DEJEAN-BAPTISTEVIETTY
  2. L’auteur des carnets

Les travaux de la Commission d’architecture et de sculpture, annoncés officiellement au monde savant en 1831  –13, furent publiés sous l’égide de l’Institut de France entre  1831  et  1838  –14.  Ces ouvrages  scientifiques  furent  accompagnés  de  récits  de voyage  publiés  par  des  membres  de  l’Expédition  après  leur  retour  en  France 15.  Ces récits personnels racontent la vie quotidienne des savants et les difficultés auxquelles ils étaient confrontés dans un pays dévasté par la guerre. Plusieurs d’entre eux tombèrent gravement malades et durent rentrer bien avant le terme de l’Expédition, à commencer par Amaury Duval et Edgar Quinet. Un petit carnet inédit du peintre Félix Trézel insiste sur  les  dangers  de  ces  fièvres  qui  obligèrent  également  le  chef  de  la section, M. Dubois, à quitter le pays 16. Trézel  continua le voyage « seul » à partir du mois de juillet 1829 et, de retour en France, il s’associa à la publication de la Commission d’architecture sous la direction d’Abel Blouet. Les  deux  manuscrits  jusqu’ici  inconnus  apportent  un  éclairage  nouveau  sur  les travaux archéologiques de l’Expédition de Morée. Il s’agit de deux carnets de travail strictement identiques, formant un ensemble de 320 pages, sans rapport avec les souvenirs anecdotiques d’Amaury Duval et de Félix Trézel. Ils apparaissent, au premier regard, comme deux récits anonymes, sans titre, agrémentés de nombreux croquis de monuments  et  de  paysages  grecs,  d’inscriptions  lapidaires  et  de  réflexions  sur  les objets et les lieux étudiés. La précision des relevés techniques, la maîtrise des langues anciennes et la connaissance des historiens antiques, notamment Pausanias et Thucydide, indiquent que l’auteur n’est pas un simple amateur de la Grèce antique. L’écriture cursive, difficile à déchiffrer, révèle qu’il s’agit des carnets de travail d’un  archéologue  étudiant  le  Péloponnèse  de  juillet  à  novembre  1829  (fig.  1).  La date, l’itinéraire, les allusions à Blouet 17, Trézel 18, membres de l’Expédition scientifique de Morée, et à « l’Expédition 19» elle-même laissent supposer que l’auteur des carnets  appartenait  lui  aussi  à  la  mission  française.  Trois éléments  permettent d’identifier  cet  auteur :  le  premier,  d’ordre  paléographique,  consiste  à  comparer l’écriture  tourmentée  des  manuscrits  aux  documents  rédigés  par  les  membres  de l’expédition, en particulier leurs dossiers de candidature 20. Malgré la différence de nature entre des notes cursives et des lettres officielles (fig. 2), on est vite tenté d’attribuer  les  carnets  au  sculpteur  et  helléniste  Jean-Baptiste  Vietty  (1787-1842  )21,ancien élève de Chinard à l’École spéciale des arts et du dessin de Lyon.

Fig. 1. – Extrait du carnet 24, p. 45 (juillet 1829)

La lecture du récit renforce cette hypothèse  d’attribution.  L’auteur décrit les pins de Salamine  puis  ceux  d’Épidaure  en  soulignant,  au  passage,  leur  différence avec  « les  branchages  bizarres  des  pins  de  Tarare 22»,  la  petite  ville  du  Rhône  où Vietty vécut quelques années et où il mourut. Il constate aussi que le pin « caractéristique de  l’Isthme  [de  Corinthe]  a  la  forme  des  pins  d’Amplepuis   23»,  localité voisine  de  Tarare  où  Vietty  naquit  en  1787.  Enfin, à Épidaure,  l’explorateur découvre à terre « une statue de grande proportion, sans tête », de style « ancien et provincial » :  « C’est,  écrit-il,  une  nymphe  couchée  dans  une  attitude  analogue  à celle  de  ma  Nymphe  de  la  Seine.  J’ai reconnu  ici  mon  intention  de  draperie  tombante et coulante – le coussin, le socle à losanges sont remarquables  24. » Le nom et l’évocation de  la  statue  correspondent  à  une  Nymphe  de  la  Seine qui  est  une  des rares statues conservées de Vietty 25(fig. 3). La somme  de  ces  indices  nous  paraît  suffisante  pour  affirmer  que  les  manuscrits retrouvés font partie des « trente-trois carnets de voyage » contenant les notes prises par Jean-Baptiste Vietty au cours de ses explorations scientifiques en Grèce.2.  Le projet de publication de Vietty sur la Grèce (1829-1842) L’inventaire des manuscrits de Vietty réalisé après sa mort précise que tous les documents ont été « paraphés par le notaire sur la couverture  26». Cette numérotation dut être inscrite sans considération du contenu des manuscrits puisque les deux carnets portent les numéros 12 et 24 sur la couverture intérieure alors que le récit du carnet  24  (juillet-septembre  1829 :  de  Argos  à  Salamine)  précède  immédiatement celui  du  12  (septembre-novembre  1829 :  de  Salamine  à  Athènes).  La  contribution exacte de Vietty à l’Expédition est difficile à établir : s’il quitta les autres membres de  la  section  d’archéologie 27 dès  le  début  de  l’Expédition  pour  poursuivre  ses recherches  en  solitaire,  il  semble  avoir  retrouvé  ses  compagnons  au  cours  de  l’été1829,  comme  le  suggèrent  des  remarques  amères  sur  ses  « chefs »  et  certaines  de leurs décisions  28. À la fin de la même année, lorsque les membres de l’Expédition reçurent l’ordre de rentrer en France, Vietty décida de continuer ses recherches en Grèce  où  il  vécut  jusqu’à  l’été  1831  dans  des  conditions  matérielles  extrêmement difficiles. De retour en France en août 1831, il soumit ses notes de travail au jugement de l’institut  pour  une  évaluation  de  ses  recherches.  Après avis favorable,  le  ministère de  l’Intérieur  chargea  Vietty  de  rédiger  un  ouvrage  qui  résumât  l’ensemble  de  ses découvertes, en lui allouant une bourse pendant trois ans. Au cours de cette période, les  volumes  dirigés  par  Abel  Blouet  et  l’ouvrage  sur  la  Grèce  publié  par  Edgar Quinet 29, ancien membre de la section d’archéologie, obligèrent Vietty à concevoir un  projet  plus  large,  « un  ouvrage  nouveau  sur  la  vieille  Grèce,  mère  de  l’Europe  30» : s’il avait été « utile à la Commission en retrouvant des villes, des monuments  jadis  célèbres  et  restés  inconnus  des  voyageurs  depuis  Pausanias  31,  de l’être plus encore en expliquant la savante théorie, émanée des origines des choses, qui a inspiré et dirigé leur construction 32».

Croquis d’une forteresse non identifiée sur la route d’Argos à Épidaure (novembre 1829)

Malheureusement, la bourse  se termina avant que le savant n’ait publié son œuvre. Les quatre lettres de Vietty essayant d’expliquer son retard et demandant au ministre de l’Intérieur de proroger « son modeste honoraire  33» n’eurent aucun effet sur les autorités de tutelle qui exigeaient  la  publication  immédiate  de  ses  travaux.  Retardé par  l’ampleur  de  son nouveau  projet  et  sans  doute  affaibli  par  ses  conditions  d’existence,  le  sculpteur lyonnais vécut alors de quelques commandes et de la générosité de ses amis, essentiellement  le  sculpteur  Lortet,  le  juge  Peyré,  magistrat  à  Villefranche,  et  le  sous-préfet  du  Rhône  Sylvain  Blot.  Il dut  se  résoudre  aussi  à  déposer  une  partie  de  ses manuscrits « chez divers hôteliers et limonadiers en nantissement du prix des fournitures  qui  lui  avaient  été  faites  34».  Finalement, Jean-Baptiste  Vietty  mourut  le31 janvier  1842  dans  une  grande  misère  sans  avoir  publié  la  moindre  page  de  ses recherches en Morée.

  1. « L’affaire Vietty » (1843-1858)

Le  géologue  Virlet  d’Aoust,  qui  l’avait  côtoyé  durant  l’Expédition,  fut  le premier à alerter le ministère sur le sort de ses manuscrits et sur leur intérêt scientifique 35 :

 « Paris, 10 avril 1843.

 Monsieur le Ministre de l’Intérieur,

 L’un  des  plus  modestes  et  des  plus  savants  membres  de  la  Commission  scientifique de Morée, mon collègue et ami Vietty, sculpteur distingué, est mort depuis plusieurs mois à Tarare, où il poursuivait ses recherches sur l’archéologie de la Grèce, à la vérité  sur  des  bases  tellement  larges,  qu’avec  une  vie  plus  laborieuse  que  la  sienne  et avec  plus  de  moyens  de  recherches  qu’il  n’en  avait  dans  le  département  du  Rhône,  il aurait  eu  de  la  peine  à  y  suffire.  Néanmoins  connaissant  la  manière  toute  consciencieuse d’opérer de Vietty, que j’ai eu plusieurs fois l’occasion d’aider et d’accompagner dans  ses  recherches,  et  sachant  avec  quels  soins  minutieux  il  avait  étudié  plusieurs parties peu connues de la Morée et particulièrement la Laconie et Sparte, dont il a, on peut dire, interrogé chaque pierre et où il a su retrouver la plupart des monuments indiqués et décrits par Pausanias, j’ai eu peur en apprenant sa mort prématurée que tous ses matériaux  ne  se  perdissent  pour  la  science ;  je  me  suis  en  conséquence  rendu  tout exprès à Tarare pour savoir ce qu’ils étaient devenus. Là, j’ai appris que fort heureusement le juge de paix, Mr. Denave, homme fort reconnu, aimable et fort instruit et qui portait le plus vif intérêt à Vietty, avait dans l’intérêt de la science et du gouvernement fait  apposer  les  scellés  sur  ceux  de  ses  papiers  et  médailles  déposés  chez  une  parente qui, dans les derniers temps de sa vie, le nourrissait à l’aide d’un modique salaire ; qu’il était  mort  dans  une  grande  misère  et  en  refusant  avec  fierté  et  à  la  manière  du  Chatterton de Mr de Vigny, les offres obligeantes que ne cessaient de lui faire les personnes les  plus  éminentes  du  pays,  qui  avaient  su  apprécier  et  l’étendue  et  la  variété  de  ses connaissances et les bizarreries de son esprit devenu inquiet et soucieux… J’ai appris enfin  qu’il  laissait  tant  à  Lyon  qu’à  Villefranche  et  à  Tarare  pour  6  à  7 000  francs  de dettes et qu’une partie de ses notes et manuscrits se trouvaient encore entre les mains de quelques créanciers, où ils sont restés en nantissement mais où ils sont en sûreté. J’ai conféré  à  ce  sujet  avec  M.  le  sous-Préfet  et  M.  Peyré  juge,  à  Villefranche,  tous  deux amis de Vietty et Mr. Denave m’a affirmé qu’avec 1 800 francs ou 2 000 francs au plus, on  parviendrait  facilement  à  désintéresser  en  partie  les  créanciers  et  à  réunir  tous  les matériaux épars à Villefranche, à Tarare et à Lyon. Plein de confiance en votre sollicitude éclairée, je viens prier votre Excellence de vouloir bien accorder en conséquence aux  autorités  de  Villefranche  ou  de  Tarare  qui  ont  fait  elles-mêmes  les  frais  des obsèques de notre malheureux collègue la somme jugée indispensable pour traiter avec les  créanciers  détenteurs  de  ses  manuscrits  et  m’autoriser  personnellement  et  déconcerté avec les autorités locales, à recueillir pour les conserver à la science des documents  archéologiques  que  la  Commission  de  l’Institut  avait,  tels  qu’ils  étaient  alors, jugés assez importants pour demander le renvoi en Grèce de Vietty qu’elle considérait juste titre comme l’homme le plus capable pour ce genre de recherche. […].Théodore Virlet d’Aoust, géologue,  ancien  membre  de  la  section  d’histoire  naturelle  de  l’Expédition  de Morée. »

 La requête de Virlet d’Aoust fut relayée, entre 1843 et 1847, par les correspondances de diverses autorités (le maire de Lyon, le sous-préfet du Rhône, le directeur des  Beaux-Arts)  conservées  aux  Archives  nationales  dans  une  chemise  intitulée« l’Affaire Vietty » 36. Le juge Peyré, nommé dépositaire judiciaire des manuscrits au nom de l’État 37, dressa un inventaire précis des documents de Vietty, des documents sous  scellés  et  des  manuscrits  épars  qu’il  finit  par  racheter  lui-même  38.

