Fondée il y a 26 siècles par des Grecs de Phocée, aujourd’hui dans l’actuelle Turquie, Marseille va perdre son consulat de Grèce, qui ferme ses portes pour des raisons budgétaires
liées à la crise économique dans ce pays.

La Grèce « prend des mesures difficiles, drastiques », et l’une d’entre elles « est la suspension de l’activité du consulat », a expliqué le consul général, Stylianos Gavriil, confirmant une information de La Provence. « Marseille est dans le coeur des Grecs », a-t-il ajouté, rappelant que la ville, l’une des plus anciennes d’Europe, a été « créée par des Grecs » en 2.600 avant JC. L’une des plus « importantes et puissantes » communautés grecques à l’étranger (10.000 à 12.000 personnes selon le consulat) s’y est ensuite installée : « Marseille a une importance capitale pour les Grecs », avec notamment des grandes familles d’armateurs qui y ont fait fortune dans le commerce, ajoute Stylianos Gavriil.

La fermeture de ce consulat, l’un des plus anciens du réseau diplomatique grec puisqu’il avait ouvert ses portes en 1834, « crée énormément de frustration, de déception, de colère », dit-il. Elle va par exemple compliquer la vie de ceux qui devront désormais se déplacer à la section consulaire de l’ambassade, à Paris, pour faire refaire un passeport.

Le consulat avait déjà réduit la voilure ces dernières années, regroupant ses services à l’intérieur même de la résidence consulaire, dans un bel appartement d’un quartier cossu de la cité phocéenne. « On fonctionnait déjà avec le strict minimum, c’était un consulat qui ne coûtait vraiment pas très cher », a témoigné Stylianos Gavriil.

Pétition : NON à la fermeture du Consulat Général de Grèce à Marseille

Soixante et onze (71) associations grecques et philhellènes du Sud de la France, qui se trouvent dans la circonscription du Consulat Général de Grèce,   ont signé la lettre destinée au Président grec et soixante-neuf (69) destinée au Président français.

Ce message d’adieu  du Consulat Général de Grèce Stylianos GAVRIIL à Marseille qui a été publié dans la revue bimestrielle « ACROPOLIS »   7 novembre 2016

Chers compatriotes et chers amis,

Le moment de se dire au revoir est malheureusement venu. Après trois années à la tête du Consulat Général de Grèce à Marseille, je quitte la magnifique Provence et le Sud de la France pour retourner à Athènes auprès du Ministère des Affaires Etrangères.
Je vous suis tout particulièrement reconnaissant pour la confiance, la bienveillance et l’estime que vous m’avez réservées toutes ces années passées ensemble. Je conçois vos sentiments en ma personne comme une extension de votre amour et sentiments pour la Grèce elle-même et l’ institution du Consul Général qui la représentait ici à Marseille.
C’était un honneur et un privilège de me trouver au service de ce bout de Grèce distinct, vivant en dehors de nos frontières nationales et d’apprécier de près son dynamisme, sa créativité, son progrès et toutes ses caractéristiques qui expliquent son acceptation enthousiaste de la part de société française et l’amour que cette dernière lui témoigne.
Durant les belles années passées ensemble, grâce à votre hospitalité, vos informations et conseils précieux, j’ai pu comprendre et approfondir davantage sur les réalités françaises et celles de notre diaspora au Sud de la France. Je ne vous en remercierai jamais assez. Alors qu’elles étaient agréables, ces années n’ étaient pas faciles, compte tenu du fait qu’elles ont coïncidé avec les années terribles de crise que traverse notre cher pays, la Grèce. Durant ces années, on a du fonctionner littéralement à la limite du possible et, malheureusement, à cause de la crise même, de procéder à la fermeture, provisoire espérons, du Consulat Général de Grèce dans la cité Phocéenne, une représentation consulaire hellénique avec une grande histoire. Je sais combien cette question vous a troublés et je devine qu’ un grand  » pourquoi  » se trouve sur vos lèvres. Mais, ne regardons pas en arrière. Notre Ambassade à Paris a déjà pris des mesures afin que les services auprès des Grecs du Sud de la France soient dispensés sans complications. Je suis sûr, par ailleurs, que lorsque les conditions économiques et autres s’amélioreront au pays, des développements positifs verront le jour.
Chers compatriotes, la Grèce à Marseille et dans les autres villes du sud de la France, Nice, Avignon, Antibes, Cannes, Toulon, Montpellier, Grenoble, Nîmes, Agde, Port- de-Bouc, Salin de Giraud, Port Saint Louis du Rhône et tant d’ autres où il y a une présence hellénique, c’est vous, ce sont nos Eglises, nos communautés et nos nombreux frères philhellènes français. Vos ancêtres et vous-mêmes, depuis des décennies, vous vous distinguez dans la région grâce à votre apport social, politique, économique, culturel, éducatif et civilisationnel à ce magnifique pays d’accueil qu’ est la France. Votre contribution à l’essor de ce pays et de la région où vous vivez a été capital, comme me l’ont confié, à maintes reprises, les autorités locales. La réputation et la notoriété que vos parents et vous-mêmes avez construites pour nos communautés, qui m étaient constamment rapportées par les responsables des autorités françaises, ne cessaient de me remplir de fierté et aussi d’ admiration pour votre présence et votre parcours.
Chers amis, notre pays passe des moments difficiles et le peuple grec connaît de grandes souffrances. Mais, la notoriété d’un peuple et d’un pays ne se mesure pas par les difficultés -provisoires espérons- auxquelles il est confronté. L’ histoire des peuples ne s’efface point par les crises économiques, quand il s’ agit d’une nation comme la nôtre, qui a historiquement prouvé, durant des moments éprouvants, qu’ elle sait renaître de ses cendres. Je vous encourage, chers amis, tous ensemble et chacun d’entre vous, à continuer de promouvoir, comme vous le faites assidument depuis toujours en France, notre chère patrie, la Grèce et sa civilisation. Car vous faites partie des continuateurs de cette nation qui a offert au monde occidental pas seulement des Parthénons, la démocratie, la logique, la philosophie, les arts, les sciences, l’humanisme, etc, mais quelque chose de plus important encore : la valeur de la liberté. Comme André Malraux l’avait bien dit, en référence à la notion de liberté,  » une Grèce secrète existe dans tous les hommes occidentaux. »
Chers compatriotes et chers amis, un grand merci du fond de mon cœur pour la confiance, l’hospitalité et l’amitié que vous m’avez réservées.
Avec mes meilleurs vœux de santé et de prospérité à vous tous, ici dans votre deuxième patrie, ainsi qu’à nos frères français philhellènes.

Marseille, le 7 Novembre 2016
Le Consul Général Stelios Gavriil
Premier Conseiller d’Ambassade