Séverine Bridoux-Michel propose dans ce livre  récemment publié un éclairage contemporain du mythe qu’incarne la relation de l’architecture et de la musique.

On sait peu de choses sur le rôle de la musique dans le travail de Le Corbusier. On en sait également peu sur le travail architectural de Iannis Xenakis. Pourtant, cela fait soixante ans que Xenakis élabora la conception du Pavillon Philips de l’Exposition universelle de 1958 à Bruxelles : un pavillon éphémère aux formes organiques réalisé alors qu’il travaillait chez Le Corbusier, en même temps qu’il produisait ses premières compositions musicales.
Objet multimédia avant l’heure, ce Pavillon intrigue toujours autant par les courbures de ses formes dans l’espace, que par les oeuvres électroniques dont il fut l’écrin. Plus encore, la rencontre des individualités collaborant au projet interpelle : faire un projet à plusieurs, c’est accepter les contradictions, les silences, les tensions.

À travers l’analyse de documents originaux, certains inédits, cet ouvrage revient sur la place de la musique chez Le Corbusier, de l’architecture chez Iannis Xenakis, et nous aide à comprendre leur travail de collaboration en revenant sur la genèse du Pavillon Philips : appréhender les rapports entre architecture et musique chez Le Corbusier et Xenakis, c’est ainsi constater le choc entre le sens ancestral de la synthèse des arts dont hérite le XXe siècle et la modernité d’un projet réalisé au cours des années 1950.

L’AUTEURE :  Séverine Bridoux-Michel     

est architecte, docteur en esthétique et sciences de l’art, chercheur au LACTH/Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille, chercheur associée au CEAC/Université de Lille, enseignante à l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille, et musicienne. Elle a reçu le Prix de la Recherche et de la Thèse de Doctorat en Architecture en 2007 (Académie d’Architecture, Paris). Ses travaux et publications concernent notamment l’étude des processus de conception, les pratiques collaboratives dans l’histoire de l’architecture des XXème et XXIe siècles, ainsi que l’étude des relations interdisciplinaires architecture/musique.


Xenakis Iannis 1922-2001

Son père dirige une société de commerce anglaise, sa mère, pianiste parle couramment français et allemand. Iannis Xenaki est l’aîné de trois garçons. Son frère Cosmas est peintre, Jason professeur de philosophie aux État-Unis. En 1927 sa mère décède de la rougeole après avoir accouché d’une fille qui ne survit pas. Xenakis est confié à des gouvernantes françaises, anglaises et allemandes. En 1932 la famille gagne la Grèce. Iannis Xenakis entre au collège gréco-anglais de l’île de Spetsai. En 1938 il est à Athènes et prépare l’entrée à l’école polytechnique d’Athènes. Il suit des cours d’analyse, d’harmonie et de contrepoint avec Aristote Koundourov. Il réalise une transcription géométrique d’œuvres de Bach. En 1940 il est reçu à l’École polytechnique, mais le 28 octobre, les troupes fascistes italiennes envahissent la Grèce. L’école est fermée.

En 1941 il s’engage dans la Résistance, adhère au Parti communiste. Il est plusieurs fois emprisonné. Après la défaite des nazis, la Grèce est occupée par les Anglais qui instaurent la loi martiale. Xenakis s’engage dans un bataillon de l’Armée nationale populaire où il commande la compagnie Lord Byron. Il est grièvement blessé par les Anglais le 1er janvier 1945. À sa sortie de l’hôpital, il reprend ses études et ses activités politiques clandestines qui lui valent plusieurs incarcérations. En février 1946, il est diplômé de l’École polytechnique et présente un mémoire sur le béton armé. De nouveau incarcéré il s’enfuit et se cache pendant 6 mois à Athènes, puis passe en Italie avec de faux papiers obtenus par son père. Pris en mains par les communistes italiens, il franchit la frontière française à Vintimille. En Grèce, il est condamné à mort par contumace. Son père et son frère sont emprisonnés.

En décembre 1946, recommandé par l’architecte Georges Candilis, il entre au service de Le Corbusier comme ingénieur. Il cherche à étudier la composition : Honegger, Milhaud, Nadia Boulanger, Annette Dieudonné, Messiaen, tente toujours en vain de participer au groupe de musique concrète de Pierre Schaeffer.

En 1950 il rencontre Françoise, sa future épouse. En 1952 et 1953, il suit les cours de Messiaen.

En 1953 il organise dans le cadre du Congrès international d’architecture moderne un concert spatialisé sur le toit de l’Unité d’habitation de Marseille. La Colombe de la paix est créée au quatrième Festival mondial de la jeunesse pour la paix et l’amitié de Bucarest. Le 3 décembre il épouse Françoise.

De 1954 à 1957 il travaille au projet de Le Corbusier du couvent dominicain de la Tourette à Éveux-sur-l’Arbresle.

Le 23 septembre, après bien des difficultés, Cherchen accepte de créer les Metastasis qui sont également jouées au festival de Donaueschingen le 15 octobre 1955, dont le scandale (musique non sérielle) lui interdit plusieurs années durant la programmation en Allemagne.