En  juillet 1848,  le  magistrat  informa  les  frères  de  Vietty  que  le  ministère  s’était  enfin  porté acquéreur  de  l’ensemble  des  manuscrits.  Malgré les  lenteurs  de  l’administration,  il espérait  que  ceux-ci  fussent  « remis  par  le  Ministre  en  des  mains  assez  habiles  et assez  consciencieuses  pour  en  faire  sortir  toute  la  gloire  qui  en  revient  à  [leur]frère 39».

Mais « l’Affaire Vietty » ne faisait que commencer. Neuf ans plus tard, MM. Blot et Peyré se rendirent en personne au ministère de l’intérieur, à Paris, pour consulter les documents de Vietty dont la bonne réception est attestée par un certificat. Mais à leur grande surprise, ils furent incapables de retrouver les manuscrits dont le transfert à Paris avait peut-être été perturbé par le contexte politique  de  l’année  1848  et  les  désordres  administratifs  qui  s’en  suivirent.

Le 29  juillet 1857, ils firent savoir à M. Chabouillet, membre du cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale, que leur recherche était restée vaine et lui remirent des documents destinés  à  faciliter  ses  investigations 40.  Plusieurs savants  alertèrent  la  communauté scientifique  en  évoquant  « l’affaire »  devant  l’Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres. Au cours de la séance du 12 mars 1858, le président Philippe Le Bas exprima son souhait « qu’on ne laisse pas ravir la priorité des documents et des observations de Vietty par des savants étrangers  41». Charles Lenormant, membre de l’Expédition d’Egypte  qui  avait  rejoint  les  archéologues  français  en  Grèce  en  1829,  raconta  qu’il avait « eu lui-même l’occasion d’éprouver sa sagacité et son savoir » et que « ce fut un malheur, pour l’ouvrage de Morée, de manquer des documents qu’aurait pu fournir cet ingénieux et savant voyageur 42».

Les Comptes rendus de séances de l’année 1858 célèbrent à plusieurs reprises les mérites de Vietty, « une des plus remarquables individualités scientifiques  et  artistiques  de  notre  époque  43»,  qui  avait  « reconnu  le premier le temple d’Héra à Argos, dont les Allemands revendiquent à tort la découverte  44». Ainsi, le 4 juin et le 24 septembre 1858, l’Académie demanda officiellement au ministère  de  l’Intérieur  la  communication  des  manuscrits  de  feu  Vietty 45.  Ces requêtes de l’Institut, comme les recherches de Léon Charvet un demi-siècle plus tard, n’aboutirent à aucun résultat et, pour une raison encore inconnue, la totalité des documents de Vietty concernant la Morée demeure introuvable depuis cent cinquante ans, à l’exception des deux carnets retrouvés.

 

L’Itinéraire de Jean-Baptiste Vietty (juillet-novembre 1829)

 

  1. QUELQUES PISTES DE LECTURE
  1. Un témoignage sur l’Expédition scientifique de Morée
  • Correspondant à cinq mois de travail en Grèce, de juillet à novembre 1829, les carnets  retrouvés  représentent  une  source  directe  sur  l’Expédition  scientifique  de Morée qui dura neuf mois, de mars à décembre 1829. Ils révèlent d’abord l’organisation défaillante, ou pour le moins obscure, de la section d’archéologie qui suscitait les sarcasmes des autres membres de l’Expédition  46. Dès leur arrivée en Grèce, Edgar Quinet et Jean-Baptiste Vietty, qui appartenaient à la section d’archéologie, avaient émis  des  réserves  sur  certains  condisciples  qu’ils  considéraient  comme  des« dilettantes ». Vietty l’écrit ouvertement à Quinet quelques années plus tard :« Vous vous rappelez que lorsque nous voulûmes quitter nos infirmes camarades pour voyager ensemble, je vous quittai lorsque j’entrevis que vous vouliez parcourir la Grèce comme vous venez de m’écrire. Tel est exactement ce que j’ai dit de vous, beau sire, et de plus que vous avez une mémoire prodigieuse et une grande érudition philologique. Si ce que vous pensez de votre féal est aussi véritable que ce que je pense de vous, qu’on  s’émerveille  de  voir  Bory  de  Saint-Vincent,  Blouet  et  compagnie,  gens ont aucun ne sait l’orthographe, imprimer au nom du gouvernement un ouvrage sur la Grèce, tandis que vous et moi, qui avons les mêmes droits, nous sommes rejetés. Circulatores 47!  Ce  fait,  s’il  était  divulgué,  passerait  pour  un  chef-d’œuvre  de  jonglerie, même à Paris  48.»

Les deux hommes avaient rapidement quitté leurs compagnons mais ils avaient poursuivi leurs investigations séparément, sans parvenir à s’entendre sur une méthode et un itinéraire communs. Cette attitude avait inquiété les autres membres de l’Expédition qui, après la grave maladie de Quinet et son retour précipité en France au mois de mai, étaient restés sans nouvelle de Vietty 49  pendant plusieurs mois. Durant cette période, les difficiles conditions de séjour décimèrent peu à peu la section d’archéologie qui vit aussi partir son chef, Dubois, et finit par se réduire à une seule personne, le peintre  Trézel.  Celui-ci raconte  dans  son  journal  de  voyage  qu’il  dut  poursuivre l’exploration  en  solitaire 50,  comme  Vietty  le  faisait  déjà  depuis  plusieurs  mois 51.

Il semble toutefois que Vietty soit rentré en contact avec d’autres membres de l’Expédition  ou  qu’il  les  ait  retrouvés  en  septembre  sur  l’île  d’Égine  52 où  Blouet,  Poirot  et Ravoisié, membres de la section d’architecture, avaient rejoint Trézel 53. Il se plaint en effet que ses « chefs » négligent des informations essentielles sur les monuments 54. Si certaines erreurs sont possibles, les critiques de Vietty et son goût pour la solitude 55 révèlent surtout qu’il supportait mal son rôle « subalterne » dans l’Expédition :

« Je voulais  faire  fouiller  quelques  tombeaux  mais  la  position  subalterne  dans laquelle  on  m’a  placé  en  une  telle  Expédition  ne  m’en  a  pas  laissé,  ni  le  temps,  ni  les moyens. J’ajourne donc l’étude que j’avais faite de cette partie si intéressante de l’ancienne histoire  56

Les investigations solitaires de Quinet  57  et de Vietty sont d’autant plus intéressantes que leurs itinéraires respectifs, souvent improvisés au gré des circonstances, ne recoupent pas exactement celui des autres membres de l’Expédition. Le parcours de Vietty  (fig. 4), connu en partie par les lettres à son ami Lortet  58, peut être reconstitué à travers les carnets (n° 24 : Argos, Mycènes, Agios-Basilios, Némée, Corinthe, Sicyone, Corinthe, Calamatia, Mégare, Salamine ; n° 12 : Salamine, Égine, Épidaure, Nauplie [Navarin, Modon, Tripolitza, Argos, Nauplie]59, Épidaure, Égine, Éleusis, Athènes).

Mais l’intérêt  de  ces  320  pages  manuscrites  réside  surtout  dans  la  nature  des travaux  de  Vietty :  croquis,  mesures,  inscriptions,  analyses  des  sites.

À  l’étude  des lieux  connus  se  mêle  la  découverte  de  constructions  antiques  et,  parfois,  le  sentiment de découvrir une cité perdue  60. Les analyses archéologiques font également la place à de nombreux développements sur les paysages, la botanique, la géologie, le climat,  les  populations  locales,  l’habitat  précaire  des  réfugiés,  les  difficiles  conditions de vie d’un peuple exposé à la misère et au brigandage dans un pays dévasté par dix années de guerre. Ces carnets n’étaient pas destinés à être publiés en l’état, comme le prouvent les incises qui émaillent le texte : « à vérifier  61», « à revoir  62»,« ici,  description,  s’il  y  a  lieu,  des  coutumes  turques 63»,  « ce  monument  remarquable doit être étudié (nous verrons si j’en aurai le temps)  64», « je ne le pense pas mais  il  faudrait  fouiller 65»,  « il  faut  étudier  encore  le  temple  66»,  «investigandum est  67»,  etc.  Nous avons  à  faire  à  « des  notes  prises  sur  place 68»,  l’ébauche  d’une publication  future.  Cette caractéristique,  qui  explique  bon  nombre  d’approximations, constitue le principal intérêt de ces manuscrits qui reflètent un itinéraire original et qui représentent l’unique travail d’un membre de l’Expédition qui n’ait pasété retouché pour la publication 69. Ils nous plongent au cœur d’un work in progressnourri d’analyses, d’hypothèses 70 et de réflexions individuelles ou collectives 71 qui débouchent sur une étude méthodique.

  1. Une conception extensive de l’archéologie

Les  analyses  de  Vietty  nous  permettent  de  reconstituer  globalement  sa méthode de travail : 1° présentation générale du site (géographique, topographique et historique) ; 2° description des sols, des roches, de la flore et (parfois) de la faune ; 3°   étude  des  monuments  (mesures,  inscriptions,  mobilier  et  interprétation) ; 4° commentaires historiques. Au cours de ses recherches, Vietty recueille également de nombreux échantillons dont témoignent les discrètes incises « vid. échantillons ». D’autres  renvois  « vid.  graf.»,  « vid.  zwgraf.»,  etc.  révèlent  l’existence  de  cahiers dans  lesquels  il  consignait  plus  précisément  les  croquis  et  les  inscriptions.  Si  ces cahiers sont aujourd’hui perdus, les carnets contiennent eux aussi quelques inscriptions  qui  se  fondent  dans  le  récit 72 ou,  comme  dans  l’exemple  ci-dessous  (fig.  5), sont l’objet d’une rapide transcription collée entre deux pages 73. La diversité des travaux de Vietty reflète une conception extensive de l’archéologie  qui  prend  aussi  en  considération  l’environnement  et  l’histoire  d’un  site.  Ils reposent sur une vision globale de la Méditerranée antique qui suppose des compétences linguistiques,  philologiques  et  historiques.  Bien qu’appartenant  à  la  section d’archéologie, Vietty prend soin de noter également tout ce qui concerne la physiologie  des  habitants 74,  leurs  coutumes 75 et  leurs  activités,  notamment  agricoles 76.

