Les Grecs du Pont-Euxin ou Pontioi, que l’on nommera par commodité « Pontiques », sont aujourd’hui environ deux millions dispersés dans le Monde, principalement dans six États issus de l’ex-URSS, en Grèce, en Allemagne, en Australie et en Amérique du Nord. Ils viennent d’un territoire situé au nord-est de l’Asie Mineure, au bord de la mer Noire (Pont-Euxin), territoire dans lequel ils étaient enracinés depuis plus de deux millénaires et qu’ils ont dû quitter sans espoir de retour à la suite des échanges de populations prévus par le traité de Lausanne en 1922-1923.

Que sont en fait les Pontiques ? Une partie du peuple grec très attachée à son territoire, comme les Cretois ou les Macédoniens, ou bien un peuple en diaspora, privé de son territoire d’origine ? Ils se sont toujours reconnus comme partie intégrante de l’hellénisme, comme les plus grecs des Grecs (Jrandellines, c’est-à-dire trente fois grecs), considérant la Grèce comme leur patrida, la terre des ancêtres. Ce même terme de patrie, ils l’utilisent pourtant aussi pour le Pont, leur territoire d’origine, et même pour le Caucase, que ce soit en Géorgie ou en Russie.

L’ensemble des « Grecs » d’Anatolie est qualifié en Grèce de Micrasiates. Ce nom vient de Μικρά Ασία, Asie mineure. Cette catégorie inclut d’ailleurs aussi des chrétiens orthodoxes non-hellénophones, membres du « milliyet de Roum (ou Rum) » (anciens sujets de l’Empire byzantin, relevant du Patriarcat de Constantinople dans l’Empire ottoman). Ces orthodoxes pouvaient parler le cappadocien, le laze ou d’autres langues anatoliennes. Lorsque la Turquie, dirigée par Mustafa Kemal Atatürk, expulse ces populations, elle joue sur la confusion entre « nation grecque » et le « milliyet de Rum », ce dernier n’étant en fait qu’une catégorie religieuse (chrétienne orthodoxe) et non nationale.

Les Pontiques sont les riverains de la mer Noire, Micrasiates ou non. Parmi les Grecs, les Pontiques sont identifiables d’une part par leur dialecte pontique, d’autre part par la terminaison en ίδη, rendue en français par idi ou idès, très fréquente dans leurs patronymes. Leur costume traditionnel, encore revêtu lors des commémorations ou festivals culturels, est assez différent de celui des autres Grecs, et se rapproche de ceux des peuples du Caucase, en tissu souvent noir ou indigo bardé, chez les hommes, de cartouchières. Une partie des Pontiques descend des Ioniens (fondateurs de la plupart des colonies grecques de la mer Noire) tandis que d’autres sont issus de populations autochtones hellénisées depuis l’Antiquité ou christianisées sous l’Empire romain d’orient.

Historiquement, la majorité des Pontiques ont vécu au sein du Royaume du Pont (qui tire son nom du Pont-Euxin : Pontos Euxinos c’est-à-dire « mer accueillante » en grec, ancien nom de la mer Noire) puis au sein de l’Empire romano-byzantin, et enfin, entre 1204 et 1461, au sein de l’Empire grec de Trébizonde. Le cœur du Royaume du Pont et de l’Empire de Trébizonde se situait dans la région du Pont adossée aux Alpes pontiques, mais leurs territoires, variant au gré des événements historiques, ont parfois été bien plus vastes, s’étendant à la plupart des villes portuaires de la mer Noire, dont beaucoup étaient grecques depuis l’Antiquité.

À partir du XVe siècle, les Ottomans commencent à conquérir les territoires peuplés de Pontiques autour de la mer Noire : la côte occidentale tombe entre 1394 (côte thrace) et 1422 (Dobrogée), l’Empire de Trébizonde en 1461, la Crimée grecque en 1475, et au XVIe siècle la mer Noire devient un lac turc. Sur les côtes, pourtant, la population reste majoritairement pontique, comme en témoigne le vocabulaire maritime et halieutique du turc, du russe, de l’ukrainien, de l’abkhaze, du géorgien, du roumain et du bulgare, truffé de termes d’origine grecque pontique.