En 1955, il publie La crise de la musique sérielle dans les « Gravesaner Blätter ». où il critique le principe sériel et l’organisation polyphonique qui en découle. En 1958 il entre Groupe de Recherches de Musique Concrète (Groupe de Recherches Musicales) de Pierre Schaeffer auquel il participe jusqu’en 1962.

En 1956 il publie Théorie des probabilités et composition musicale dans les « Gravesaner Blätter ». Il projette la Maison de la culture et de la jeunesse de Firminy et commence à travailler au célèbre Pavillon Philips pour l’Exposition universelle de Bruxelles de 1958. Le Corbusier refuse de lui reconnaître la paternité de ce Pavillon.

En 1957 il est boursier de la Fondation européenne pour la culture, dont le jury est présidé par Nicolas Nabokov. Il crée le 8 mars Pithoprakta au Festival « Musica viva » à Munich. Il publie en 1958 À la recherche d’une musique stochastique. Il fait le connaissance de François-Bernard Mâche.

En 1959 il est licencié par Le Corbusier. La même année, Metastasis et Pithoprakta sont créés à Stockholm. En 1960, la première française de Pithoprakta est assurée par Hermann Scherchen. Il fonde le MYAM, groupe de réflexion sur les mathématiques et la musique avec Avec Michel Philippot, Abraham Moles et Alain de Chambure. En 1960 il commence la publication d’Éléments de musique stochastique dans les « Gravesaner Blätter ». En 1961 il participe au congrès international «Orient-Occident» de Tokyo et y présente un concert de musiques expérimentales. Il rencontre Toru Takemitsu et Seiji Ozawa. Il projette les plans d’un auditorium à Gravesano à la demande d’Hermann Scherchen.

En 1962 il met au point un programme informatique de composition musicale et commence à composer les ST avec des données calculées par l’ordinateur IBM 7090. En mai, il organise un concert collectif du GRM avec des oeuvres réalisées à partir de fragments proposés par les neuf participants : Ballif, Bayle, Canton, Ferrari, Mâche, Malec, Parmegiani, Philippot et Xenakis. La même année, ses oeuvres sont bien accueillies au Festival d’Automne de Varsovie.

En 1963 il est pour la première fois programmé au « Domaine Musical ». Malgré les réserves de Pierre Boulez, portant sur le caractère ennuyeux de la pièce, et le choix du pianiste. Georges Pludermacher dut rejouer Herma en bis. En été, il est invité par Aaron Copland pour donner une série de cours de composition au Berkshire Music Center à Tanglewood. Il publie la même année Musiques formelles. Nouveaux principes de composition musicale. Boursier de la fondation Ford, il séjourne à Berlin. En 1964, Eonta est crée au « Domaine Musical ». Il est naturalisé français en 1965. Le 20 mai de la même année, un festival Xenakis est organisé à Paris, Salle Gaveau. Il reçoit le grand Prix de l’Académie du disque français. Il donne une série de cours de composition à l’Institut Torcuati di Tella de Buenos Aires dirigé par Alfredo Ginastera. Il fonde l’EMAMU (Équipe de Mathématique et d’Automatique musicales) avec Marc Barbut, François Genuys et Georges Guilbaud à l’École Pratique des Hautes Études.

Il publie en 1967 Vers une métamusique. Il crée Medea au Théâtre de l’Odéon de Paris sous la direction de Diego Masson, dans une mise en scène de Jorge Lavelli, avec Maria Casarès dans le rôle de Médée. Il conçoit le Polytope, structure de câbles et de projections lumineuses, pour le Pavillon français de l’Exposition Universelle de Montréal. Il est professeur invité l’Université de l’Indiana à Bloomington qui ne tient pas sa promesse de créer un Centre de musique et mathématiques. Il démissionne de son poste en 1972. En 1968 il publie Vers une philosophie de la musique. En 1969, l’EMAMU est hébergé dans les laboratoires de physique nucléaire du Collège de France. En 1971 il publie Musique Architecture.

En 1972 il est nommé membre honoraire de la British Computer Arts Society. Le Festival d’Automne, dirigé par Michel Guy, lui passe la commande un opéra qui ne l’intéresse pas. Il propose une spectacle de musique et de projections lasers : le Polytope de Cluny, qui est créé le 13 octobre 1972. Ce spectacle proposé jusqu’en 1974 est visité par 90.000 spectateurs. Il est invité à enseigner aux cours d’été de Darmstadt (également en 1974 et en 1990). Il est nommé professeur associé à l’UER des Arts plastiques et Sciences de l’art de l’université de Paris I. En 1973 il donne une série de cours à l’université de Montréal. La même année, Erikhthon est créé à Paris par Claude Helffer et l’orchestre de l’ORTF, dirigé par Michel Tabachnik. Le Beethoven Festspiele de Bonn organise une rétrospective et une exposition Xenakis. Il se rend en Grèce après la chute du régime des colonels. En 1975 il est membre honoraire de l’American Academy and Institute of Arts and Letters. Il soutient sa thèse de doctorat le 18 mai 1976 Arts / Sciences. Alliages, à l’Université de Paris I devant Bernard Teyssèdre, Olivier Messiaen, Michel Ragon, Olivier Revault d’Allonnes et Michel Serres (publication chez Casterman, en 1979). Le Grand Prix national de la musique du ministère de la Culture lui est décerné.