L’objectif était à l’évidence de réunir le plus d’informations possibles sur des lieux que ne traverseraient pas forcément les autres membres de l’Expédition. Conscient des limites de ses compétences dans certains domaines, notamment la botanique, il compense son ignorance par une méthode d’analyse comparative, comme en témoignent ses remarques sur les pins helléniques :

« Ce pin, que j’ai commencé à trouver sur les ravins argileux de Sicyone est l’arbre caractéristique de l’Isthme dont il couvre les plages et les montagnes. Ce n’est ni le pin maritime ni le pin du Nord ni le pin à pignon, ni le pin de L[ord] Weimouth, ni le pind’Alep ni le pin de Tarare : c’est un pin hellénique. Il tient de tous les pins et ne ressemble à  aucun,  pas  plus  au  pin-cèdre  et  -sapin  du  Taygète  qu’aux  pins  de  France  et d’Italie.  Il  n’est  point  en  ombrelle,  comme  les  pins  d’Italie,  ni  pyramidal  comme  les pins du Nord. A peine a-t-il la physionomie du pin. Il ressemble de loin à l’arbousier. Sa couleur est remarquable : c’est un vert clair, presque jaune, singulière et vive couleur qui s’harmonise, en contrastant avec le vert du buis, du lentisque, le glauque de l’olivier,  le  vert  glacé  du  caroubier  et  le  ton  funéraire  du  cyprès,  du  genévrier  hellénique(arbre composant la grande végétation de l’Isthme ; quelques figuiers). Il ne perd pas toutefois son caractère : on le voit quelquefois prendre une légère forme d’ombrelle, un arrondi comme en Provence. Mais la différence de style général est grande. Quelque-fois aussi, il laisse pendre des branches et a la forme des pins d’Amplepuis. Tout cela est rare. Forme, couleur, stature, tout est étonnamment modifié. Il a de 4 à 30 pieds défaut au plus ; ses cônes sont mi-maritimes, mi-Amplep[uis] et, deorsum, son feuillage doux, de Lord Weimouth, et son tronc plus tortueux, de même. C’est un pin grec, plus modifié encore dans cette contrée que le peuplier élégant et superbe de Sparte. La dissemblance de la Grèce avec l’Italie se manifeste aussi en ces deux végétaux : je n’ai vu en  Grèce  ni  un  pin  à  pignon,  ni  un  peuplier  d’Italie.  Ce  grand  et  superbe  pin  à  large parasol, à cône statuaire (Italie), est [un] des caractères les plus accentués de l’Italie, et n’est pas grec. En Grèce, les arbres sont des détails. Les monts et les rocs, des formes magistrales. On ne peut écrire le caractère de ces pins : il faut en faire un croquis avec leurs rocs. De quelle espèce les botanistes feront-ils le pin de l’Isthme 77 ?»

Les analyses architecturales sont elles aussi agrémentées de comparaisons avec des monuments de l’Antiquité romaine ou, plus récents, de la région lyonnaise 78 et du Nord de la Loire 79. Les descriptions aboutissent à des commentaires historiques qui laissent entrevoir quelquefois l’ambitieux projet auquel Vietty se consacra dans les dernières années de sa vie : l’étude des origines de la civilisation grecque 80. Cette préoccupation apparaît nettement dans les ruines des plus anciennes cités grecques dont  Vietty  cherche  à  dater  les  différentes  phases  de  construction  81.  Mais  les remarques, parfois confuses, ne sont que des ébauches du projet final. Elles ne sont pas  l’objet  des  recherches  en  cours,  comme  Vietty  le  reconnaît  lui-même :  « Je  ne puis ici que remarquer les faits et réunir au hasard quelques pensées qu’ils me suggèrent.  […]  Mais  encore  une  fois,  laissons  là  le  discours :  non  est  hic  locus 82.» Le souci documentaire de Vietty, presque exclusif dans les carnets, ne parvient pas toutefois  à  dissimuler  le  regard  de  l’artiste,  à  la  fois  peintre  et  sculpteur,  sans  cesse ébloui par les trésors de la Grèce 83.

  1. Le regard d’un artiste

Dans ce pays où même « la lune colore le paysage des couleurs du soleil 84 », les paysages sont décrits avec des touches de couleurs et une palette de tons expressifs :« Il faut admirer la couleur de ces monts arides : fond jaunâtre et rougeâtre, roussi par la couleur gris-argent des rochers, sous un ciel d’un bleu presque blanc, teinté de rose 85

Tout  au  long  de  son  itinéraire,  Vietty,  tel  un  peintre,  saisit  des  images  et  des portraits qui correspondent parfois, si l’on en croît certaines notes marginales, à des dessins  perdus :  « dessiné  chapiteau  corinthien  et  ionique,  un  petit  groupe  de3 femmes 86», un visage d’enfant « de grand style hellénique » 87, une jeune Corinthienne auprès d’une fontaine 88, la population misérable d’Argos travaillant sur des fouilles 89,  les  logements  insalubres  des  réfugiés  exsangues 90,  les  femmes  ipsariotes qui  ont  le  plus  élégant  costume  de  la  Grèce 91,  un  vieillard  sourd  gouvernant  le caïque jusqu’au Pirée 92, un jardin d’agrumes qui forment un oasis délicieux 93, le frétillement des serpents dans les broussailles d’Épidaure 94, une main colossale encastrée  dans  une  maison  d’Égine 95,  l’immense  incendie  dévastant  l’Isthme  de Corinthe 96, etc. Le lecteur chemine ainsi, par l’écriture et le dessin (fig. 6), au milieu d’innombrables images « à travers les arbres de Cybèle qui, mêlés à l’olivier sauvage, aux  lentisques  ou  aux  caroubiers,  forment  un  continuel  bocage  qui  s’étend  sur  le flanc des monts et couronnent leur tête de forêt sur ces rocs abrupts qui ressemblent à de hauts remparts et à des tours à demi écroulés 97»

Le  lexique  révèle  l’intérêt  de  Vietty  pour  les  formes  sculpturales  de  la  nature hellénique,  « artiste  par  excellence 99»  avec  ses  «  paysage[s]  de  sculpteur100»,  ses« amphithéâtre[s] de montagnes 101» et ses « montagnes (…) stylisées 102

« Les autres rochers aigus qu’on voit au Nord [d’Athènes] sont d’une forme plus artiste encore, beaucoup plus statuaire que celle de l’Acrocorinthe. C’est exactement le style fort et sévère, pur et concis, hiéroglyphique des pierres gravées et des beaux bas-reliefs : vrai paysage de sculpteur (l’Acrocorinthe tient un peu du peintre)103

La sensibilité artistique de Vietty est exacerbée par un enthousiasme sans borne, attisé par les découvertes archéologiques 104 et par le désir de devancer l’action inexorable du temps 105. Malgré la difficulté des excursions 106, cet enthousiasme est également stimulé par l’envie irrésistible de découvrir Athènes. Vietty est comme aspiré par « la ville de Minerve » qui se dérobe derrière les hauteurs de Salamine, apparaît au loin depuis l’île d’Égine 107 et finit par se livrer toute entière à la fin de l’automne 108:

« C’est  ainsi  que  je  m’acheminais  gradatim vers  cette  partie  exquise  de  la  terre, vers cette ville dont la gloire éternelle est celle de tous les hommes. Le nom d’Athènes respecté  par  les  Romains  dans  l’orgueil  de  leur  triomphe,  par  le  terrible  Sylla  victorieux, ce nom sacré, moins grand, peut-être, que celui de la sublime Sparte ; au dessus de celui de la brigande Rome et le premier de tous les noms dans l’histoire de l’esprit humain,  Athènes  faisait  palpiter  mon  cœur.  J’allais  la  voir ! …  Dans  une  heure,  à Ambelaki, je verrai Athènes à quatre lieues de distance ; ces monts jaloux de Salamine ne me cacheront plus la ville de Minerve […]109

L’appétit de connaissance, la joie des découvertes et la quête de la lumière athénienne  traversent  l’ensemble  d’un  récit  qui  est  également  hanté  par  le  spectacle omniprésent de la désolation. Les membres de l’Expédition sont en effet confrontés en  permanence  à  différentes  formes  de  dévastation,  anciennes  et  contemporaines, qui font de la Grèce un immense champ de ruines .

  1. Le spectacle de la désolation      Le dilettantisme, le pillage et les dégradations

Par  sa  rigueur  et  sa  sensibilité,  Jean-Baptiste  Vietty  réalise  une  sorte  de  compromis entre les exigences scientifiques de la Mission et l’enthousiasme romantique des explorateurs qui parcouraient la Grèce. Avec d’autres chercheurs de son temps, il contribue à définir une nouvelle approche de l’Antiquité grecque qui passe néanmoins par une critique des pratiques antérieures. Par exemple, il ne rate jamais une occasion de se démarquer de ces « voyageurs [qui] n’y voyaient pas clair 110». Chateaubriand 111 est la cible principale :

« On  trouve  le  lit  de  l’Inachos  (…)  orné  d’agnus-castus,  uniquement.  Un  pont rompu, de 3 arches le traverse. Ce pont n’a point de parties ou de tailles helléniques. Pas le moindre filet d’eau sur ses galettes desséchés. Chateaubriand n’aurait pu remplir une fiole 112.»« Est-ce Chateaubriand ou Pouqueville qui disent n’avoir pas retrouvé [le temple de Neptune à Corinthe] ? Certes, c’est là l’une des plus étranges bévues qu’ait jamais faite  aucun  voyageur.  Quiconque arrivera  à  Corinthe,  ayant  lu  ce  passage,  ne  peut manquer de faire ce dilemme absolu : ou l’auteur qui rapporte le fait n’a jamais vu cette ville, ou il y est arrivé par une nuit bien noire (chose en Grèce d’une grande rareté) et en est reparti avant le jour113

L’ironie laisse la place à la colère lorsque Vietty dénonce les pratiques dévastatrices des explorateurs peu scrupuleux. La Grèce est en effet victime, depuis l’Antiquité romaine, de pillages incessants qui ont fini par la vider de ses trésors antiques et qui rendent souvent l’analyse impossible : « Mille fois pillée depuis les Romains jusqu’à  nos  jours,  cette  terre  si  féconde  en  chefs-d’œuvre  est  restée  nue  sauf quelques tombeaux et ses productions inimitables sont entassées dans tous les cabinets de l’Europe 114. » Les dégradations des voyageurs sur les monuments antiques suscitent elles aussi son indignation :