Les Pontiques étaient 600 000 en 1919 dans les provinces ottomanes riveraines de la mer Noire. En 1924, 400 000 Pontiques ont été expulsés vers la Grèce en application du traité de Lausanne de 1923, mais seuls 260 000 y sont arrivés…

­­ Le génocide pontique

­­L’expression génocide grec pontique bien que controversée, reste celle utilisée pour définir l’histoire des Grecs pontiques pendant et après la Première Guerre mondiale. Le fait qu’il y ait eu ou non génocide fait encore débat entre la Turquie et la Grèce; l’ONU n’a pas tranché. On fait aussi allusion à la Tragédie pontique, l’Extermination pontique et aux Atrocités commises par les Turcs dans le Pont et l’Asie mineure. Ces termes se réfèrent aux persécutions, aux massacres, aux expulsions ainsi qu’aux migrations forcées infligées par le gouvernement jeune-turc aux Grecs pontiques au début du XXe siècle; ces massacres, suivant ceux des Arméniens et des Assyriens, répondent à la définition de génocide proposée par un juriste français durant le procès de Nuremberg.

La Grèce ainsi que la République de Chypre ont officiellement reconnu le génocide et ont déclaré le 19 mai comme date commémorative (en 1994). Les États américains de la Caroline du Sud, du New Jersey, de Floride, du Massachusetts, de Pennsylvanie et de l’Illinois ont aussi voté des résolutions reconnaissant le génocide. Cependant, les États des États-Unis n’ayant pas de prérogatives en matière de politique extérieure, ces résolutions ne sont pas reconnues au niveau fédéral. L’Arménie a reconnu officiellement le 24 mars 2015 le génocide grec pontique et le génocide assyrien. Le gouvernement turc rejette le terme de génocide. Le choix du 19 mai pour la commémoration de cet événement est perçu comme une provocation, car c’est un jour de fête nationale en Turquie.

Selon la Ligue Internationale pour les Droits et la Libération des Peuples, entre 1916 et 1923, près de 350 000 Grecs originaires du Pont furent massacrés. Selon un conseiller auprès de l’armée allemande, Ismail Enver, le ministre turc de la défense aurait déclaré en 1915 qu’il voulait « résoudre le problème grec…de la même façon qu’il pensait avoir résolu le problème arménien ». Edward Hale Bierstadt indique que « selon un témoignage officiel, les Turcs ont massacré de sang-froid 1 500 000 Arméniens et 500 000 Grecs, femmes et enfants compris ». Selon Manus I. Mildrasky dans son livre The Killing Trap, l’estimation des Grecs d’Anatolie qui furent tués s’élève à approximativement 480 000.

Une des méthodes employées dans l’élimination systématique des Grecs fut la mise en place d’un Service de travail obligatoire (Amele Taburları en turc, Τάγματα Εργασίας Tagmata Ergasias en grec). Parmi ceux-là, beaucoup de jeunes et de personnes en bonne santé furent réquisitionnés pour des travaux forcés de terrassement pour l’administration ottomane pendant la Première Guerre mondiale, puis pour le gouvernement turc après la création de la République de Turquie. Le célèbre écrivain Elias Venezis  a fait une description de la situation dans son livre Le nombre 31328 (Το Νούμερο 31328). Une recherche universitaire sur ces travaux forcés réalisée par le professeur Leyla Neyzi  de l’université de Sabancı , basée sur les journaux de Yaşar Paker, un juif de Turquie enrôlé de force lui aussi, n’indique pas de véritable volonté de génocide : en fait, les autorités turques ont exploité les populations indésirables sans égard pour leur survie, leur disparition n’étant ni planifiée, ni évitée.

L’expression « massacres blancs » a été utilisée pour dénommer tous ces moyens indirects d’infliger la mort (famine, déportation, camp de concentration, etc.).

Les quelque 50 000 survivants restés sur place se sont, pour ne pas être expropriés et expulsés à leur tour, convertis à l’islam, et sont passés à la langue turque (du moins en public) : on estime leurs descendants actuels à plus de 200 000 personnes, mais ce sujet est relativement tabou en Turquie (où les nationalistes n’admettent pas qu’un « bon » ou « vrai » Turc puisse avoir des ancêtres grecs et chrétiens, incitant ceux dont c’est le cas à cacher leurs origines).