Il reçoit en 1977 prix Beethoven de la ville de Bonn, et le Grand prix du disque de l’académie Charles-Cros. La même année, Le CEMAMU construit la première version de l’UPIC (Unité polyagogique informatique du CEMAMU). En 1979, il anime un séminaire de composition à l’Academia Musicale Chigiana à Sienne. En 1980, il donne une série de conférences en Pologne. Il est élu membre du Conseil national de la Résistance hellénique. Il est nommé officier de l’ordre des Arts et Lettres. En 1981 et donne une série de conférences à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm : Intuition, théorie, réalisation en musique. En 1982, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur, membre de l’Académie des beaux-arts de Berlin en 1983

En 1984 il présente en collaboration avec Jean-Louis Véret un projet au concours architectural de la Cité de la musique au Parc de la Villette Le nouveau Conservatoire National de Musique qui n’est pas retenu. Le 2 mai, il est reçu à l’Académie des Beaux-Arts au siège de Georges Auric. Il fonde en 1986 les ateliers UPIC. En 1989 il est docteur honoris causa de l’université d’Édimbourg, nommé membre étranger de l’Académie Royale de Suède. En 1990 Distinguished Resident del’université de San Diego et professeur émérite de l’université Paris I. En 1991, il est nommé officier de la Légion d’honneur et commandeur de l’ordre des Arts et Lettres. En 1995 il est nommé chevalier de la Légion grecque du Phénix et commandeur dans l’Ordre national du Mérite, il reçoit Prix Kyoto au Japon en 1997.

Le 30 novembre 1997, sa dernière œuvre O-mega est créée à Huddersfield par Evelyn Glennie (percussion solo) et le London Sinfonietta dirigé par Markus Stenz.

Source musicologie.org


Charles-Edouard Jeanneret dit Le Corbusier

Né en 1887 à La-Chaux-de-Fonds en Suisse, Charles-Edouard Jeanneret apprend l’architecture classique à travers ses nombreux voyages. Il découvre les bases solides de l’architecture classique, mais également la curiosité des autres cultures. Tout au long de son parcours, il n’aura de cesse de mêler héritage et modernité.
On retrouve ses édifices dans 12 pays et sur 4 continents.

Après 60 ans de carrière, il décède le 27 août 1965 dans le sud de la France.

  • 1887 : Naissance le 6 octobre à La-Chaux-de-Fonds (Suisse).
  • 1908-1909: stage auprès des frères Perret : étude de la technique du béton armé.
  • 1923 : Publication de Vers une architecture, véritable « bible » de l’architecture moderne.
  • 1931 : Achèvement de la Villa Savoye à Poissy.
  • 1945 : Mise au point du Modulor.
  • 1952 : Achèvement de l’Unité d’Habitation de Marseille.
  • 1954 : Première visite à Firminy.
  • 1955 : Achèvement de la chapelle Notre-Dame du Haut à Ronchamp (Haute-Saône).
  • 1960 : Achèvement du couvent dominicain Sainte-Marie de la Tourette à Eveux-sur-l’Arbresle (Rhône).
  • 1955-1965 : Construction de Chandigarh, capitale du Pendjab (Inde).
  • 1961-1965 : Construction de la Maison de la Culture de Firminy.
    • 21 mai 1965 : Dernière visite de Le Corbusier sur le chantier de Firminy. Il inaugure le gros œuvre de la Maison de la Culture et pose la première pierre de l’Unité d’Habitation.
    • 1965 : Décès le 27 août à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes).
    • 1966-1969 : Construction du Stade de Firminy.
    • 1968 : Création de la Fondation Le Corbusier à Paris, qui se consacre à la conservation, à la connaissance et à la diffusion de l’œuvre de Le Corbusier.
    • 1973-2006 : Construction en deux temps de l’église Saint-Pierre conçue avec José Oubrerie.
  • Théories d’architecture

    Grand essayiste de l’architecture, Le Corbusier a laissé une oeuvre littéraire très importante encore très largement étudiée aujourd’hui.

    Les cinq points pour une architecture nouvelle 

    • un bâtiment surélevé sur des pilotis,
    • une ossature autoporteuse formée de piliers et de poutres,
    • des façades vitrées,
    • un plan libre modulable (sans murs porteurs) selon les fonctions des bâtiments et leur évolution,
    • un toit-terrasse servant de jardin suspendu.

    Le Modulor

    Modulor Le Corbusier

    Contraction de « module » et « nombre d’or ».

    Cette échelle de proportion a été inventée par Le Corbusier pour adapter son architecture à la morphologie humaine.

 

Source site Le Corbusier