« Un  autre  genre  de  vandalisme,  plus  stupide  encore,  peut-être,  et  surtout  plus général,  a  concouru  à  défigurer  les  ruines  respectables :  la  manie  des  petits  esprits(grande majorité de l’esprit humain) d’écrire leurs noms sur les monuments célèbres, a été  poussée  ici  au  dernier  degré  d’extravagance.  Presque  toutes  les  pièces  du  temple entassées dans son enceinte sont entachées de ces noms obscurs, gravés souvent profondément  dans  la  pierre  et  quelquefois  d’un  demi-pied  de  proportion.  Allemands, Anglais, Français, etc. tous ont cru devoir apporter leur signature sur le Panhellenion et  les  Grecs  modernes  n’ont  pas  manqué,  par  imitation,  de  se  signaler  de  la  même manière.  Insensés,  pauvres  gens,  idiots,  troupe  ignorante  et  rustre,  pensez-vous  vous illustrer en gravant vos noms indignes sur un monument illustre ? Si cette pierre que vous avez dégradée et profanée est encore longtemps conservée, la postérité saura [que]S… N… étaient des êtres vaniteux, ignorants et ridicules 115

L’irritation de Vietty vise tout particulièrement les Anglais, ces « derniers vandales 116», dont il dénonce tour à tour l’impérialisme et les pillages destinés à enrichir les musées londoniens :

« Les Anglais se sont emparé de [Cythère] ainsi que de tant d’autres postes avancés, de tant de clefs. Ils se sont aussi accommodés de Corfou, Zante, Céphalonie, comme ils ont fait des îles de France, etc., etc. On les a laissés faire : ils ont bien fait. Il y a de quoi tomber de son haut mais nos savants diplômés trouvent cela tout naturel et les colossales puissances de l’Europe, ardentes à se guerroyer, ont ainsi laissé jalonner et emprisonner le monde par une poignée de forbans insolents que la France seule a conquis autrefois. Un trait de plus et qui sera signalé dans les anomalies de l’histoire 117

« [Le  temple  d’Égine]  serait  demeuré  entier  sans  l’avide  et  aveugle  rapacité  des prétendus amateurs ou plutôt marchands anglais. À Égine, par toute la terre, cette race dévorante a exercé ses honteux ravages, fouillant, démolissant, brisant les rares et précieux  restes  de  l’ancienne  histoire  de  l’humanité  qui,  transposés  en  pièces  dans  la sombre Albion, sont déjà ternis et défigurés sous ce[tte] noir[e] atmosphère 118

Cette hostilité à l’égard des Anglais est révélatrice d’un état d’esprit partagé par de nombreuses personnalités françaises. La naissance de l’École française d’Athènes n’est  pas  sans  rapport  avec  cet  antagonisme  politique  et  scientifique :  le  décret  de fondation de l’École, en septembre 1846, est l’aboutissement des efforts conjoints de l’ambassadeur  de  France  en  Grèce,  Théobald  Piscatory,  du  ministre  français  de l’Instruction  publique,  le  comte  Achille  de  Salvandy,  et  du  premier  ministre  grec Iannis  Kolettis  qui  voulaient  renforcer  la  présence  de  la  France  et  contre-balancer l’influence  des  Anglais 119.  En  revanche,  sous  la  plume  de  Vietty,  l’évocation  des Turcs,  pourtant  ennemis  de  la  Grèce  et  des  puissances  occidentales,  est  beaucoup plus ambiguë : s’il considère que « l’Orient et l’Égypte ont fini par écraser la Grèce et [qu’] Ibrahim a été plus vandale que Genséric 120», il n’hésite pas à souligner la cordialité des sentinelles turques, sur la route d’Athènes121, et l’hospitalité du Bey d’Athènes, Ioussouf :

« Nous fûmes reçus chez lui avec plus d’égard, de cordialité, de délicate hospitalité qu’aucun étranger ne l’a jamais été chez aucun Bey ou Pacha de Paris ; sa table turque était recherchée ; il couchait au milieu de nous. Il nous donna le spectacle de l’exercice de ses délices. – Et les Français venaient de brûler la flotte du Sultan ; ils bâtissaient des forts pour ses sujets révoltés ; ils étaient venus en armes dans ses provinces […]122

  1. La guerre, le feu…

La  Guerre  d’indépendance  (1821-1829)  qui  venait  de  se  terminer  avait  provoqué  de  terribles  destructions,  en  particulier  dans  les  zones  habitées.  La  plupart des  villages  et  des  villes  n’étaient  que  champs  de  ruines,  à  l’exemple  de  la  ville moderne de Corinthe :

« La ville moderne de Corinthe, maintenant détruite, divisée en plusieurs bourgades séparées par des champs et des jardins bien arrosés, n’était donc pas si misérable que  nos  voyageurs  l’ont  fait  entendre.  Elle  était  presqu’aussi  grande  que  Tripolitza. Nos  voyageurs  n’y  voyaient  pas  clair.  C’est  à  présent  qu’elle  est  misérable  ainsi  que tant d’autres ! Mais avant la guerre, c’était une des grandes villes du Péloponnèse 123

Quittant  Corinthe  sur  une  vision  d’horreur  (des  rues  parsemées  d’ossements humains  mêlés  à  des  restes  d’animaux)124,  Vietty  se  dirige  alors  vers  Mégare  qu’offre le spectacle d’une cité fantôme :

« C’était  une  grande  ville  que  Mégare  pour  la  Grèce.  Elle  a  pu  rivaliser  avec Athènes  en  puissance.  Au  second  coup  d’œil,  je  vois  toutes  les  maisons  en  ruines ;toute la ville déserte… J’ai cru être transporté dans les villes de Libye dont les maisons, placées  au  milieu  du  désert,  sont  depuis  si  longtemps,  vides  d’habitants.  Je  descendis avec  horreur  dans  cette  vaste  solitude  m’égarant  dans  le  labyrinthe  de  rues  obstruées par les murs écroulés, dans les cours pleines de débris 125

La  progression  vers  Athènes  apparaît  donc  comme  une  longue  traversée  de ruines où les noms héroïques du passé se mélangent aux malheurs du présent. Même la découverte de Salamine, dont le nom est étroitement lié à la grandeur athénienne, inspire  un  sentiment  de  désolation  devant  tous  ces  conflits  qui  meurtrissent  l’Europe depuis l’Antiquité, des guerres Médiques aux boucheries napoléoniennes :

« Le voilà donc le détroit de Salamine dont le nom, comme celui de Marathon, des Thermopyles, a fait le charme de notre jeune imagination […], le détroit de Salamine qui vit jadis la défaite du grand roi. Voici l’île basse où les Perses réfugiés périrent parla lance athénienne. Je vois la montagne d’où le roi des rois vit fuir les nombreux vaisseaux…  Pourquoi  toujours  la  gloire  environne-t-elle  les  lieux  qui  virent  égorger  des milliers  d’hommes ?  Tel  est  le  triste  génie  de  l’humanité.  C’est  ainsi  qu’on  va  visiter avec respect les champs de Cannes, de Pharsale, d’Austerlitz […]126

Cette impression s’explique par le souvenir des combats récents mais aussi parleurs conséquences sur  le  mode  de  vie  des  survivants.  Même  victorieuse,  la  Grèce indépendante  doit  reconstruire  un  pays  dévasté  par  une  « guerre  d’extermination 127» :  les  populations  réfugiées  dans  le  golfe  de  Salamine  sont  victimes  du manque de nourriture 128, des épidémies 129, des brutalités des palicares désœuvrés130et  des  incursions  imprévisibles  des  Turcs  d’Athènes 131.  Si  ces  violences  sont  la preuve  irréfutable  que  « l’homme  est  né  ennemi  de  l’homme 132»,  les  destructions ne  se  limitent  pas  aux  ravages  de  la  guerre.  Dans  l’été  brûlant 133 de  l’année  1829,l’Isthme de Corinthe est en effet la proie de violents incendies de forêt :

« Je  trouvai  le  lendemain  soir  la  grande  table  de  l’Isthme  et  les  monts  de  la Phocidé en feu… Ellaς δυσήνια : le feu forme un croissant dans les airs. Il semble  qu’une  nouvelle  constellation  se  soit  élevée  des  régions  inférieures :  ces  feux semblent vouloir rivaliser avec les étoiles !! L’Isthme entière serait-elle embrasée par un feu de berger ? J’ai écrit les ruines de Sicyone sur les ruines de Corinthe à la clarté de l’incendie de l’Isthme  134.»

Qu’elles soient causées par les vandales, par les siècles ou par les flammes, les destructions  délivrent  finalement  une  image  paradoxale  de  la  Grèce  où  le  sublime semble  consubstantiel  au  néant.  Ces  évocations  contribuent  à  l’originalité  des carnets de Vietty qui constituent un double témoignage sur l’état des sites antiques en  1829  et  sur  la  Grèce  contemporaine  durant  les  premiers  mois  de  son  indépendance.

Expédition scientifique de Morée, ordonnée par le gouvernement français.  Architecture, sculptures, inscriptions et vues du Péloponèse, des Cyclades  et de l'Attique. Volume 3 / mesurées, dessinées, recueillies et publiées  par Abel Blouet,...

Notre brève étude comprenait deux volets radicalement distincts :

1° l’identification  des  carnets  retrouvés ;  2°  la  présentation  des  travaux  d’un  archéologue  de l’Expédition de Morée.  Si l’analyse des documents permet d’attribuer les carnets à Jean-Baptiste Vietty, il ne faut pas oublier qu’ils représentent une infime partie de ses manuscrits qui demeurent pour l’heure introuvables. Leur disparition, une quinzaine d’années après la mort du savant, reste inexpliquée et nous espérons que cette étude permettra de rouvrir « l’affaire Vietty » et de retrouver les documents perdus. En ce qui concerne le contenu des manuscrits, il reste beaucoup à faire, là aussi, pour comprendre le rôle exact de Vietty dans l’Expédition et pour apprécier l’intérêt de ses notes. Nous avons pensé que la publication d’un extrait permettrait aux historiens  d’évaluer  plus  précisément  l’apport  documentaire  de  ces  manuscrits  et  de déterminer si les deux carnets – en attendant peut-être d’autres découvertes – méritent d’être édités dans leur intégralité.

*  Je tiens à exprimer ma reconnaissance aux Professeurs Jean Marcadé et Jean-Louis Ferrary, membresde l’Institut, et au Professeur Laurent Feller, de l’université Paris I, qui m’ont fait profiter de leurs précieuxconseils. Je remercie également le musée des Beaux-Arts de Lyon qui m’a autorisé à reproduire une œuvrede Jean-Baptiste Vietty.