Or, en 1969, la parution à Istanbul de l’ouvrage « La culture du Pont » (Pontos Kültürü) de l’historien turc Ömer Asan dévoila l’existence de nombreux locuteurs du pontique, peut-être 300 000, notamment dans une soixantaine de villages aux alentours de Trébizonde. L’affaire fit grand bruit, Ömer Asan fut accusé de trahison, d’insulte à la mémoire d’Atatürk, de vouloir le démembrement de la Turquie ou d’y réintroduire le christianisme et l’hellénisme. Il fut déféré devant les tribunaux et finalement acquitté, mais depuis cette affaire, les locuteurs du pontique utilisent le turc et évitent d’employer leur langue.

Ainsi, l’élément grec et arménien a totalement disparu de la Turquie pontique, au profit des seuls Turcs (qui sont en partie des Pontiques islamisés) et d’une minorité de Lazes, musulmans des montagnes de l’arrière-pays, que la politique kémaliste d’assimilation des minorités allait, comme le peuple kurde plus au sud, s’efforcer de turquiser avec plus ou moins de succès.

source: wikipédia

 


Articles sur les Pontiques

Michel Bruneau, Kyriakos Papoulidis,     La mémoire des « patries inoubliables »     La construction de monuments par les réfugiés d’Asie mineure en Grèce,    Dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire 2003/2 (no 78), pages 35 à 57

Bruneau Michel. Territoires de la diaspora grecque pontique. In: Espace géographique, tome 23, n°3, 1994. pp. 203-216. www.persee.fr/doc/spgeo_0046-2497_1994_num_23_3_3306

Sanguin André-Louis. Bruneau M. (dir.), Les Grecs pontiques. Diaspora, identité, territoires et Prevelakis G. (dir.), Les réseaux des diasporas,. In: Annales de Géographie, t. 108, n°606, 1999. pp. 212-213. www.persee.fr/doc/geo_0003-4010_1999_num_108_606_1942

Michel Bruneau.   L’installation des réfugiés grecs pontiques au Nord de la Grèce (Florina, Kilkis, Serrès) : leur rôle de gardiens des frontières de l’État-nation (1920-2000)     Dans Études Balkaniques 2015/1 (n° 21), pages 93 à 116

Michel Bruneau. Les territoires de l’identité et la mémoire collective en diaspora, Dans L’Espace géographique 2006/4 (Tome 35), pages 328 à 333

Geoffrey Grandjean.  La reconnaissance des génocides et la répression du négationnisme,      Dans Courrier hebdomadaire du CRISP 2016/19-20 (n° 2304-2305), pages 5 à 88

André-Dessornes, Carole. « De la banalité des tragédies du Moyen-Orient… aux traumatismes », Confluences Méditerranée, vol. 101, no. 2, 2017, pp. 155-168.

Cyril Isnart, « Méropi Anastassiadou, Anatoli no 6. Patrimoines culturels et fait minoritaire en Turquie et dans les Balkans », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 176 | octobre-décembre 2016, mis en ligne le 13 juillet 2017, consulté le 15 novembre 2020. URL :

Berthomière, William. « Les diasporas : miroir des États-Nations à l’heure de la globalisation », Population, vol. vol. 61, no. 4, 2006, pp. 585-605.

Prévélakis, Georges. « Le processus de purification ethnique à travers le temps », Guerres mondiales et conflits contemporains, vol. 217, no. 1, 2005, pp. 47-59.

Carte de l’Asie mineure ou de la Natolie et du Pont Euxin tirée des voyages et des observations des anciens et des modernes et dressée suivant les principes d’une nouvelle projection / par Sr. Has, P.P. Hase, Johann Matthias (1684-1742). Cartographe


Les traditions ……

Depuis des siècles les Grecs Pontiques ont conservé leurs traditions, danses et chants. Le dialecte pontique emploi encore des termes de la langue d’Homère ! Enseignées de génération en génération, les danses de Pontos ont survécu dans la culture des Grecs originaires de Pontos.Ce sont principalement des danses de guerre et des danses à caractère rituel. Les danses pontiques sont caractérisées par de petits pas rapides, des mesures précises, des balancements des bras, des flexions de genoux syncopées, et des arrêts brusques. Ce style est particulièrement visible dans la Serra, une danse d’hommes. Le rythme de ces danses est très difficile et il est important que les danseurs dansent comme une unité; contrairement à d’autres danses grecques, il n’y a pas de distinction cinétique centrée sur le premier danseur.
Le meneur lance des sons gutturaux qui sont des signaux pour les danseurs. La musique pontique est dominée par le son de kementzès (lyre pontique) qui est souvent accompagnée par le daouli (grand tambour).