Après plus de cinq ans de procès, le parti néonazi grec Aube dorée a été qualifié d’« organisation criminelle », mercredi 7 octobre, par la cour pénale d’Athènes. Nikos Michaloliakos, 62 ans, négationniste et admirateur du national-socialisme, a été reconnu coupable, avec six autres cadres du parti, de « direction et appartenance à une organisation criminelle ». Il était l’un des 68 accusés du procès fleuve du parti néonazi, impliqué dans un meurtre et deux tentatives d’homicides. Quarante-cinq autres députés et membres d’Aube dorée ont été reconnus coupables d’« appartenance » à une telle organisation, tandis qu’une quinzaine d’autres ont été acquittés.

La cour pénale d’Athènes a également reconnu Yorgos Roupakias, membre d’Aube dorée, coupable du meurtre d’un rappeur antifasciste en 2013. Le militant de gauche Pavlos Fyssas, avait été assassiné à l’arme blanche dans la nuit du 18 septembre 2013, à l’âge de 34 ans, devant un café de son quartier de Keratsini, une banlieue de l’ouest d’Athènes.

Une semaine après avoir qualifié le leader et plusieurs ex-députés d’Aube dorée  de « dirigeants d’une organisation criminelle », la justice grecque a prononcé les peines, notamment 13 ans de prison pour le premier, Nikos Michaloliakos, et une condamnation à la réclusion à perpétuité pour le meurtrier du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas.

Historique…

Petite formation depuis les années 1990, Aube dorée avait été créée par Nikos Michaloliakos. La débâcle sociopolitique après la crise financière va profiter au parti néonazi, dont des représentants entrent pour la première fois en 2012 au Parlement grec.

En effet,  la crise économique n’a fait  qu’accroitre la division sociale en Grèce comme dans le reste de l’Europe, avec la menace de réactions extrêmes. Les fantômes du fascisme se sont réincarnés dans le parti néonazi Chryssi Avghi (Aube dorée), qui a fait son entrée au parlement au printemps 2012.

Avant la crise, l’Aube dorée plafonnait à 0,27 %. Il recueille en 2012 7 % des suffrages. Et même 21 % chez les jeunes, qui y trouvent non seulement un parti politique, mais une famille, un réconfort devant une situation pour eux désespérante – le chômage touche la moitié d’entre eux.

Il faut faire attention : le fascisme pénètre habilement la société en utilisant parfois une rhétorique de gauche, en insistant sur la solidarité, sur les valeurs, sur la défense des droits des Grecs – mais d’une façon très discriminante. Des partisans de l’Aube dorée vont même jusqu’à cibler leurs voisins, qui vivaient jusque là paisiblement, pour les mettre dehors. Ils se considèrent comme des serviteurs de la collectivité, des chevaliers protecteurs des vieilles dames, qu’ils aident à traverser la route, etc. Tous les soirs, à Athènes, des pogroms sont organisés, avec le soutien silencieux des policiers, qui accordent en grande partie leurs suffrages au parti. Le vrai visage de celui-ci s’est révélé, lors d’un débat télévisé peu avant les législatives. Son porte-parole Ilias Kasidiaris a frappé la représentante d’un autre parti, et jeté un verre d’eau sur une autre. On a cru que c’en était fini de Chryssi Avghi. L’agresseur est devenu député !

Source : « Nous servons d’animaux de laboratoire au néolibéralisme » Ira Sinigalia,   Jean Merckaert

Dans Revue Projet 2012/5 (n° 330)

 

Sur la crise grecque vous pouvez lire aussi :

  • La crise grecque : enjeux et responsabilités, Lambros Couloubaritsis. Dans Les Temps Modernes 2013/2 (n° 673)
  • Dix thèses sur l’extrême droite en Europe, Michael Löwy. Dans Lignes 2014/3 (n° 45)
  • En Grèce, le retour du vote de classe ?, Vernardakis Christoforos. Dans Savoir/Agir,     2012/4 (n° 22)
  • Voir aussi Le documentaire sur le parti néonazi grec Aube dorée : une affaire personnelle de Angélique Kourounis