  1. Voir L’Invention scientifique  de  la  Méditerranée.  Égypte,  Morée,  Algérie,  M.-N.  BOURGUET,B. LEPETIT, D. NORDMAN, M. SINARELLISdir., Paris, 1998, 325 p. : la mission scientifique en Morée fait suiteà  l’intervention  militaire  de  la  France  en  faveur  des  Grecs  durant  la  Guerre  d’indépendance  (1821-1829).Après la victoire sur la flotte turco-égyptienne dans la rade de Navarin, en octobre 1827, et la libération duPéloponnèse par le corps expéditionnaire du général Maison, au cours de l’année 1828, le groupe de savantsfrançais débarqua à Navarin le 3 mars 1829.
  2. Sur l’histoire  de  la  notion  d’hellénisme,  voir  N.  SIGALAS,  « Hellénistes,  hellénisme  et  idéologienationale. De la formation du concept d’hellénisme », dansL’Antiquité grecque au XIXesiècle. Un exemplumcontesté ?, Chr. AVLAMIéd., Paris, 2000, p. 239-291.
  3. Le Voyage du  jeune  Anacharsis  en  Grèce,  publié  en  1788  par  l’abbé  Jean-Jacques  Barthélemy,  estl’une des meilleures illustrations de la vision idéale de la Grèce nourrie depuis la Renaissance.
  4. R. ÉTIENNE« Quand  les  premiers  archéologues  découvrirent  la  Grèce »,  dans  Clio.fr,  2007 ;R. ÉTIENNE, ancien directeur de l’École française d’Athènes, a publié notamment La Grèce antique, archéo-logie  d’une  découverte,  Paris,  1990 ;  voir  aussi  E.  GRAN-AYMERICH, Naissance  de  l’archéologie  moderne.1798-1945, Paris, 1998.
  5. Carnets n° 12 et n° 24 ; anonymes ; 20 sur 14 cm ; couvertures de cuir défraîchies ; 160 pages x 2 ;coll. particulière. Ces manuscrits ont été achetés à la « librairie niçoise » de M. Thierry Desouche.
  6. Archives nationales,  F  21  545 :  lettre  du  géologue  Virlet  d’Aoust,  membre  de  l’Expédition  deMorée, au ministre de l’Intérieur (10 avril 1843).
  7. L. CHARVET, « Jean-Baptiste Vietty », Réunion des Sociétés des Beaux-Arts, 34, 1910, p. 31-53 ; 35,1911, p. 192-239.
  8. Id., Réunion des  Sociétés  des  Beaux-Arts,  35,  1911,  p.  239.  Les  archives  de  la  Commission  deMorée sont conservées aux Archives nationales sous les côtes F 21 544 et F 21 545.
  9. Archives nationales,  F  21  545 :  il  s’agit  de  son  dossier  de  candidature  à  l’Expédition,  de  quatrelettres administratives et de quelques feuilles incohérentes rédigées à la fin de sa vie.
  10. E. REYet E. VIETTY, Monuments romains et gothiques de Vienne en France dessinés et publiés parE. Rey,  suivis  d’un  texte  historique  et  analytique  par  E.  Vietty,  Paris,  1831.  Pou  la  forme  « E. Vietty »,cf. n. 21
  11. Chr. PELTRE, Retour en Arcadie. Le voyage des artistes français en Grèce au XIXesiècle, Paris, 1997,p. 93. L’auteur renvoie en note aux manuscrits conservés aux Archives nationales sous la côte F 21 545.
  12. Archives du  cabinet  des  Médailles,  11  AMC  23 :  documents  sur  les  manuscrits  et  le  médaillierlaissés par feu Eugène Vietty, membre de la Commission scientifique du Péloponnèse. Ce dossier contientnotamment  un  extrait  du  Mémoire  adressé  par  M.  Peyré  au  préfet  du  Rhône  où  figure  l’inventaire  desmanuscrits de Vietty.
  13. Le 30 avril 1931, M. Raoul Rochette, membre de la Commission de Morée pour l’Académie desinscriptions et belles lettres, annonça en séance publique les travaux de la section d’architecture et de sculp-ture, en  particulier  la  découverte  du  sanctuaire  de  Zeus  à  Olympie.  La  redécouverte  de  nombreux  sitesperdus,  la  possession  de  fragments  de  sculpture  et  l’exploration  méticuleuse  des  villes  et  des  monumentsinauguraient une ère nouvelle dans la perception de l’Antiquité. L’Expédition de Morée, grâce à Blouet et sescollaborateurs Ravoisié, Poirot, Trézel et Gournay, avait sauvé d’une destruction certaine les derniers débrisde la civilisation grecque. Des extraits du rapport de M. Raoul-Rochette, lu à la séance publique des quatreacadémies, sont cités dans Expédition scientifique de Morée(op. cit. n. suivante), vol. I, p. 62-64.

14.Expédition scientifique de Morée : architecture, sculptures, inscriptions et vues du Péloponnèse, desCyclades et de l’Attique mesurées, dessinées, recueillies et publiées, A. BLOUETdir., 3 vol., Paris, 1831-1838.Les travaux de la Commission de sciences physiques furent publiés à partir de 1832 : Expédition scientifiquede Morée : Section des sciences physiques, M. BORY DESAINT-VINCENTdir., Paris, 1832-1836.

  1. J. B. BORY DESAINT-VINCENT, Relation du voyage de la Commission scientifique de Morée dans lePéloponnèse, les Cyclades et l’Attique, Levrault, 1836-1838, 2 vol. et un atlas ; E. QUINET, La Grèce moderneet ses  rapports  avec  l’Antiquité ;  (suivie  du)  Journal  de  voyage,  introduction,  établissement  des  textes,  notespar W. AESCHIMANNet J. TUCOO-CHALA, Paris, 1984 ; Amaury DUVAL, Souvenirs (1829-1830), Paris, 1885.

16.Journal de voyage de M. Trézel(inédit), Bibliothèque nationale de France, n. acq. fr. 1849, 35 fol.

  1. Carnet 12,  p.  71 :  « Le  côté  latéral  sud  du  Parthénon,  la  plaine  d’où  s’élèvent  les  huit  grandescolonnes du Portique d’Hadrien, le monument de Philopappos en avant (ou la tour vénitienne des Propy-lées ([d’après] Blouet]). »
  2. Carnet 12,  p.  2 :  « Selon  M.  Trézel,  il  y  a  une  porte  majeureet  des  forts  avancés  à  l’avant  deSicyone, à l’endroit où j’avais aperçu des constructions helléniques (visendum est). »
  3. Carnet 12,  p.  38 :  « Je  voulais  faire  fouiller  quelques  tombeaux  mais  la  position  subalterne  danslaquelle on m’a placé en une telle Expédition ne m’en a pas laissé, ni le temps, ni les moyens. »
  4. Archives nationales, F

21 544.21.  Jean-Baptiste Vietty, né en 1787, se présente lui-même comme « Eugène Vietty […] né en 1791 ».Léon Charvet émet une hypothèse pour expliquer cette double incohérence qui est la source de nombreusesconfusions :  L.  CHARVET,  « Jean-Baptiste  Vietty »,  Réunion  des  Sociétés  des  Beaux-Arts,  34,  1910,  p.  46 :« Les  concurrents  aux  grands  prix  de  l’Académie  de  peinture  et  de  sculpture  […]  ne  pouvant  se  présenteraprès l’âge de trente ans, cela explique que notre Jean-Baptiste usa d’un subterfuge bien innocent, pour serajeunir de quatre ans, en se faisant inscrire, le 27 août 1817, sous le nom de son frère, Claude-Marie-Eugène(né le 11 avril 1791). »

  1. Carnet 12, p. 25 ; carnet 12, p. 83 ; carnet 24, p. 110.
  2. Carnet

24, p. 111.24.  Carnet 12, p. 77.
25.  Cette statue sur socle, allégorie de la Seine, représente une femme couronnée de fleurs dans unedraperie tombante. Commandée par la ville de Lyon, elle fut exposée au Salon des artistes français de Parisen 1827 et acquise par le musée des Beaux-Arts de Lyon en 1833. Voir A. JAL, Esquisses, croquis, pochadessur le salon de 1827, Paris, 1828, p. 471 : « Vous serez charmé aussi d’avoir une figure de M. Vietty, auteur,cette  année,  d’une  Nymphe  de  la  Seine,  que  j’estime  beaucoup.  M.  Vietty  est  un  homme  modeste,  timide,d’un talent très distingué ; il n’est pas écrivain moins judicieux qu’artiste habile. »

  1. Voir n. 12.
  2. Voir infra.
  3. Carnet 12, p. 62 : « [À Égine,] il existe un dessin fait avant les travaux de terrassement. On l’a com-muniqué à  nos  chefsqui  ont  jugé  ce  propos  de  [illisible],  ainsi  que  les  notes  de  l’Institut  et  tant  d’autreschoses ! »
  4. E. QUINET, La  Grèce  moderne, op.  cit.(n.  15).  Quinet  publia  son  ouvrage  dès  1830  chezF. G. Levrault alors que Vietty travaillait encore en Grèce. Celui-ci garda une profonde rancune contre sonami qui avait dû rentrer en France, malade, trois mois après son arrivée en Grèce. La confiance entre les deuxhommes était suffisamment grande, en Grèce, pour qu’ils décident de se séparer du reste des autres membresde  la  section  d’archéologie  dans  laquelle  régnait  un  certain  amateurisme :  voir  lettre  de  J.-B.  Vietty  àE. Quinet, BNF, n. acq. fr. 15510, fol. 229-230 : « [Paris,] 6 mars 1832. Dear friend, Je désirais beaucoup vousvoir. J’ai même été sur le point d’aller à Charolles. Mais après une fièvre de cinq mois j’avais hâte d’arriverdans la prostituée Babylone moderne, plus polluée que l’ancienne ou du moins plus peuplée de filous et decharlatans.  J’aurais  été  encore  plus  content  de  votre  missive  exiguë  si  elle  n’était  pas  trop  dans  le  sens  dese[pea pteroventadu vieil aveugle. Je ne vous remercie pas d’avoir dit ce que vous pensiez de votre compagnonde  voyage  (je  pourrais  dire  seul  compagnon,  sans  nulle  vanité)  dans  le  pays…  comment  faut-il  l’appeler ?dorien, comme on dit en France. J’ai dit aussi dans tout notre horizon ce que je pensais de vous. Il paraît quevous désirez savoir de moi ce que j’ai dit de vous ; je vous le dirai tout naïvement : j’ai dit que vous êtes unpenseur, un écrivain de génie, mais que vous avez esquissé seulement votre Voyage en Grèce. Vous savez toutcela.  […]  Que  n’êtes-vous  dans  l’infâme  Lutèce ?  Nous  eussions  pu,  réunis,  opposer  une  force  suffisantecontre  les  intrigues  de  la  cabale.  Il  faut  que  moi  chétif  je  lutte  seul  contre  un  régiment  d’aristocrates  plé-béiens. J’attends, après des mois, qu’on daigne examiner pendant quelques heures un travail de près de troisans. Et delenda Lutetia! Faites-moi le plaisir de m’indiquer votre libraire à Paris. Je désire un ex.rede votreouvrage  sur  la  Grèce  pour  moi,  et  un  autre  pour  un  vénérable  immortel,  ou  non,  de  l’Institut.  Votre  ami,E. Vietty » (lettre citée dans E. QUINET, Journal de Voyage, « Lettres et documents inédits », 1984, p. 460-461).
  5. Archives nationales, F 21 545 : Lyon, 24 décembre 1835, lettre de Vietty au ministre de l’Intérieur.
  6. Sur le rôle de Pausanias dans l’historiographie de la Grèce, voir Pausanias Historien, O. REVERDINet B. GRANGEéd., Genève (Entretiens sur l’Antiquité classique, 41), 1996, 353 p. ; en particulier Y. LAFOND,« Pausanias et l’histoire du Péloponnèse depuis la conquête romaine », p. 167-205.
    32. Archives  nationales,  F  21  545 :  la  lecture  des  carnets  de  1829  montre  que  ce  projet  était  déjà  aucœur des investigations de Vietty durant son séjour en Grèce (voir par exemple carnet 24, p. 103 et 149).

33.Ibid.: une lettre sans date et trois lettres du 28 mai 1835, 24 juin et 24 décembre ; voir par exemple« Villefranche, 24 juin 1835 : Mes collègues ont presque achevé leur publication. Que V. Excellence me per-mette de lui exposer la situation respective d’eux et de moi : ces Messieurs n’ont pas voyagé pendant un andans la Grèce ; je l’ai parcourue durant plus de trois années : donc, je dois avoir plus de matériaux à rédiger ;ils  ont  plusieurs  collaborateurs.  La  Section  d’archéologie  exige  spécialement  beaucoup  de  recherches  épi-neuses ; ne recevant que la moitié de leur traitement, je n’ai pu me faire aider dans mes propres travaux, d’au-tant que j’ai voyagé pendant plus de deux ans à mes frais. »

  1. Archives du cabinet des Médailles, 11 AMC 23 ; le juge Peyré cite le nom de trois créanciers : lesieur Rozier, aubergiste à Pimbauchain (100 F), le sieur Gay, limonadier à Tarare (80 F) et le sieur Viornery,aubergiste à Villefranche (200 F).
  2. Archives nationales, F 21 545.
  3. Archives nationales, F 21 545. Par exemple la lettre du maire de Lyon au ministre de l’intérieur du4 mai 1845 : « Monsieur le Ministre, Il y a précisément un an que M. le Préfet du Rhône appelait l’attentionde votre Excellence sur les manuscrits laissés par Vietty au moment de sa mort et mis en gage chez quelques-uns des fournisseurs de ce savant tombé seul dans une misère profonde. Une modique somme de 1 100 francsest nécessaire pour retirer ces manuscrits qui sont en très grand nombre et que les amis de Vietty regardentcomme très  précieux.  Veuillez  donc,  Monsieur  le  Ministre,  donner  des  ordres  pour  que  cette  modiquesomme soit mise à la disposition de M. le Préfet afin que ces manuscrits soient délivrés et restitués à votreministère à qui ils appartiennent. Le maire de Lyon. »

37.Ibid., lettre du maire de Lyon au ministre de l’Intérieur du 24 mai 1847 : « Monsieur le Ministre,[…] Il est bien temps que cette affaire reçoive enfin une résolution définitive ; M. Peyré, membre du conseilgénéral et juge au tribunal de Villefranche a été nommé dépositaire judiciaire, au nom de l’État, d’une partiedes manuscrits de Vietty ; il faut bien qu’il soit mis en mesure de rendre compte de son mandat et de racheterles manuscrits qui restent épars. Permettez moi, Monsieur le Ministre, d’espérer que cette affaire ne subirapas de nouvelles lenteurs […] Le maire de Lyon. »

  1. Voir n.  12,  archives  du  cabinet  des  médailles,  11  AMC  23,  inventaire  des  manuscrits  de  Vietty :« 1° 37 cahiers contenant partie des études de l’auteur relatives soit à un grand travail de théorie où il avaitentrepris de fondre toutes ses idées sur la civilisation et l’art grec […] ; 2° 9 liasses ou cahiers de travaux plusavancés et de rédaction définitive ; 3° 23 liasses de notes ou extraits de lecture ; 4° 33 carnets de voyage dontla plus grande partie paraît contenir les notes prises sur les lieux mêmes et pendant le cours des explorationsscientifiques de l’auteur ; 5° Enfin, 9 cahiers contenant les dessins originaux pris à la vue des monuments oudes contrées qu’il s’agissait de décrire ; dessins qui nous ont paru extrêmement remarquables et empreintsd’une  éclatante  couleur  de  vérité  locale.  Total,  cent  onze  liasses,  carnets  ou  cahiers  tous  paraphés  par  lenotaire sur la couverture ou l’enveloppe. Quant aux cent sept médailles grecques qui sont en mon pouvoir,elles ont été renfermées dans un sac de toile sur lequel M. le Juge de paix a placé les scellés. »
  2. Lettre citée  par  L.  CHARVET,  « Jean-Baptiste  Vietty »,  Réunion  des  Sociétés  des  Beaux-Arts,  35,1911, p. 238 : « Villefranche, le 30 juillet 1848. Messieurs, L’affaire relative aux papiers de votre frère est enfinterminée et vous avez dû recevoir ces jours-ci la signification du jugement. Vos frais de justice ont été mis àla charge de l’Etat… Je me réjouis, Messieurs, que cette affaire soit enfin terminée au gré du désir que vousm’en avez souvent manifesté et j’espère que les manuscrits et médailles seront remis par le Ministre en desmains assez habiles et assez consciencieuses pour en faire sortir toute la gloire qui en revient à votre frère.Agréez, etc. Peyré, ancien magistrat à Villefranche (Rhône). »
  3. Archives du cabinet des Médailles, 11 AMC 23 (voir note 12) : « […] M. Sylvain Blot fait connaîtreà M. Chabouillet que le 29 juillet 1857, en suite d’une recherche faite par lui, de concert avec M. Peyré, auministère de l’Intérieur, un certificat lui fut délivré par M. de la Peyrée, chef du bureau des renseignements,constatant la réception des manuscrits, médailles et dessins précités au ministère de l’Intérieur vers la fin de1848, lequel certificat fut remis le même jour par M. Peyré à MmeHortense Cornu en vue de continuer larecherche commencée. M. Blot, sur la demande de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, lui a com-muniqué, depuis la dite époque, un volume contenant la correspondance qu’il a eue avec feu Vietty à partirde son retour en Grèce jusqu’au moment de sa mort ainsi que les correspondances administratives et minis-térielles ayant  trait  aux  ouvrages  du  savant  helléniste  […].  Un  carnet  renfermant  des  notes  explicatives  deVietty sur la pensée de son ouvrage applicable aux mythes religieux de l’Antiquité a été également commu-niqué par M. Blot à l’Institut à titre de renseignement. Lorsque Monsieur Chabouillet aura utilisé les docu-ments ci-contre, dans l’intérêt de la découverte des ouvrages de feu Vietty, M. Blot le prie de vouloir bien leslui restituer. »

41.CRAI, 1858, p. 52.

42.Ibid.

43.Ibid., p. 107, n. 1.

44.Ibid., p. 52, n. 1.

45.Mémoires de l’Institut impérial de France. Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XXIII/1,1868, p. 168 : « Communication demandée des manuscrits de feu Vietty. Dans la séance du 12 mars [1858],l’Académie, sur proposition de M. Ph. Le Bas, son président, décida qu’il serait écrit à M. le ministre de l’In-térieur et à M. le ministre d’État pour obtenir communication des manuscrits de feu Vietty, statuaire attachéà la Commission de Morée et versé dans la connaissance des langues et des monuments antiques ; ces manus-crits  paraissent  avoir  une  certaine  importance.  À  cette  occasion,  M.  Sylvain  Blot,  ancien  préfet,  offrit  ettransmit  un  volume  de  lettres  à  lui  écrites  par  Vietty  pendant  son  séjour  en  Orient,  ainsi  qu’un  carnet  denotes (séance du 4 juin). Sur une demande itérative de l’Académie, M. le Ministre de l’Intérieur la renvoyadevant  le  ministère  d’État,  saisi  par  lui  de  l’affaire  et  dépositaire  des  papiers  de  Vietty,  à  la  direction  desBeaux-Arts (séance du 24 septembre) ». L’intérêt de Ph. Le Bas pour les manuscrits de Vietty s’explique parles propres recherches de l’académicien qui commenta les inscriptions recueillies par l’Expédition de Moréeet qui se rendit lui-même en Grèce de 1843 à 1846 (voir Ph. LEBAS, Monuments d’Antiquité figurée recueillisen Grèce par la Commission de Morée, Paris, 1835-1839 ; Voyage archéologique en Grèce et en Asie Mineurefait par ordre du gouvernement français pendant les années 1843 et 1844, Paris, 1848).

  1. Lettre du baron Cuvier, membre de la section de sciences physiques (15 avril 1829) : « Ma sectionest toujours  compacte  et  travaille.  Malheureusement  il  n’en  est  pas  de  même  de  celle  d’archéologie.M. Lenormant, arrivé d’Égypte, s’est trouvé (à 25 ans) humilié d’être sous les ordres de M. Dubois (qui en a50)  et  a  déclaré  qu’il  était  pour  son  compte,  afin  de  pouvoir  correspondre  avec  le  Globe.  Un  M.  Schinas,Grec,  et  un  M.  Quinet,  philosophe  (que  je  crois  fou)  sont  partis  de  leur  côté,  de  sorte  que  ce  pauvreM. Dubois reste à peu près seul avec un peintre (Trézel) qui est précisément devenu aveugle en arrivant et lejeune Amaury-Duval. La section d’architecture a aussi une sorte de fou, nommé Vietty, qui court seul sansqu’on sache ce qu’il fait » (voir E. QUINET, Journal, notes complémentaires, n. 118, p. 290-291)
  2. « Charlatans  », en latin.
  3. Lettre de J.-B. Vietty à E. Quinet, BNF, n. acq. fr. 15510, fol. 229-230 (6 mars 1832).
  4. Amaury DUVAL, Souvenirs (1829-1830), Paris, 1885, p. 101-102 : « Vietty, le sculpteur helléniste,avait abandonné la section d’architecture, à laquelle il était attaché […]. Je ne l’ai jamais revu » ; p. 230, extraitd’une lettre (date non déterminée) de M. Fabreguette à Amaury Duval qui avait quitté la Grèce dès le prin-temps 1829 :  « Point  de  nouvelles  de  Vietty,  qui  vole  de  ses  propres  ailes.  Je  tremble  toujours  qu’on  ne  letrouve mort dans quelque fossé. Quelle tête ! » Après son retour en France, E. Quinet exprime lui aussi soninquiétude sur le sort de Vietty dans une lettre à MlleMoré (en octobre 1829) : « Presque tous mes compa-gnons de voyage ont passé ainsi que moi par de violentes maladies. J’attends ici quelques-uns d’eux qui sontréfugiés dans les environs ou à Lyon. Je suis bien inquiet de l’un des meilleurs avec qui j’étais lié un peu etqu’ils ont été obligés de laisser dans une île presque à l’agonie. C’est Vietty » (voir L. CHARVET, « Jean-Bap-tiste Vietty », Réunion des Sociétés des Beaux-Arts, 35, 1911, p. 217).

50.Journal  de  voyage  de  M.  Trézel(inédit),  BNF,  n.  acq.  fr.  1849,  fol.  19r(21  juillet  1829) :  « Desraisons de santé ayant obligé Messieurs Dubois et Duval de rentrer en France, je continuerai seul le voyageavec  les  instructions  que  Monsieur  Dubois  me  laisse  par  écrit.  Il  emporte  avec  lui  les  dessins  que  j’ai  faitsdepuis le commencement de notre campagne. »

  1. Les carnets contiennent, notamment sur les couvertures intérieures, des informations comptablesqui nous renseignent sur les dépenses de Vietty, avec descriptif et prix des objets achetés de juillet à novembre1829 : par  exemple,  « achat  de  vases  et  terres  cuites »  (carnet  12,  p.  B)  et  longue  « liste  de  médailles »(carnet 24, p. B-C et carnet 12, p. B-D). L’inventaire des manuscrits de Vietty, réalisé après sa mort, signalela présence de 107 médailles (voir supran. 12). Le problème des dépenses et, plus largement, des moyens desubsistance de Vietty prit une extrême importance à partir de l’hiver 1829, après l’ordre de rapatriement del’Expédition, le refus de Vietty de rentrer en France et le vol de ses affaires par son domestique (voir lettre de Quinet à sa mère, 8 février 1830). Tout en bénéficiant de l’aide de certains amis et d’une mensualité (irré-gulière) du gouvernement français, Vietty dut se résoudre, jusqu’à l’été 1831, à vendre une partie des objetsqu’il avait acquis (voir L. Charvet, « Jean-Baptiste Vietty », Réunion des Sociétés des Beaux-Arts, 35, 1911,p. 218-219). Cette attitude n’a rien d’exceptionnel puisque Louis Fauvel, peintre et consul de France de 1802à 1838, se livrait lui aussi à un commerce d’antiquités qui « doivent avoir constitué sa principale source derevenus » (voir A. ZAMBON, « Fauvel et les vases grecs », Journal des Savants, 2006, p. 14).

52.Journal de voyage de M. Trézel, fol. 30r (Égine, 10 septembre 1829) : « Je dessine d’après une terrecuite appartenant à M. Vietty ; c’est un petit amour avec un chien. »

53.Ibid.(Égine, 15 septembre 1829) : « MM. Blouet, Poirot et Ravoisié arrivent de leur voyage auxîles ; ils logent avec moi et m’apprennent qu’une grande partie de nos collègues ont été fort malades et queplusieurs étaient retournés en France. »

  1. Voir supra, n. 27.
  2. Carnet 12, p. 70 : « On se sent mieux séparé du reste du monde. »
  3. Carnet 12, p. 38.
  4. E. QUINET, La Grèce moderne…, op. cit. (n. 15).
  5. Lettres citées  par  L.  Charvet,  « Jean-Baptiste  Vietty »,  Réunion  des  Sociétés  des  Beaux-Arts,  35,1911, p. 210 et s.
  6. Le 1eroctobre 1829, Vietty embarqua dans le port de Nauplie sur « une goélette grecque » qui serendait à Navarin. Ce voyage autour de « la feuille de platane » que forme le Péloponnèse est l’occasion dedécrire le relief accidenté des côtes de Laconie et de Messénie (cap Malée, île de Cythère, mont Taygète, capMatapan…). Ces quinze pages (carnet 12, p. 91-105) sont particulièrement difficiles à lire car Vietty, à courtd’encre durant la traversée, rédige l’essentiel au crayon. Le retour vers l’Argolide, de Modon à Nauplie, enpassant par Tripolitza, se fit à cheval et à pied. L’itinéraire n’est pas décrit mais seulement indiqué dans untitre, avec renvoi à un « livre de notes » que nous ne connaissons pas (carnet 12, p. 106 : « De Modon à Éginepar Tripolitza, Argos, Épidaure [de Modon à Argos, Nauplie, voir le livre de notes] »). Vietty raconte sonarrivée à Épidaure « au mois de novembre » (carnet 12, p. 132).
  7. Carnet 24,  p.  32 :  « Je  suis  allé  sur  la  montagne  d’Agios  Basilios  sur  un  faux  renseignement  deruines  helléniques.  Le  village  sur  le  revers  Ouest  d’une  haute  colline  parait  être  l’emplacementde  quelqueville antique. On y trouve des petites tailles employées qui ne semblent pas avoir été taillées depuis la phasechrétienne » ; carnet 24, p. 33 : « On voit, à gauche, en plaine, beaucoup de tas de moilons ; il en est qui ontquelques tailles ; ils ont l’air anciens et sont couverts de lentisques. Un ruisseau intarissable coule au milieu– une cité, un bourg hellénique, a jadis existé en ce lieu. Je crois voir des murailles sur 2 grandes collines cou-vertes de lentisques qui bordent cette plaine ».
  8. Carnet 24, p. 28.
  9. Carnet 24, p. 29.63. Carnet 12, p. 156.
  10. Carnet 12, p. 35.
  11. Carnet 12, p. 46.
  12. Carnet 12, p. 70.
  13. Carnet 24, p. 43.
  14. Carnet 24, p. 149-150 : « cette question très complexe (…) ne peut être traitée dans des notes prisessurplace».
  15. Le Journal de voyage de M. Trézel, inédit (voir n. 46), est un court récit de 35 pages qui fut écrità Navarin à la fin de l’Expédition et qui retrace le parcours de la section d’archéologie, sans aucune analyseni aucun relevé archéologique.
  16. Carnet 24, p. 40 : « il m’a semblé, hier, que les antiques colonnes de Corinthe n’ont pas le profildroit ; [note marginale] je ne le crois plus ».
  17. Carnet 24, p. 4 : « Il y a moins de caractère lorsque, comme dans cet exemple unique, le parementest travaillé et uni. Ne vaudrait-il pas mieux que les assises fussent régulières ? Nous e                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   xaminons cette ques-tion. En attendant, je pense négativement »
  18. Par exemple dans l’étude d’Égine, carnet 12, p. 49 : « On trouve à côté un cube de marbre blancsur lequel sont écrits les noms de : Charicléa fille d’Aristocléides ; Phoinissa fille d’Eritimos ; Callimachos filsde Callippos? L’inscription paraît complète et le cube, sans mordant, avoir été un piédestal ou socle. »
  19. Carnet 12, p. 114 B et p. 115 : « On trouve à droite une enceinte elliptique qui était entourée d’unstylobate couronné […] ; deux inscriptions : l’une dans l’aire, l’autre vers le pourtour avec le nom d’ASKLH-PIWIsur une  taille  courbe.  Un  couronnement  monolithique  en  marbre  d’une  très  gracieuse  et  ingénieusecomposition en ornements (vid. zwgraf.) abîmée par les soldats et les officiers français (pour emporter dansla  poche !).  Cet  édifice  était-il  un  Odéon ? ».  Ces  deux  inscriptions  ont  fait  l’objet  de  plusieurs  éditions :1.IG, IV1, Editio minor, Inscriptiones Argolidis, 1, F. HILLER DEGAETRINGEN, Berlin, 1929, n° 673, p. 136,Statuae hominum, saec. II p. Chr.; 2. IG, IV1, editio minor, n° 249, Arae et bases a. Chr., p. 96.
  20. Par exemple  sa  description  des  habitants  de  Corinthe  (carnet  24,  p.  76) :  « Quant  aux  habitants,j’ai cru voir plusieurs races : la plus générale est une physionomie peu hellénique : tête plus ronde qu’à l’or-dinaire, yeux souvent bleus, ou verts et vifs, figure [illisible] de certains hommes de bonne compagnie de nosmontagnes, chasseurs et joueurs, bons compagnons, toujours gais, buveurs tels que les d[illisible] et d’autresdans les monts de Thésée. Je crois que ce sont là les vrais Corinthiens ; 2° quelques types romains bien recon-naissables à leur tête droite sur un long et large cou, à leur nez aquilin, à leur air sérieux ; 3° quelques enfantsde la beauté sévère hellénique. Les femmes ont toutes le nez un peu court et l’air impudent, agréable et lascifsourire. Il y a-t-il quelques restes italiens ? 2000 ans doivent avoir refait d’autres Corinthiens, sauf peut-êtrequelques races réfractaires ? »
  21. Carnet 12,  p.  45 :  « Les  Grecs  ont  toujours,  ainsi  que  leurs  pères,  peu  d’idée  des  hiérarchiessociales. Ils ne respectent guère la puissance et la richesse. Ils ne conçoivent pas ce que nous apportons : rang,sang. Voilà le véritable esprit d’égalité, inné chez eux, étranger chez nous, et que nous avons vainement tâchéd’implanter en 93. Ils disent encore toi à tout le monde. »
  22. Par exemple  l’irrigation  des  campagnes  (carnet  24,  p.  79),  l’évocation  des  vendanges  (carnet  24,p. 159) et la vente des denrées au bazar (carnet 12, p. 55).
  23. Carnet 24, p. 110-112.
  24. Carnet 12, p. 90 : « Le fort Palamaidi doit être presqu’aussi haut que Fourvière – beaucoup plusrapide, on y monte comme par une échelle. »
  25. Carnet 12, p. 151 : « La couleur sous cet aspect au Nord a quelque chose de gris terne monotone.Comment se  fait-il  qu’avec  tant  de  différences  en  tous  points,  ce  premier  aspect  d’Athènes  m’ait  rappeléLaon, Chartres, Reims, d’autres villes religieuses de France à colline rocheuse ? ».
    80.  Sur ce projet, voir n. 30 et 32.
  26. Carnet 24, p. 149 : « Ou les murs de Tirynthe, de Mycènes, Phigalie, etc., etc., sont antérieurs à l’ar-rivée des Égyptiens, ou postérieurs. Si antérieurs, il n’y a rien à dire, la construction est identique au pays maisalors la civilisation de la Grèce serait plus ancienne qu’on le pense. Si postérieurs, il se présente plusieurs objec-tions ou hypothèses : les Égyptiens ont-ils pu bâtir ou enseigner à bâtir ainsi ? La localité, la nature l’avait-elleemporté en Grèce, en fait d’architecture militaire, sur les habitudes, l’école du pays, si différente, de l’Égypte ?Ou les Grecs, peuple fort et distinct, bientôt après avoir été rassemblés par les orateurs et reçu d’eux les lettres,le culte, la civilisation (la terre hellénique fécondée) auraient-ils fait de tout cela ce qu’ils ont fait des templeségyptiens, de leurs mythes, de leur doctrine religieuse et politique (de leur poésie sans doute) ? ».
  27. Carnet 24, p. 149-150.
  28. Le témoignage de Vietty est influencé par le « retour à l’antique » amorcé par Winckelmann dansle second XVIIIesiècle qui érige l’art grec en modèle de représentation harmonieuse. Voir É. SALICETO, « Levoyage de la Grèce, un nouveau retour à l’antique? », dans Acta Fabula, L’Itinéraire de Paris à Jérusalem deChateaubriand, publ. sur www.fabula.org. « L’expression “retour à l’antique” désigne explicitement le mou-vement amorcé dès le second dix-huitième siècle et théorisé en particulier par l’Allemand Johann JoachimWinckelmann (1717-1768),  dont  l’œuvre  aura  une  importante  répercussion  en  France  et  dont  les  théoriesseront étendues à l’ensemble des arts : Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques en peinture et en sculp-ture (1755) et Histoire de l’art dans l’Antiquité(1764) inaugurent un déplacement de l’art romain à l’art greccomme incarnation de l’essence antique, déplacement géographique qui correspond à un recul historique etdonne son essor au mouvement néoclassique. »
  29. Carnet 12, p. 45.
  30. Carnet 24, p. 158-159.
  31. Carnet 24, p. 72.
  32. Carnet 12, p. 8.
  33. Carnet 24, p. 53.
  34. Carnet 24, p. 12.
  35. Carnet 12, p. 7.
  36. Carnet 12, p. 45.
  37. Carnet 12, p. 142.
  38. Carnet 12, p. 88.
  39. Carnet 12, p. 131 : « Dans cette promenade, faite au mois de novembre, par un beau soleil, je visou j’entendis,  en  plaine,  8  à  10  serpents  dans  les  broussailles.  Je  cherchai  à  m’emparer  de  l’un  d’eux,  pourvérifier la tradition mais ils ne sont plus aussi familiers qu’aux temps des prêtres d’Esculape. »
  40. Carnet 12, p. 50.
  41. Carnet 24, p. 105-108.
  42. Carnet 24, p. 115
  43. Carnet 12,  p.  109-110 :  « Au  pied  des  montagnes,  quelle  était  cette  ville  sauvage,  homérique ?Une 1/2 lieue plus haut, du même côté, sur une autre montagne dominée par une [montagne] beaucoup plusconsidérable,  est  une  autre  ville  (ou  fort)  plus  grande,  plus  régulière,  plus  pittoresque,  mieux  conservée.Longs bois d’oliviers parsemés sur cette colline. Même genre de situation, plus en grand : presqu’île forméepar deux rivières dont l’une coule cachée sous les arbustes. La route d’Argos à Épidaure passe au pied surl’autre revers. – Encore une autre ville inconnue ! Serait-ce Midéa? Je n’ai pas le temps d’y monter ».
  44. Carnet 12, p. 38.
  45. Carnet 12, p. 123.
  46. Carnet 24, p. 30.
  47. Carnet 12, p. 89.
  48. Carnet 12, p. 12.
  49. Par exemple, les restes de statues enfouies à Mégare ; voir carnet 24, p. 138 : « Près du sommetest une église toute bariolée de marbres divers […] une grande statue sans tête à demi-enfouie qui paraît d’unbeau style  et  qui  doit  être  une  muse ;  une  inscription  (vid.  graf.)  disant  que  ce  temple  a  été  consacré  auxmuses » ; p. 152 : « En remontant sur le revers de la colline je trouvai une statue de femme drapée de grandeproportion, couchée sur le ventre, acéphale, mutilée. Mais le bras que je pus voir et le genre de draperie mesemblèrent d’un ancien et beau style hellénique. C’est le troisième reste de statue que j’ai vu à Mégare (sansindication). On n’a pas souvent en Grèce ces bonnes fortunes. Les Anglais ne les ont pas aperçues. »
  50. Par exemple,  à  Mégare,  ce  « promontoire  en  roches  par  assises  presque  horizontales  qui  doits’écrouler  bientôt  dans  les  flots :  la  mer,  par  un  long  travail,  a  scié  les  assises  inférieures  et  la  masse  estlézardée perpendiculairement » (carnet 24, p. 119).
  51. Carnet 24,  p.  117 :  « La  chaîne  du  Geranion  s’étant  rapprochée  de  la  mer,  forme  une  énormeberge. Des rocs scabreux dont les pieds sont baignés par les flots. Le sentier, souvent taillé dans la pierre, ser-pente sur ses flancs. Pour y monter de la plage, il faut se mettre à la mer pour tourner au cap, ou grimper à50 pieds sur des rocs à pic dont la moitié est lisse comme un lit d’assise. Il fallut décharner le cheval et monterle  bagage  avec  des  cordes.  Je  me  hasardai  à  cette  raide  excursion  et  faillis  me  rompre  le  cou  où  nos  Grecsallaient, venaient assez aisément avec des fardeaux. »
  52. Carnet 12, p. 71.
  53. Carnet 12, p. 150-151 : « Nous avions monté insensiblement depuis la mer, nous montâmes alors,mous franchîmes  cette  barrière  qui  nous  avait  caché  le  Parthénon :  alors  je  vis  Athènes  dans  Athènes.  Lepremier coup d’œil me surprit : je n’avais pas imaginé cela : grandeur capitale grecque. Palicarerie civilisée ;vivacité avec tempérance, acropole religieuse en vaisseau, comme la cathédrale de Reims. À l’entour, petitsmonts modelés comme les rochers des statues ; plans vifs brefs, sans rudesse ni sauvagerie, savants de dessins,beaux d’ensemble et de détails. Loin d’ici la férocité, la fougue du Péloponnèse ! La couleur sous cet aspectau Nord a quelque chose de gris terne monotone […]. »
  54. Carnet 12, p. 8.
  55. Carnet 24, p. 73.
  56. Vietty n’était pas le seul à se moquer du dilettantisme de Chateaubriand : voir M. SÈVE, Les voya-geurs français à Argos, Athènes, Paris, 1993, p. 14 (Sites et monuments, XI) : « [Il] s’attira d’aigres critiquesdu médecin Avramiotti qui l’avait hébergé à Argos. Il semble avoir manifesté un intérêt superficiel pour cequ’il voyait : le premier des touristes. »
  57. Carnet 24, p. 16.
  58. Carnet 24, p. 51-52. Vietty évoque à nouveau cette anecdote p. 66.
  59. Carnet 12, p. 51
  60. Carnet 12, p. 64-65.
  61. Carnet 12, p. 58.1
  62. Carnet 12, p. 95.
  63. Carnet 12, p. 64.
  64. Voir R. ÉTIENNE, L’espace grec : 150 ans de fouilles de l’École française d’Athènes, Paris, 1996 ;C. VALENTI, L’École française d’Athènes, Paris, 2006.
  65. Carnet 24, p. 53
  66. Carnet 12, p. 145 : « Les Turcs du poste vinrent lentement, le fusil derrière le cou (…) s’embus-quer derrière le tertre prolongé qui forme bordure à la plage du port. Ils s’y accroupirent, le bout du fusil enavant. Nous déjeunions sur une chaussée. Après 10 minutes de station, ils vinrent tranquillement s’asseoir ànos côtés, mangèrent, burent du rhum et nous laissèrent manier leurs armes ».
  67. Carnet 12, p. 155-156. Ce récit tranche avec la longue narration d’Abel Blouet qui fut invité luiaussi, avec les membres de sa section, par le Bey Ioussouf. La version « officielle » de l’Expédition distille eneffet de nombreuses critiques, évoquant « le repas le plus singulier et le plus malpropre qu’on puisse ima-giner », l’attitude des « chefs » qui « s’humiliaient en la présence du bey avec une bassesse inouïe » ou le refusdu Bey de « les laisser visiter (…) les monuments de la citadelle » (Expédition scientifique de Morée : archi-tecture, sculptures, inscriptions, op. cit. [n. 14], vol. III, p. 62-63)

.123.  Carnet 24, p. 73.

  1. Carnet 24, p. 77-78 : « Dans les murs vides d’arbres comme de citoyens, on ne voit que quelquesfiguiers solitaires dont l’ombre sert d’asile à l’animal immonde. Le soleil dévore même tes plantes funestes etn’épargne que  l’horrible  nopal  dont  l’ombre  épaisse  n’est  accessible  qu’aux  reptiles.  Tes  rues  sont  encom-brées  des  murs  à  demi-écroulés  de  tes  masures,  marquetés  des  marbres  défigurés  de  tes  temples  et  de  tespalais. Elles sont parsemées des ossements exhumés de tes tombes, Turcs, Chrétiens, Romains, Grecs mêlésaux ossements des chiens et des chevaux. Un seul couple de palmiers croissait dans un enclos, les arabes enont brisé la tête et le tronc de l’un d’eux gît à côté comme un fût de colonne. Superbe Corinthe ! Que reste-t-il de tant d’édifices élevés dans ta vaste enceinte ?
  2. Carnet 24, p. 134.
  3. Carnet 12, p. 16.
  4. Carnet 24, p. 13.1
  5. Carnet 24, p. 153 : « Je bus délicieusement de son eau fraîche qu’un vieux Mégarien assis au bordme tira avec sa corde […] mais je n’avais pas le pain qu’il demandait. »
  6. Carnet 12, p. 134 : « Des mares fangeuses et puantes, réceptacles d’égouts et d’immondices, causede plus d’une épidémie » ; voir aussi carnet 24, p. 60 (le commandant malade) ; p. 114 (le domestique malade),etc.
  7. Carnet 12, p. 23-24 : « Le lendemain matin, me disposant au départ, je vis fermer soudain toutesles boutiques.  Mon  jeune  homme  me  vint  dire  que  3  ou  4  mille  palicares  allaient  arriver  et  piller  amis  etennemis. L’astynome me confirma cette nouvelle. Ayant vu à Mégare ce que savaient faire ces soldats sansdiscipline, je [illisible] un caïque et partis de suite pour Égine (mon hôte et beaucoup d’habitants en ont faitautant). »
  8. Carnet 24, p. 126 : « Je montai sur une éminence pour contempler, à une demi-lieue, le croissant-théâtre non adosséde Mégare, ville encore assez grande mais, dit-on en ce moment, absolument désertée, lesTurcs d’Athènes y faisant des excursions. Nous avions appris […] qu’ils avaient pillé Éleusis, que les Pali-cares du port de Mégare s’emparaient de tous les chevaux ».
  9. Carnet 24, p. 54 : « L’homme est né ennemi de l’homme. Ceux qui disent le contraire sont dessots ou des charlatans. […] Et c’est pourquoi l’amitié est l’héroïsme le plus noble et qui honore le plus l’es-pèce humaine. »
  10. Carnet 24, p. 119 : « J’éprouvai à la fin d’août au plus haut degré ces températures que je n’avaisjamais ressenties. Sans marcher vite, au repos, les rayons solaires faisaient ruisseler la sueur que j’essuyais àchaque instant. On ne pouvait tenir deux secondes la main sur les rochers. »
  11. Carnet 24, p. 105

 

Article de  Stéphane Gioanni Jean-Baptiste Vietty et l’Expédition de Morée (1829) : À propos de deux manuscrits retrouvés. In: Journal des savants, 2008, n°2. pp. 383-429. DOI : https://doi.org/10.3406/jds.2008.5891

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Henry Jean-Robert. Marie-Noëlle Bourguet, Daniel Nordman, Vassilis Panayotopoulos et Maroula Sinarellis (éds), Enquêtes en Méditerranée. Les expéditions françaises d’Egypte, de Morée et d’Algérie. Actes du colloque Athenes-Nauplie, 8-10 juin 1995. In: Annales. Histoire, Sciences Sociales. 56ᵉ année, N. 3, 2001. pp. 740-742. www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_2001_num_56_3_279978_t1_0740_0000_1

Lucarelli Franck-Laurent. Christine Peltre, Retour en Arcadie. Le voyage des artistes français en Grèce au XIXe siècle (Littérature des voyages XIII) (1997). In: Topoi, volume 8/1, 1998. pp. 493-499.www.persee.fr/doc/topoi_1161-9473_1998_num_8_1_1400

Tucoo-Chala Jean. Le Voyage en Grèce d’un naturaliste gascon en 1829. In: Bulletin de l’Association Guillaume Budé, n°2, juin 1976. pp. 191-200. www.persee.fr/doc/bude_0004-5527_1976_num_1_2_3360

Broc Numa. Les grandes missions scientifiques françaises au XIXe siècle (Morée, Algérie, Mexique) et leurs travaux géographiques.. In: Revue d’histoire des sciences, tome 34, n°3-4, 1981. pp. 319-358.www.persee.fr/doc/rhs_0151-4105_1981_num_34_3_1769

Serbat Louis. Stèle grecque à Narbonne. In: Bulletin Monumental, tome 67, année 1903. p. 271.www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1903_num_67_1_12441_t1_0271_0000_5

Le Bas Philippe. Manuscrits du voyage en Grèce de M. Vietty mis à disposition de l’Académie. In: Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2ᵉ année, 1858. p. 52.www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1858_num_2_1_66016

Monceaux Paul. La restauration d’Olympie. In: Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 33ᵉ année, N. 3, 1889. pp. 171-172. www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1889_num_33_3_69633